Union de la Presse Francophone
 
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N° 126 - mars-avril 2006

MEDIAS
par Serge HIREL

CFI : une banque de programmes au service de la diversité culturelle

Créé en 1989, Canal France International fournit chaque jour, gratuitement, à une centaine de télévisions des pays en voie de développement, des programmes français, choisis de plus en plus en fonction des attentes de leurs publics. Les plus appréciés : l'information et le sport.

Ce n'est pas faire injure à l'Afrique et, plus généralement, à la plupart des pays en voie de développement, que de constater les faiblesses, à la fois éditoriale, technique et économique, de leurs chaînes de télévision et de leur production audiovisuelle. Même si, a priori, elle peut paraître moins cruciale que pour l'éducation, la santé ou la suffisance alimentaire, l'aide des pays du Nord en ce domaine leur est tout aussi nécessaire, pour au moins deux raisons : leur ouverture sur le monde, qui suppose qu'ils puissent aussi s'exprimer, et le maintien de leurs cultures, au nom de la défense de la diversité.
Pour répondre à ce devoir de coopération, la France, au fil des ans, avait organisé un système d'envoi de programmes sur cassettes et offrait des formations, assurées surtout par l'Institut National de l'Audiovisuel (INA). Depuis 1989, elle s'est dotée d'un outil spécifique : Canal France International, dont le premier président fut Fouad Benallah. En quinze ans, CFI a mené plusieurs stratégies, allant même, à la fin des années 90, jusqu'à imaginer une politique de développement commercial en Afrique et en Europe de l'Est…

Nourrir les grilles

Aujourd'hui, après l'arrêt, fin 2003, de CFI-TV, qui, aux côtés des télévisions nationales, offrait son propre programme aux populations locales, CFI est revenu à sa fonction première : assurer la coordination de la coopération française dans le domaine audiovisuel. Ce qui explique que son capital soit détenu désormais par le groupe public France Télévisions (75%) et Arte France (25%), mais que son financement provienne du ministère des Affaires étrangères.
Jean Mino, son directeur général, travaille donc en liaison avec le Quai d'Orsay et le ministère de la Coopération, avec les ambassades, mais aussi avec tous les acteurs de l'audiovisuel extérieur, en particulier TV5, qui abrite ses services et dont le PDG, Jean-Jacques Aillagon, est le président de son conseil d'administration. Une solution qui, adoptée lorsque Jean Stock fut nommé, en juillet 1998, à la tête de la chaîne internationale de langue française, démontre l'engagement de l'ensemble de la Francophonie dans cet aspect du combat pour la diversité culturelle.
Aujourd'hui, Canal France International, qui emploie une cinquantaine de professionnels, ne compte pas moins de 103 télédiffuseurs partenaires, publics et privés, avec lesquels des contrats sont signés. La société intervient ainsi dans 83 pays, répartis sur quatre zones : l'Afrique, l'Asie-Océanie, l'Europe centrale et orientale et le monde arabe. Tous les pays francophones sont concernés, mais figurent aussi dans cette liste des anglophones et quelques lusophones.
Outre des offres de formation qui se sont beaucoup développées depuis deux ans, l'activité principale de CFI reste sa banque de programmes, dans laquelle les partenaires peuvent puiser gratuitement pour nourrir leurs grilles. Tous les genres télévisuels y sont représentés, du documentaire à l'animation, en passant par la fiction, les films, les séries, les divertissements, les émissions éducatives, les sports et l'information.
Ces deux derniers domaines sont les plus attendus. Pour l'actualité, chaque jour, CFI fait parvenir à ses partenaires un " journal " pré-monté, comportant une dizaine de sujets, internationaux et " régionaux ", tournés pour bon nombre d'entre eux par l'AITV, l'agence d'images de Réseau France Outremer (RFO). Ce service, unique en son genre, permet aux télévisions nationales de mettre à l'antenne des reportages dont le coût est hors de proportion avec leurs moyens, et de satisfaire ainsi leurs téléspectateurs, d'autant plus que, pour une bonne part, ils sont l'œuvre de professionnels du Sud. Bon an mal an, plus de 1000 heures d'information en images leur sont ainsi proposées.

