Une certaine inquiétude
pèse sur l'avenir de TV5Monde...
Même si Renaud Donnedieu de Vabres, en
annonçant la naissance de la CFII, a insisté
sur son rôle "complémentaire de celui rempli
par les autres acteurs de l'audiovisuel extérieur"
français, et indiqué aussi que le dispositif
actuel n'était nullement remis en cause, beaucoup s'interrogent
sur l'avenir de TV5Monde, d'autant que le ministre n'a pas
cité la chaîne internationale de langue française
parmi les "ressources" que la "CNN à
la française" pourra utiliser.
La première réaction de Jean-Jacques Aillagon,
qui avait eu à gérer le dossier de la CFII lorsqu'il
était ministre de la Culture et de la Communication,
a été de qualifier le nouveau-né d'"archaïque".
Ce qui lui a valu une réponse cinglante de son successeur.
"Vous avez tort", a-t-il rétorqué.
Depuis lors, revenant sur le sujet au cours de la présentation
de sa nouvelle grille, le Pdg de TV5Monde a noté que
"la décision de créer une chaîne
d'information française relevait de la responsabilité
souveraine de la France". "Il ne nous appartient
pas de commenter cette décision, d'autant que nous
sommes bénéficiaires de subventions publiques",
a-t-il ajouté.
Se disant "tout à fait disponible à toutes
formes de collaboration avec nos amis de la CFII", Jean-Jacques
Aillagon n'en attend pas moins du "respect" de leur
part, en matière d'"orientation éditoriale",
mais aussi en ce qui concerne le réseau "très
fragile" de distribution. "S'il y avait des formes
d'agression, cela irait mal", a-t-il insisté,
en rappelant que de nombreux élus étaient "très
attentifs au sort de TV5Monde".
Les trois dangers
En fait, trois dangers menacent la chaîne
multilatérale francophone. Un danger budgétaire
d'abord, immédiatement présent. Dans le
budget 2006, le gouvernement français, qui assure 74%
du financement de TV5Monde, n'a prévu que la reconduction
des crédits de 2005 (65 millions d'euros), auxquels
la chaîne pourra toutefois ajouter un million d'euros,
produit d'un reliquat comptabilisé cette année.
Ses autres partenaires (Suisse, Communauté française
de Belgique, Québec-Canada) lui ont accordé,
eux, les 2,5% d'augmentation de ses subventions qu'elle demandait.
Et ils y ont ajouté quelques crédits complémentaires
afin qu'elle puisse au plus vite appliquer le "plan stratégique"
adopté cet automne.
Un autre danger plane sur son audience.
Deuxième réseau international, TV5Monde, outre
la réception directe par satellite, est distribuée
par environ 6 000 réseaux câblés de par
le monde. Leurs opérateurs n'auront aucune raison particulière
d'accepter deux chaînes en français dans leur
offre de base, accessible à tous les abonnés.
Pour TV5Monde, le risque est donc, ou de se faire sortir de
celle-ci, ou d'avoir à payer sa diffusion, aujourd'hui
gratuite.
Quant au troisième danger, il provient
du ministère des Finances français, qui,
tôt ou tard, s'étonnant du doublon entre les
rédactions de la CFII et de TV5Monde, voudra "rationaliser",
d'autant que, chaîne généraliste, TV5Monde
n'en attache pas moins une importance majeure à l'information.
Pour la Francophonie, dont elle est l'un
des cinq opérateurs officiels, TV5Monde, qui, en particulier,
joue un rôle majeur dans le paysage audiovisuel africain,
est un outil de première importance. Chaîne
de la diversité culturelle, elle offre tous les points
de vue dans une langue, alors que, les chaînes d'information,
qu'il s'agisse de CNN, d'Al Jezzira ou de la future CFII,
ne propagent qu'une seule pensée, parfois dans plusieurs
langues
Le monde d'aujourd'hui, ballotté entre
banalisation et propagande, a besoin de médias internationaux,
multilatéraux, tels que TV5Monde. Si son spectaculaire
développement, qui démontre d'ailleurs sa pertinence,
venait à être, ne serait-ce que ralenti, la Francophonie
y perdrait beaucoup.
Serge HIREL