La CFII est née, mais
reste contestée
Les programmes de la chaîne française
internationale d'information seront lancés "avant
fin 2006", grâce à une rédaction
de 130 journalistes.
Bien que le groupe privé TF1 en possède 50%,
son financement sera entièrement public.
Les critiques continuent de fuser, en provenance notamment
du Parlement.
ELLE EST NEE !
La CFII - la chaîne française internationale
d'information, attendue depuis l'annonce du projet par Jacques
Chirac, au printemps 2002-, est née, du moins sur le
papier, le 29 novembre 2005, jour de la signature, par le
Premier ministre français, Dominique de Villepin, de
la convention qui en permet la création. " Nous
sommes maintenant dans le temps de l'action ", s'est
réjoui Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture
et de la Communication, qui en assurera la tutelle. Son lancement
sera effectif " avant la fin de l'année 2006 ",
a-t-il précisé. Ses programmes, " destinés
à l'ensemble des pays du monde ", seront diffusés
par câble, par satellite et sur Internet, dans un premier
temps, vers l'Europe -y compris la France, ce qui n'était
pas prévu à l'origine-, l'Afrique, le Proche
et le Moyen-Orient. Plus tard, elle émettra vers l'Asie
et les Amériques. Ses émissions seront, bien
sûr, en français, mais la chaîne utilisera
aussi l'anglais, l'arabe, plus tard l'espagnol, soit en diffusant
plusieurs signaux audio, soit grâce à des décrochages
horaires.
Comme prévu par le rapport du député
Bernard Brochand -très contesté par ses pairs-,
la CFII aura pour actionnaires, à parts égales,
le groupe public France Télévisions et le groupe
privé TF1. Outre d'éventuels revenus publicitaires,
son financement ne sera assuré que par de l'argent
public : 65 millions d'euros en 2006 (auxquels il faut ajouter
15 millions de crédits votés sur 2004), puis
70 millions par an.
Partenaires : l'AFP et RFI
L'idée d'une présidence tournante
du conseil de surveillance de la chaîne a été
abandonnée, le poste revenant de manière permanente
au Pdg de France Télévisions, Patrick de Carolis.
Un poste de vice-président a été créé,
qui échoit à Etienne Mougeotte, vice-président
de TF1. Quatre personnalités complètent ce conseil,
nommées à parité par les deux actionnaires.
Quant au directoire, qui assurera la gestion quotidienne de
l'entreprise, son président, Alain de Pouzilhac, est
issu du monde de la publicité. Il était encore,
voici quelques semaines, Pdg d'Havas. Pour le seconder, le
conseil de surveillance a choisi Ulysse Gosset, qui dirigeait
la rédaction de France 3 (groupe France Télévisions),
et Jean-Pierre Paoli, ancien Pdg d'Eurosport (groupe TF1).
Tous deux sont nommés directeurs généraux,
chargés, le premier de l'information et des programmes,
le second de la gestion, de la technique et des contrats de
distribution.
Déjà au travail, l'équipe dirigeante
prévoit l'ouverture de bureaux dans les principales
villes du monde et le recrutement d'une " rédaction
autonome " de 130 journalistes, auxquels s'ajouteront
" les moyens matériels et humains " mis à
disposition par TF1, LCI (chaîne d'information du groupe
TF1), France 2 et France 3.
L'Agence France Presse et Radio France Internationale seront
aussi sollicitées, a indiqué le ministre, qui
n'a cité, parmi ces partenaires, ni Euronews, ni TV5Monde.
Renaud Donnedieu de Vabres a toutefois indiqué que
le rôle de la CFII sera " complémentaire
de celui rempli par les autres acteurs de l'audiovisuel extérieur
", dont il assure de la pérennité.
Des réactions, parfois hostiles
Des propos qui ne semblent pas avoir convaincu
tout le monde, pas plus que ses commentaires rassurants sur
le montage juridique et financier retenu. " Un bon point
d'équilibre ", a-t-il affirmé, en évoquant
le pacte d'actionnaires qui lie TF1 et France Télévisions,
et les statuts qui en " garantissent le bon fonctionnement
".
Soutenu par de nombreux parlementaires, le député
François Rochebloine, auteur d'un rapport qui préconisait
de confier la CFII au seul secteur public, regrette que ce
dossier ait échappé au Parlement et estime que,
" faute de majorité publique au sein du capital,
cette société ne peut pas être considérée
comme une entreprise publique ". " Le Conseil d'Etat
doit être consulté ", a-t-il ajouté.
Quant au sénateur socialiste Monique Cerisier Ben Guiga,
représentant les Français établis hors
de France, elle voit dans la CFII " un enfant de vieux
du Président, bâtard et non viable
",
tandis que la Société des journalistes de France
2 craint que " l'association et la confusion des deux
rédactions de France 2 et TF1 sur une seule et même
chaîne provoquent un trouble d'identité chez
les téléspectateurs ".
Hormis ce tollé, la CFII, avant de se lancer sur les
ondes, aura encore à affronter au moins un autre obstacle
: le Conseil de la Concurrence, qui devrait réexaminer
le dossier. Lors de son premier avis, la diffusion en France
n'était pas prévue, ce qui éliminait
le problème de la concurrence avec les autres chaînes
d'information.
Il n'en est plus de même cette fois, d'autant plus que
des voix s'élèvent, notamment celle de Dominique
Baudis, président du CSA, pour que la CFII soit diffusée
-gratuitement, puisqu'elle est financée par de l'argent
public- au sein du bouquet de la télévision
numérique terrestre (TNT). Un bouquet, qui, dans son
offre payante, inclut LCI
Une première occasion
de tester le degré d'entente des deux actionnaires.
Serge HIREL