Dans le domaine du sport, qui, en Afrique notamment, l'emporte sur tout autre programme, l'offre de CFI est particulièrement généreuse. L'an dernier, ce ne sont pas moins de 900 heures de retransmission en direct, de résumés et de reportages qui ont été programmées. Des Jeux de la Francophonie à Niamey au Tour cycliste du Faso, du Championnat du monde d'athlétisme d'Helsinki aux jeux Olympiques d'Athènes, les téléspectateurs des partenaires de CFI ont ainsi profité, ces derniers mois, des plus grands événements sportifs de la planète, sans oublier, tout récemment, la populaire CAN, la Coupe d'Afrique des Nations, pour laquelle Jean Mino avait envoyé en Egypte quinze journalistes francophones et anglophones, de huit nationalités différentes.

Quant aux autres programmes, ils font l'objet, eux aussi, d'une offre quotidienne de plusieurs heures, qui parvient aux chaînes grâce à un réseau numérique utilisant trois satellites pour couvrir les diverses zones. Chacune de celles-ci reçoit un " fil " spécifique, adapté à chaque pays et à chaque télédiffuseur, l'objectif étant, là encore, d'aider les chaînes à augmenter leur audience.
Ainsi, tout en sélectionnant des émissions susceptibles d'être reprises par le plus grand nombre possible de télévisions, pour optimiser le coût des droits, CFI choisit le contenu de ses offres, non pas au gré de ses équipes, mais après une véritable prise en compte de la demande locale, définie grâce à des contacts informels avec les partenaires, des " carnets de reprise " confiés à leurs directeurs de programmes et des réunions plus officielles, organisées à l'occasion des assemblées annuelles du Cirtef.

Ajuster l'offre aux attentes

Depuis peu, en Afrique, pour encore mieux ajuster son offre, CFI développe un système de tatouage électronique de ses programmes, qui, grâce à des ordinateurs de contrôle installés au sein des ambassades, permet de connaître en temps réel l'utilisation exacte de son offre. Cet outil s'avère aussi utile pour responsabiliser les télédiffuseurs qui doivent respecter leurs engagements, notamment en matière de respect de l'œuvre et du nombre de diffusions, mais aussi pour organiser les rapports, parfois difficiles, entre les divers partenaires opérant sur un même territoire.
D'abord dédiée aux télévisions de service public, la coopération française, en effet, prend désormais en compte les chaînes privées qui, un peu partout, cherchent à damer le pion à leurs consoeurs plus anciennes. CFI signe de plus en plus de conventions avec elles. Ces nouveaux partenaires bénéficient des programmes d'information en même temps que les chaînes publiques, mais, pour les autres émissions, une règle a dû être établie qui permet aux télédiffuseurs nationaux de programmer deux fois sur dix mois une même émission avant que les privés puissent faire de même.

Attirer les non francophones

Sur un an, CFI met ainsi 6000 heures de programmes français à la disposition de ses partenaires : 2500 heures en Afrique, 1300 en Asie-Océanie, plus de 700 en Europe de l'Est, plus de 600 dans le monde arabe. L'objectif, bien sûr, est que toutes ces émissions soient vues par les téléspectateurs, qu'ils soient ou non francophones. Ce qui exige souvent une adaptation linguistique. Ici, par exemple dans les pays arabes, CFI fournit des programmes déjà doublés ou sous-titrés, là, il aide les télédiffuseurs à s'équiper du matériel nécessaire à ce travail et assure la formation des personnels.

