Union de la Presse Francophone
 
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N° 124 - novembre-décembre 2005

PRESSE
Edem KODJO, Premier ministre du Togo
Propos recueillis par Georges GROS et Lucien MESSAN

Assises de l'UPF 2005

37e Assises de la presse francophone
3 - 8 novembre 2005, Lomé, Togo

" Soyons jugés sur nos progrès ! "

Union de la Presse Francophone

Nommé Premier ministre au printemps dernier, Edem Kodjo est l'une des personnalités qui ont marqué l'histoire politique de l'Afrique ces trente dernières années. Plusieurs fois ministre dans les années 1970, secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) dans les années 1980, il avait déjà occupé la Primature dans les années 1990. A l'occasion des assises de l'Union internationale de la presse francophone à Lomé, il a accordé un entretien à "La Gazette".

Dans cette phase décisive de l'évolution politique de votre pays, quelles sont les priorités de votre mandat ?

Tout est prioritaire, rien ne peut souffrir d'attendre. Nous mettons un accent particulier sur la réconciliation nationale et le nécessaire retour de nos compatriotes, réfugiés actuellement au Bénin et au Ghana. Nous avons élaboré, avec les Nations Unies, un plan d'action qui devrait nous permettre, à terme, de réunir toutes les conditions de ce retour.
Le dialogue politique est également nécessaire, tout comme sont indispensables la relance économique et la réponse à apporter aux attentes sociales.

Comment votre gouvernement entend-il remettre le Togo sur les rails, renouer les fils cassés du tissu social, politique et économique, en somme, ramener le pays, la classe politique actuelle composée de la mouvance présidentielle et des différentes sensibilités de l'opposition, vers ces objectifs de réconciliation et de reconstruction nationales ?

Nous y arriverons si nous ramenons la confiance, la sécurité, la paix. L'application pleine et entière des vingt-deux engagements que le gouvernement a contractés avec l'Union européenne est un gage décisif pour renouer le fil du dialogue. Le chef de l'Etat et moi-même avons déjà reçu toute la classe politique et la société civile avec lesquelles nous avons engagé des discussions dans le cadre du dialogue prévu par le point 1.1 des Vingt-deux engagements.
Le gouvernement tient à créer les conditions d'une concertation permanente avec toutes les composantes de notre société sur les sujets d'importance nationale. Nous venons d'ailleurs de commencer avec le pré-forum sur la réconciliation nationale, qui a réuni, en atelier résidentiel, des experts de tous bords, qui ont fait au gouvernement des propositions concrètes sur ce sujet.
Nous espérons que le fruit de ce travail conduira de plus en plus de partenaires et d'amis du Togo à nous renouveler leur confiance et à nous permettre d'atteindre nos objectifs de reconstruction nationale.

" Nous pourrons remonter la pente "

Où en est la commission nationale d'enquête sur les violences du 24 avril ?
Elle continue avec sérieux son travail d'investigation et de collecte de preuves sur toute l'étendue du territoire. Elle procède par des visites sur sites et des auditions des différents acteurs impliqués directement ou indirectement dans les graves événements que notre pays a connus. La mise en oeuvre des recommandations de cette commission contribuera aussi à ramener la paix, la confiance, et s'inscrira dans les mesures que le gouvernement compte prendre pour réunir les conditions d'une réconciliation nationale réussie.

Trois mois après le démarrage de votre programme de gouvernement, pourriez-vous nous présenter sommairement le chemin parcouru ?

Nous venons de boucler les 100 premiers jours et la volonté affichée de toute l'équipe gouvernementale de créer dans le pays de nouvelles conditions pour plus d'efficacité dans l'action du gouvernement, est un atout majeur.

Nous avons ouvert le vaste chantier de la modernisation de la justice par une inauguration solennelle présidée par le chef de l'Etat, Faure Gnassingbé. Son coût : dix milliards de francs CFA. Cela va de la rénovation des locaux à la construction de nouveaux bureaux à l'intérieur du pays pour décentraliser l'appareil judiciaire et rapprocher surtout la justice du justiciable.
La formation des acteurs de la justice togolaise et l'informatisation des différents postes de travail sont autant d'éléments qui, à terme, permettront, non seulement d'avoir un appareil judiciaire moderne et crédible, mais mettront fin à toutes les anomalies pour lesquelles notre système judiciaire est, pour le moment, décrié.

