CFI : une banque de programmes
au service de la diversité culturelle
Créé en 1989, Canal France
International fournit chaque jour, gratuitement, à
une centaine de télévisions des pays en voie
de développement, des programmes français, choisis
de plus en plus en fonction des attentes de leurs publics.
Les plus appréciés : l'information et le sport.
Ce n'est pas faire injure à l'Afrique
et, plus généralement, à la plupart des
pays en voie de développement, que de constater les
faiblesses, à la fois éditoriale, technique
et économique, de leurs chaînes de télévision
et de leur production audiovisuelle. Même si, a priori,
elle peut paraître moins cruciale que pour l'éducation,
la santé ou la suffisance alimentaire, l'aide des pays
du Nord en ce domaine leur est tout aussi nécessaire,
pour au moins deux raisons : leur ouverture sur le monde,
qui suppose qu'ils puissent aussi s'exprimer, et le maintien
de leurs cultures, au nom de la défense de la diversité.
Pour répondre à ce devoir de coopération,
la France, au fil des ans, avait organisé un système
d'envoi de programmes sur cassettes et offrait des formations,
assurées surtout par l'Institut National de l'Audiovisuel
(INA). Depuis 1989, elle s'est dotée d'un outil spécifique
: Canal France International, dont le premier président
fut Fouad Benallah. En quinze ans, CFI a mené plusieurs
stratégies, allant même, à la fin des
années 90, jusqu'à imaginer une politique de
développement commercial en Afrique et en Europe de
l'Est
Nourrir les grilles
Aujourd'hui, après l'arrêt, fin
2003, de CFI-TV, qui, aux côtés des télévisions
nationales, offrait son propre programme aux populations locales,
CFI est revenu à sa fonction première : assurer
la coordination de la coopération française
dans le domaine audiovisuel. Ce qui explique que son capital
soit détenu désormais par le groupe public France
Télévisions (75%) et Arte France (25%), mais
que son financement provienne du ministère des Affaires
étrangères.
Jean Mino, son directeur général, travaille
donc en liaison avec le Quai d'Orsay et le ministère
de la Coopération, avec les ambassades, mais aussi
avec tous les acteurs de l'audiovisuel extérieur, en
particulier TV5, qui abrite ses services et dont le PDG, Jean-Jacques
Aillagon, est le président de son conseil d'administration.
Une solution qui, adoptée lorsque Jean Stock fut nommé,
en juillet 1998, à la tête de la chaîne
internationale de langue française, démontre
l'engagement de l'ensemble de la Francophonie dans cet aspect
du combat pour la diversité culturelle.
Aujourd'hui, Canal France International, qui emploie une cinquantaine
de professionnels, ne compte pas moins de 103 télédiffuseurs
partenaires, publics et privés, avec lesquels des contrats
sont signés. La société intervient ainsi
dans 83 pays, répartis sur quatre zones : l'Afrique,
l'Asie-Océanie, l'Europe centrale et orientale et le
monde arabe. Tous les pays francophones sont concernés,
mais figurent aussi dans cette liste des anglophones et quelques
lusophones.
Outre des offres de formation qui se sont beaucoup développées
depuis deux ans, l'activité principale de CFI reste
sa banque de programmes, dans laquelle les partenaires peuvent
puiser gratuitement pour nourrir leurs grilles. Tous les genres
télévisuels y sont représentés,
du documentaire à l'animation, en passant par la fiction,
les films, les séries, les divertissements, les émissions
éducatives, les sports et l'information.
Ces deux derniers domaines sont les plus attendus. Pour l'actualité,
chaque jour, CFI fait parvenir à ses partenaires un
" journal " pré-monté, comportant
une dizaine de sujets, internationaux et " régionaux
", tournés pour bon nombre d'entre eux par l'AITV,
l'agence d'images de Réseau France Outremer (RFO).
Ce service, unique en son genre, permet aux télévisions
nationales de mettre à l'antenne des reportages dont
le coût est hors de proportion avec leurs moyens, et
de satisfaire ainsi leurs téléspectateurs, d'autant
plus que, pour une bonne part, ils sont l'uvre de professionnels
du Sud. Bon an mal an, plus de 1000 heures d'information en
images leur sont ainsi proposées.
Dans le domaine du sport, qui, en Afrique notamment,
l'emporte sur tout autre programme, l'offre de CFI est particulièrement
généreuse. L'an dernier, ce ne sont pas moins
de 900 heures de retransmission en direct, de résumés
et de reportages qui ont été programmées.
Des Jeux de la Francophonie à Niamey au Tour cycliste
du Faso, du Championnat du monde d'athlétisme d'Helsinki
aux jeux Olympiques d'Athènes, les téléspectateurs
des partenaires de CFI ont ainsi profité, ces derniers
mois, des plus grands événements sportifs de
la planète, sans oublier, tout récemment, la
populaire CAN, la Coupe d'Afrique des Nations, pour laquelle
Jean Mino avait envoyé en Egypte quinze journalistes
francophones et anglophones, de huit nationalités différentes.
Quant aux autres programmes, ils font l'objet,
eux aussi, d'une offre quotidienne de plusieurs heures, qui
parvient aux chaînes grâce à un réseau
numérique utilisant trois satellites pour couvrir les
diverses zones. Chacune de celles-ci reçoit un "
fil " spécifique, adapté à chaque
pays et à chaque télédiffuseur, l'objectif
étant, là encore, d'aider les chaînes
à augmenter leur audience.