Bref, CFI, pour remplir ce volet de sa mission de coopération, joue de plus en plus la souplesse et la flexibilité. A tel point que, depuis peu, parce que quelques-unes des télévisions partenaires, pour des raisons techniques ou par volonté d'internationalisation, utilisent le satellite, la société ne se contente plus, quand il le faut, d'acheter les seuls droits hertziens, bien que, ceux attachés au satellite soient plus chers. C'est à ce prix que Canal France International continuera à assurer à son réseau l'offre de qualité qu'il attend, et aux producteurs français une exposition de leurs programmes auprès de quelque 600 millions de téléspectateurs potentiels.

Un plus pour l'exportation

Contrairement à une idée reçue, Canal France International ne se contente pas de diffuser les programmes dits d' "assistance culturelle" ou en provenance du service public. Gratuits, ils ne représentent que 15% de son offre. Pour le reste, deux acheteuses négocient avec les producteurs les droits de diffusion, qui, bien sûr, sont à la mesure des différents marchés visés. Ce poste, néanmoins, est le plus lourd dans le budget de la société, fixé par l'Etat, cette année, à 19,5 millions d'euros.

Selon l'étude annuelle du Centre National de la Cinématographie (CNC) et de TV France International, l'organisme de promotion à l'étranger des producteurs français, ces achats ont, en 2004, abondé de 4% le total des exportations audiovisuelles. Si, en Asie, ils ne figurent que pour 5% dans les ventes réalisées sur cette zone, ils en représentent 10% en Europe de l'Est, 16% au Moyen-Orient et… 90% en Afrique subsaharienne.

Pour ces producteurs, CFI, premier fournisseur de programmes français dans les pays en voie de développement, est donc une source supplémentaire de revenus, indiquent ses dirigeants. Dans des régions où la prospection s'avère ou serait coûteuse, pour des résultats incertains, en tout cas très faibles, compte tenu des ressources des chaînes concernées, Canal France International assure ainsi la présence des images françaises et, pensent-ils, prépare de futurs marchés dans des zones convoitées.
En tout cas, leur action, dès maintenant, permet de ne pas laisser le champ libre à d'autres, souvent adeptes du bartering, un système anglo-saxon qui, sous couvert, de diffusion gratuite, confisque le pouvoir éditorial des chaînes et une partie de leurs revenus publicitaires.

Des programmes TV, mais aussi des films…

Outre des programmes audiovisuels proprement dits, CFI propose aussi à ses partenaires des longs métrages du cinéma français. L'an dernier, 13 ont été diffusés sur la zone Asie-Océanie, 21 dans les pays arabes et 31 en Europe de l'Est. Quant aux chaînes africaines, elles ont reçu 39 films français, auxquels il faut ajouter 16 longs métrages africains, achetés dans le cadre de l'aide française au maintien des cultures régionales.
Dans cette offre, on trouve tout aussi bien des œuvres classiques, proposées sous forme de cycles (Cocteau, Rohmer, Truffaut, Chabrol, Pialat…) que des films à succès récents, du Fabuleux destin d'Amélie Poulain à Vénus Beauté, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre ou encore les célèbres Taxi 1, 2 et 3.

Serge HIREL

L'autre objectif : développer le professionnalisme au Sud

Audits, conseils, formations,… Canal France International est aussi un véritable outil de la coopération française, chargé de développer l'autonomie audiovisuelle de ses partenaires.

Fournir aux chaînes partenaires des images, fussent-elles les meilleures, fussent-elles attendues par leurs téléspectateurs, sans les aider à accroître leur professionnalisme, à développer leur autonomie, reviendrait, pour CFI, à prendre le risque de réduire, voire d'étouffer la diversité culturelle. Seuls, des médias nationaux, puissants et matures, peuvent en assurer la pérennité, face à une mondialisation galopante et volontairement unificatrice, au nom du profit.
Dès sa naissance, Canal France International s'est donc impliqué dans le soutien aux professionnels des pays en voie de développement. Depuis deux ans, à la demande du ministère des Affaires étrangères, ce volet de son action s'est considérablement renforcé. Ainsi, CFI est désormais l'opérateur exclusif des opérations de coopération de France Télévisions. Une évolution marquée par l'arrivée en son sein de Christian Dauriac, l'un des responsables du groupe public, nommé directeur général adjoint chargé de la coopération internationale.

