Union de la Presse Francophone
 
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N° 125 - janvier-février 2006

MEDIAS
par Serge HIREL

Une certaine inquiétude pèse sur l'avenir de TV5Monde...

Même si Renaud Donnedieu de Vabres, en annonçant la naissance de la CFII, a insisté sur son rôle "complémentaire de celui rempli par les autres acteurs de l'audiovisuel extérieur" français, et indiqué aussi que le dispositif actuel n'était nullement remis en cause, beaucoup s'interrogent sur l'avenir de TV5Monde, d'autant que le ministre n'a pas cité la chaîne internationale de langue française parmi les "ressources" que la "CNN à la française" pourra utiliser.
La première réaction de Jean-Jacques Aillagon, qui avait eu à gérer le dossier de la CFII lorsqu'il était ministre de la Culture et de la Communication, a été de qualifier le nouveau-né d'"archaïque". Ce qui lui a valu une réponse cinglante de son successeur. "Vous avez tort", a-t-il rétorqué.
Depuis lors, revenant sur le sujet au cours de la présentation de sa nouvelle grille, le Pdg de TV5Monde a noté que "la décision de créer une chaîne d'information française relevait de la responsabilité souveraine de la France". "Il ne nous appartient pas de commenter cette décision, d'autant que nous sommes bénéficiaires de subventions publiques", a-t-il ajouté.
Se disant "tout à fait disponible à toutes formes de collaboration avec nos amis de la CFII", Jean-Jacques Aillagon n'en attend pas moins du "respect" de leur part, en matière d'"orientation éditoriale", mais aussi en ce qui concerne le réseau "très fragile" de distribution. "S'il y avait des formes d'agression, cela irait mal", a-t-il insisté, en rappelant que de nombreux élus étaient "très attentifs au sort de TV5Monde".

Les trois dangers

En fait, trois dangers menacent la chaîne multilatérale francophone. Un danger budgétaire d'abord, immédiatement présent. Dans le budget 2006, le gouvernement français, qui assure 74% du financement de TV5Monde, n'a prévu que la reconduction des crédits de 2005 (65 millions d'euros), auxquels la chaîne pourra toutefois ajouter un million d'euros, produit d'un reliquat comptabilisé cette année.
Ses autres partenaires (Suisse, Communauté française de Belgique, Québec-Canada) lui ont accordé, eux, les 2,5% d'augmentation de ses subventions qu'elle demandait. Et ils y ont ajouté quelques crédits complémentaires afin qu'elle puisse au plus vite appliquer le "plan stratégique" adopté cet automne.

Un autre danger plane sur son audience. Deuxième réseau international, TV5Monde, outre la réception directe par satellite, est distribuée par environ 6 000 réseaux câblés de par le monde. Leurs opérateurs n'auront aucune raison particulière d'accepter deux chaînes en français dans leur offre de base, accessible à tous les abonnés. Pour TV5Monde, le risque est donc, ou de se faire sortir de celle-ci, ou d'avoir à payer sa diffusion, aujourd'hui gratuite.

Quant au troisième danger, il provient du ministère des Finances français, qui, tôt ou tard, s'étonnant du doublon entre les rédactions de la CFII et de TV5Monde, voudra "rationaliser", d'autant que, chaîne généraliste, TV5Monde n'en attache pas moins une importance majeure à l'information.

Pour la Francophonie, dont elle est l'un des cinq opérateurs officiels, TV5Monde, qui, en particulier, joue un rôle majeur dans le paysage audiovisuel africain, est un outil de première importance. Chaîne de la diversité culturelle, elle offre tous les points de vue dans une langue, alors que, les chaînes d'information, qu'il s'agisse de CNN, d'Al Jezzira ou de la future CFII, ne propagent qu'une seule pensée, parfois dans plusieurs langues…

Le monde d'aujourd'hui, ballotté entre banalisation et propagande, a besoin de médias internationaux, multilatéraux, tels que TV5Monde. Si son spectaculaire développement, qui démontre d'ailleurs sa pertinence, venait à être, ne serait-ce que ralenti, la Francophonie y perdrait beaucoup.

Serge HIREL