" L'atout capital : les Togolais eux-mêmes "

Par ailleurs, nous avons repris les discussions avec l'Union européenne, dont nous avons reçu une mission. Son séjour et la confiance qui renaît ont indirectement permis une invitation du gouvernement par le Parlement européen, qui, au départ, avait une position très tranchée sur la situation togolaise. Les conclusions de sa commission des Droits de l'Homme montrent à souhait qu'il y a une évolution et que nous pourrons remonter la pente si nous maintenons le cap en multipliant les efforts. Une autre mission de suivi de l'Union européenne à Lomé est d'ailleurs prévue.
Autre dossier : la bonne gouvernance. Le gouvernement met sur pied et renforce tous les mécanismes permettant d'assurer la bonne gouvernance dans les secteurs public et privé, afin que l'Etat se porte mieux, pour le bénéfice de tous.
Des mesures sociales ont déjà été prises : 8.212 enseignants auxiliaires ayant plus de cinq années d'ancienneté obtiendront, dès janvier 2006, le statut de fonctionnaire. Quant aux mesures qui bloquaient l'avancement des fonctionnaires et, par voie de conséquence, une augmentation automatique de leurs salaires, elles ont été levées. Cette décision prendra également effet à partir de janvier 2006.

" D'énormes besoins et des moyens insuffisants "

Quels sont actuellement les atouts, les raisons d'espérer pour cette oeuvre de relance de la classe politique et du pays tout entier?

Notre atout principal, c'est la volonté conjointe du chef de l'Etat et du chef du gouvernement d'opérer des changements fondamentaux dans un environnement apaisé et propice à un saut qualitatif de notre pays dans la modernité. L'autre atout important, c'est l'attention que nous accordent la communauté africaine et la communauté internationale qui, même si elles ne sont pas prêtes à nous donner un chèque en blanc, montrent des dispositions d'écoute et sont désireuses de nous accompagner si nous donnons des signaux suffisamment forts. Quant à notre atout capital, il réside dans la bonne disposition des Togolais vis-à-vis du changement.

Quelles sont les difficultés auxquelles le gouvernement et le pays ont à faire face dans cette démarche vers la réconciliation et la reconstruction?

Elles sont de plusieurs ordres. Outre les pesanteurs socio-politiques et les différents pôles d'inertie qui ne favorisent pas toujours les grands bonds en avant, notre pays ne dispose pas de moyens financiers suffisants pour lutter contre la misère et la pauvreté. Les besoins réels de nos populations sont énormes par rapport à nos ressources nationales.
Cependant, décidés que nous sommes, armés de notre ardeur au travail et de notre souci constant de bien faire, de la confiance que nous témoignent les pays amis et les institutions internationales, nous avons une volonté de vaincre et de gagner.

Qu'est-ce que le Togo attend de la communauté francophone internationale ?

Qu'elle le respecte et lui accorde le bénéfice du doute. Qu'elle apprécie, sans procès d'intention et au jour le jour, les progrès qu'il fait.

Le NEPAD, selon vous, est-il " la " solution pour l'Afrique?

Même si ce n'est pas une panacée, le NEPAD constitue un programme crédible, capable d'apporter à l'Afrique des solutions aux difficultés de tous ordres auxquelles le continent doit faire face. Ce projet a l'avantage d'être porté par un groupe de chefs d'Etat africains, volontaires et décidés à donner une nouvelle chance à l'Afrique. L'autre atout de ce "nouveau partenariat", c'est le soutien dont il bénéficie de la part du groupe des huit pays les plus industrialisés, des pays d'Asie et des autres pays européens.
Néanmoins, la mise en œuvre de cette solution pleine de promesses tarde à venir, ce qui met à l'épreuve tout l'espoir qu'elle a suscité. Il est aussi important que les populations s'approprient le Nepad et il faudra, dans ce domaine, faire un important travail de communication.

" Fiers d'accueillir l'UPF "

En tant que Premier ministre, quels sont les sentiments qui vous animent alors que votre pays, le Togo, s'apprête à accueillir le congrès de l'UPF ?

Un vrai sentiment de fierté. De savoir que deux cents journalistes, dont les plus belles plumes de la profession, venant de cinquante pays, séjourneront au Togo dans le but de renforcer l'UPF, est un pari très important que nous devons gagner. Ce sera l'occasion pour plusieurs d'entre eux de découvrir l'Afrique et le Togo et de constater par eux-mêmes les réalités et les vérités de notre pays.
Je suis tout aussi heureux de savoir que plusieurs journalistes, originaires des pays de l'Europe centrale, naguère du bloc de l'Est, pays avec lesquels le Togo n'a malheureusement pas encore de rapports étroits, seront à Lomé. Un autre intérêt que je trouve à ces assises est la possibilité qui sera offerte aux journalistes togolais de se frotter aux grands noms du métier et d'apprendre d'eux les "ficelles" leur permettant d'avoir une autre idée de la déontologie, des rigueurs de la profession et d'améliorer leur technique. Je souhaite plein succès à ces assises.

Propos recueillis par Georges GROS, rédacteur en chef,
et Lucien MESSAN, président de la section togolaise de l'UPF.