Améliorer les savoir-faire

Le même souci du " sur mesure " et la même volonté de dialogue qui président au choix des programmes proposés aux partenaires, sont présents lorsque les équipes de Jean Mino sont sollicitées pour intervenir auprès d'une chaîne, publique ou privée, qu'il s'agisse de dresser un audit, d'apporter des conseils ou d'assurer des prestations de formation. L'objectif n'est pas d'agir pour agir, mais bien d'améliorer le savoir-faire des professionnels locaux.
Ce qui exige, en raison d'une demande naturellement multiforme, une organisation très souple et réactive, le recours fréquent à des intervenants extérieurs, recrutés d'abord au sein de France Télévisions, puis dans le service public, et à TV5, mais aussi une bonne connaissance du terrain, afin que ces actions débouchent sur une amélioration de la qualité de l'antenne, qu'elle soit au plan technique ou dans le domaine de la programmation.
Le bilan de l'an dernier est éloquent. En 2005, CFI a organisé 115 missions, une quarantaine de plus que l'année précédente. Une majorité de celles-ci avaient trait à la formation, un quart environ à l'expertise, le reste se répartissant entre l'assistance technique, le soutien à la production locale, des aides à la programmation et des participations à l'organisation de manifestations.
L'Afrique a été la principale bénéficiaire de ces missions, suivie de l'Asie, du monde arabe, de l'Europe centrale, enfin de l'Amérique latine.

Un travail de fourmi

Ici, CFI a organisé un stage pour apprendre aux journalistes à rendre compte d'une campagne électorale, là, pour les initier aux arcanes du sport de haute compétition. Ailleurs, au Mozambique, en Angola, au Monténégro, des techniciens ont appris à sous-titrer ou à doubler les programmes sur du matériel offert par la coopération française…
En Algérie, CFI a aidé la télévision nationale à se moderniser, tandis qu'une même action, engagée l'année précédente, se poursuivait auprès de la TV afghane. Aux Iles Salomon, c'est une étude de faisabilité d'une chaîne de service public qui a été réalisée. Au Cambodge et au Laos, il s'agissait de consolider les journaux et les magazines en français de la télévision nationale. A Madagascar, il fallait étudier le déménagement de la TV publique, tandis qu'au Sénégal, l'objectif était de construire une nouvelle image pour la chaîne nationale. En Syrie, c'était une remise à niveau des opérateurs de prise de vue qui était demandée. En avril, les Comores lanceront leur télévision, dont l'étude et la mise en place ont été entièrement assurées par CFI…
Au total, c'est un budget de plus 1,3 million d'euros que CFI, en 2005, a consacré à ce travail de fourmi, les sommes les plus importantes allant à la formation (534 000 euros) et à l'expertise (336 000 euros). L'an dernier, ce dernier poste a nettement augmenté : dans le cadre du Fonds de Solidarité Prioritaire (FSP) " Plan Image Afrique ", initié par le Quai d'Orsay, CFI, qui en gère le volet " Appui aux télévisions et à la production locale ", a en effet réalisé des audits dans une dizaine de télévisions africaines, au Mali, au Burkina Faso, au Bénin, au Niger, à Djibouti…. Ces études ont déjà débouché, pour la plupart, sur un plan triennal prévoyant des formations, d'autres études et du conseil…

