Union de la Presse Francophone
 
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N° 125 - janvier-février 2006

MEDIAS
par Serge HIREL

La CFII est née, mais reste contestée

Les programmes de la chaîne française internationale d'information seront lancés "avant fin 2006", grâce à une rédaction de 130 journalistes.
Bien que le groupe privé TF1 en possède 50%, son financement sera entièrement public.
Les critiques continuent de fuser, en provenance notamment du Parlement.

ELLE EST NEE ! La CFII - la chaîne française internationale d'information, attendue depuis l'annonce du projet par Jacques Chirac, au printemps 2002-, est née, du moins sur le papier, le 29 novembre 2005, jour de la signature, par le Premier ministre français, Dominique de Villepin, de la convention qui en permet la création. " Nous sommes maintenant dans le temps de l'action ", s'est réjoui Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication, qui en assurera la tutelle. Son lancement sera effectif " avant la fin de l'année 2006 ", a-t-il précisé. Ses programmes, " destinés à l'ensemble des pays du monde ", seront diffusés par câble, par satellite et sur Internet, dans un premier temps, vers l'Europe -y compris la France, ce qui n'était pas prévu à l'origine-, l'Afrique, le Proche et le Moyen-Orient. Plus tard, elle émettra vers l'Asie et les Amériques. Ses émissions seront, bien sûr, en français, mais la chaîne utilisera aussi l'anglais, l'arabe, plus tard l'espagnol, soit en diffusant plusieurs signaux audio, soit grâce à des décrochages horaires.
Comme prévu par le rapport du député Bernard Brochand -très contesté par ses pairs-, la CFII aura pour actionnaires, à parts égales, le groupe public France Télévisions et le groupe privé TF1. Outre d'éventuels revenus publicitaires, son financement ne sera assuré que par de l'argent public : 65 millions d'euros en 2006 (auxquels il faut ajouter 15 millions de crédits votés sur 2004), puis 70 millions par an.

Partenaires : l'AFP et RFI

L'idée d'une présidence tournante du conseil de surveillance de la chaîne a été abandonnée, le poste revenant de manière permanente au Pdg de France Télévisions, Patrick de Carolis. Un poste de vice-président a été créé, qui échoit à Etienne Mougeotte, vice-président de TF1. Quatre personnalités complètent ce conseil, nommées à parité par les deux actionnaires.
Quant au directoire, qui assurera la gestion quotidienne de l'entreprise, son président, Alain de Pouzilhac, est issu du monde de la publicité. Il était encore, voici quelques semaines, Pdg d'Havas. Pour le seconder, le conseil de surveillance a choisi Ulysse Gosset, qui dirigeait la rédaction de France 3 (groupe France Télévisions), et Jean-Pierre Paoli, ancien Pdg d'Eurosport (groupe TF1). Tous deux sont nommés directeurs généraux, chargés, le premier de l'information et des programmes, le second de la gestion, de la technique et des contrats de distribution.
Déjà au travail, l'équipe dirigeante prévoit l'ouverture de bureaux dans les principales villes du monde et le recrutement d'une " rédaction autonome " de 130 journalistes, auxquels s'ajouteront " les moyens matériels et humains " mis à disposition par TF1, LCI (chaîne d'information du groupe TF1), France 2 et France 3.
L'Agence France Presse et Radio France Internationale seront aussi sollicitées, a indiqué le ministre, qui n'a cité, parmi ces partenaires, ni Euronews, ni TV5Monde. Renaud Donnedieu de Vabres a toutefois indiqué que le rôle de la CFII sera " complémentaire de celui rempli par les autres acteurs de l'audiovisuel extérieur ", dont il assure de la pérennité.

Des réactions, parfois hostiles

Des propos qui ne semblent pas avoir convaincu tout le monde, pas plus que ses commentaires rassurants sur le montage juridique et financier retenu. " Un bon point d'équilibre ", a-t-il affirmé, en évoquant le pacte d'actionnaires qui lie TF1 et France Télévisions, et les statuts qui en " garantissent le bon fonctionnement ".
Soutenu par de nombreux parlementaires, le député François Rochebloine, auteur d'un rapport qui préconisait de confier la CFII au seul secteur public, regrette que ce dossier ait échappé au Parlement et estime que, " faute de majorité publique au sein du capital, cette société ne peut pas être considérée comme une entreprise publique ". " Le Conseil d'Etat doit être consulté ", a-t-il ajouté.
Quant au sénateur socialiste Monique Cerisier Ben Guiga, représentant les Français établis hors de France, elle voit dans la CFII " un enfant de vieux du Président, bâtard et non viable… ", tandis que la Société des journalistes de France 2 craint que " l'association et la confusion des deux rédactions de France 2 et TF1 sur une seule et même chaîne provoquent un trouble d'identité chez les téléspectateurs ".
Hormis ce tollé, la CFII, avant de se lancer sur les ondes, aura encore à affronter au moins un autre obstacle : le Conseil de la Concurrence, qui devrait réexaminer le dossier. Lors de son premier avis, la diffusion en France n'était pas prévue, ce qui éliminait le problème de la concurrence avec les autres chaînes d'information.
Il n'en est plus de même cette fois, d'autant plus que des voix s'élèvent, notamment celle de Dominique Baudis, président du CSA, pour que la CFII soit diffusée -gratuitement, puisqu'elle est financée par de l'argent public- au sein du bouquet de la télévision numérique terrestre (TNT). Un bouquet, qui, dans son offre payante, inclut LCI…Une première occasion de tester le degré d'entente des deux actionnaires.

Serge HIREL