Des choix pertinents

C'est dire qu'en matière de coopération sur le terrain, CFI, qui, en ce domaine, travaille aussi en collaboration avec les grandes organisations multilatérales (Unesco, Union européenne, OIF, Cirtef, Banque mondiale,…), a encore du pain sur la planche. Le nombre d'interventions devrait, cette année, aller bien au-delà des 115 réalisées l'an dernier...
Un surcroît de travail que Jean Mino et son état-major accueillent avec satisfaction. D'une part, parce qu'il démontre que les offres de CFI sont appréciées par ses partenaires. D'autre part, parce que cela débouchera sur un plus grand professionnalisme au sein de ceux-ci, ce qui ne peut que profiter au bon emploi de l'offre de programmes français.
Preuve est ainsi faite que, dès son origine, en plaçant la défense de toutes les cultures au cœur même de son action, en jouant la complémentarité entre son offre de programmes et ses actions de coopération, CFI avait fait les bons choix. La légitimité nouvelle que lui a apportée la récente Convention sur la diversité culturelle, signée dans le cadre de l'Unesco, ne fait que conforter leur modernité et leur pertinence.

Serge HIREL

ENTRETIEN

Jean MINO, directeur général de CFI

Notre logique, c'est le partenariat. Notre rôle : conseiller, former, coordonner…

Le directeur général de Canal France International, en poste depuis 2002, a expliqué ses objectifs à La Gazette. Il a insisté sur la nécessaire pérennité de ses moyens et l'importance pour l'avenir de ne pas laisser à d'autres le rôle que CFI tient auprès des télévisions africaines.

- La France défend la diversité culturelle. N'y a-t-il pas contradiction lorsque, par ailleurs, elle charge CFI de fournir aux pays en voie de développement des programmes très majoritairement représentatifs de la culture française, alors que leurs chaînes ont rarement les moyens de mettre à l'écran des productions locales ?

Nous sommes conscients que notre façon de procéder pourrait représenter un danger pour la diversité culturelle si nous nous contentions de promouvoir les seuls programmes français. Ce risque, nous y répondons de deux façons. D'abord, nous assurons la promotion d'émissions et de films africains en les proposant dans notre banque de programmes. Nous nous intéressons à tout ce que l'Afrique produit de bien en télévision et en cinéma. Par nos achats, nous aidons les producteurs, et nos préachats, auxquels s'ajoutent d'autres aides de la coopération, leur permettent de lancer la fabrication de leurs nouveaux programmes.
D'autre part, nous sommes aussi l'instrument de la coopération audiovisuelle française et, à ce titre, nous nous efforçons d'aider au développement des productions nationales. Nous savons que le public les réclame, y compris dans le domaine de l'information. Nous apportons nos savoir-faire. Notre rôle est de conseiller, de former, de coordonner…

Nous sommes tous synchrones…

Au sein de CFI, il n'y a pas de bataille entre ces deux mouvements, entre notre offre des meilleurs programmes français et notre souci de voir les Africains produire eux-mêmes des programmes correspondant à leurs identités nationales… Ces deux actions sont complémentaires. Les Africains doivent produire plus et mieux parce qu'une chaîne de télévision, pour fidéliser ses téléspectateurs, n'a pas de meilleur atout que la production nationale. Pour compléter son offre, elle doit diffuser des programmes étrangers. Notre objectif, à long terme, est que nos images l'emportent sur celles venues d'ailleurs, que l'arrière-fond culturel de nos partenaires, lorsque l'Afrique audiovisuelle sera devenue un marché, reste marqué par les programmes français.
Cela, nous le faisons en parfait accord avec TV-France International et le ministère des Affaires Etrangères… Nous sommes tous synchrones. Faire de CFI, distributeur de programmes, l'instrument de la coopération française, est une idée intelligente de la tutelle. Cela permet de rassembler tous les efforts…

- Comment faire en sorte que les images du Sud voyagent plus, vers le Nord, mais aussi d'un pays du Sud à l'autre ? Comment faire en sorte que les professionnels du Sud en soient les principaux fournisseurs ?

Nous y aidons. D'abord, en agissant comme un transporteur transafricain. Grâce à la partie de notre réseau qui couvre ce continent, les programmes qui y sont réalisés vont d'un pays à l'autre… Ensuite, dans le cadre de nos actions de coopération, en nous attachant à améliorer la qualité de ces productions. On peut espérer qu'à un moment ou à un autre, une chaîne française s'intéressera à une production africaine… Souvenez-vous, les programmes allemands étaient ignorés par les chaînes françaises jusqu'au jour où l'une d'elles a découvert " Derrick "…

Un rapport qualité-prix très intéressant

Mais la solution, c'est la création et le développement d'un marché africain. Cela prendra du temps. Les chaînes devront apprendre à financer ce qu'elles vont acheter à leurs confrères. Déjà, quelques programmes -" Les Bobodiouf ", " La famille ", " Taxi Brousse "…- sont diffusés sur toute l'Afrique avec succès. C'est un premier pas…

- Votre " force de frappe " est-elle suffisante pour que les télévisions partenaires de CFI parviennent, dans un délai raisonnable, au professionnalisme nécessaire à leur compétitivité ?

Notre action est nécessaire et indispensable. Ce serait une erreur d'abandonner à d'autres un travail aussi important que celui d'aider les télévisions à se développer, à se moderniser, à prendre leur production en main. Ce travail de formation aura des résultats à long terme. Un marché émergera… Déjà, avec la création, un peu partout, de chaînes privées, la concurrence s'installe…
Nos actions sont une façon importante et intelligente d'assurer la présence et l'influence d'une culture partagée par près de 200 millions de francophones. En cela, nous participons aussi aux progrès de la Francophonie…
Il est dommage qu'elles soient trop souvent méconnues à Paris. Comparé aux moyens et aux résultats des efforts déployés par d'autres, le rapport qualité-prix de CFI est très intéressant. En outre, notre approche est différente. Notre logique, c'est le partenariat, l'adaptation, le travail rapproché… Nous apportons du service. Tout cela est exactement le contraire de la volonté de domination… Il s'agit de développer la présence culturelle et économique de la France, sans aucun impérialisme…

- Quels sont vos grands objectifs pour 2006 ?

En matière de coopération, nous allons continuer à nous installer. L'an dernier, nous avons assuré plus d'une centaine de missions. Cette année, il y en aura encore plus, en Afrique, mais aussi en Asie et au Moyen-Orient. Nous allons également voir comment nous pouvons travailler plus avec l'Europe centrale et orientale…
Comme en 2005, nous proposerons en particulier des stages dédiés aux journalistes. Celui consacré à la manière de travailler lors de campagnes électorales, déjà organisé en RDC, au Burkina Faso, en Afghanistan, bientôt au Bénin, devient un modèle reconnu. Tout comme celui qui vise à former les journalistes sportifs au monde de la haute compétition…
Dans le domaine des programmes aussi, CFI fait de gros efforts en faveur du sport. Notre forte présence lors de la toute récente CAN a été plébiscitée par tous nos amis africains. Ils ont aussi apprécié que, pour les Jeux d'hiver de Turin, nous ayons pu leur offrir un résumé quotidien de 26 minutes, grâce à un accord sur les droits avec le CIO.
Ce partenariat avec l'olympisme est un signe de reconnaissance. Un autre accord est en préparation pour les Jeux de Pékin et nous avons obtenu de la Fédération africaine d'athlétisme la retransmission d'un certain nombre de rencontres internationales…
Enfin, nous préparons déjà, pour l'automne, un deuxième colloque sur les enjeux de la télévision en Afrique. Le premier, organisé à Paris, au Sénat, a obtenu un succès retentissant. Il nous paraît important de lui donner une suite, tant le sujet abordé est au cœur de nos préoccupations, au centre des problématiques qu'il faut résoudre pour que, dans le domaine de l'audiovisuel, ce continent puisse un jour rivaliser avec les autres…

Entretien recueilli par Serge HIREL