Ainsi, tout en sélectionnant des émissions susceptibles
d'être reprises par le plus grand nombre possible de
télévisions, pour optimiser le coût des
droits, CFI choisit le contenu de ses offres, non pas au gré
de ses équipes, mais après une véritable
prise en compte de la demande locale, définie grâce
à des contacts informels avec les partenaires, des
" carnets de reprise " confiés à leurs
directeurs de programmes et des réunions plus officielles,
organisées à l'occasion des assemblées
annuelles du Cirtef.
Ajuster l'offre aux attentes
Depuis peu, en Afrique, pour encore mieux ajuster
son offre, CFI développe un système de tatouage
électronique de ses programmes, qui, grâce à
des ordinateurs de contrôle installés au sein
des ambassades, permet de connaître en temps réel
l'utilisation exacte de son offre. Cet outil s'avère
aussi utile pour responsabiliser les télédiffuseurs
qui doivent respecter leurs engagements, notamment en matière
de respect de l'uvre et du nombre de diffusions, mais
aussi pour organiser les rapports, parfois difficiles, entre
les divers partenaires opérant sur un même territoire.
D'abord dédiée aux télévisions
de service public, la coopération française,
en effet, prend désormais en compte les chaînes
privées qui, un peu partout, cherchent à damer
le pion à leurs consoeurs plus anciennes. CFI signe
de plus en plus de conventions avec elles. Ces nouveaux partenaires
bénéficient des programmes d'information en
même temps que les chaînes publiques, mais, pour
les autres émissions, une règle a dû être
établie qui permet aux télédiffuseurs
nationaux de programmer deux fois sur dix mois une même
émission avant que les privés puissent faire
de même.
Attirer les non francophones
Sur un an, CFI met ainsi 6000 heures de programmes
français à la disposition de ses partenaires
: 2500 heures en Afrique, 1300 en Asie-Océanie, plus
de 700 en Europe de l'Est, plus de 600 dans le monde arabe.
L'objectif, bien sûr, est que toutes ces émissions
soient vues par les téléspectateurs, qu'ils
soient ou non francophones. Ce qui exige souvent une adaptation
linguistique. Ici, par exemple dans les pays arabes, CFI fournit
des programmes déjà doublés ou sous-titrés,
là, il aide les télédiffuseurs à
s'équiper du matériel nécessaire à
ce travail et assure la formation des personnels.
Bref, CFI, pour remplir ce volet de sa mission
de coopération, joue de plus en plus la souplesse et
la flexibilité. A tel point que, depuis peu, parce
que quelques-unes des télévisions partenaires,
pour des raisons techniques ou par volonté d'internationalisation,
utilisent le satellite, la société ne se contente
plus, quand il le faut, d'acheter les seuls droits hertziens,
bien que, ceux attachés au satellite soient plus chers.
C'est à ce prix que Canal France International continuera
à assurer à son réseau l'offre de qualité
qu'il attend, et aux producteurs français une exposition
de leurs programmes auprès de quelque 600 millions
de téléspectateurs potentiels.
Un plus pour l'exportation
Contrairement à une idée reçue,
Canal France International ne se contente pas de diffuser
les programmes dits d' "assistance culturelle" ou
en provenance du service public. Gratuits, ils ne représentent
que 15% de son offre. Pour le reste, deux acheteuses négocient
avec les producteurs les droits de diffusion, qui, bien sûr,
sont à la mesure des différents marchés
visés. Ce poste, néanmoins, est le plus lourd
dans le budget de la société, fixé par
l'Etat, cette année, à 19,5 millions d'euros.
Selon l'étude annuelle du Centre National
de la Cinématographie (CNC) et de TV France International,
l'organisme de promotion à l'étranger des producteurs
français, ces achats ont, en 2004, abondé de
4% le total des exportations audiovisuelles. Si, en Asie,
ils ne figurent que pour 5% dans les ventes réalisées
sur cette zone, ils en représentent 10% en Europe de
l'Est, 16% au Moyen-Orient et
90% en Afrique subsaharienne.
Pour ces producteurs, CFI, premier fournisseur
de programmes français dans les pays en voie de développement,
est donc une source supplémentaire de revenus, indiquent
ses dirigeants. Dans des régions où la prospection
s'avère ou serait coûteuse, pour des résultats
incertains, en tout cas très faibles, compte tenu des
ressources des chaînes concernées, Canal France
International assure ainsi la présence des images françaises
et, pensent-ils, prépare de futurs marchés dans
des zones convoitées.
En tout cas, leur action, dès maintenant, permet de
ne pas laisser le champ libre à d'autres, souvent adeptes
du bartering, un système anglo-saxon qui, sous couvert,
de diffusion gratuite, confisque le pouvoir éditorial
des chaînes et une partie de leurs revenus publicitaires.
Des programmes TV, mais aussi des films
Outre des programmes audiovisuels proprement
dits, CFI propose aussi à ses partenaires des longs
métrages du cinéma français. L'an dernier,
13 ont été diffusés sur la zone Asie-Océanie,
21 dans les pays arabes et 31 en Europe de l'Est. Quant aux
chaînes africaines, elles ont reçu 39 films français,
auxquels il faut ajouter 16 longs métrages africains,
achetés dans le cadre de l'aide française au
maintien des cultures régionales.
Dans cette offre, on trouve tout aussi bien des uvres
classiques, proposées sous forme de cycles (Cocteau,
Rohmer, Truffaut, Chabrol, Pialat
) que des films à
succès récents, du Fabuleux destin d'Amélie
Poulain à Vénus Beauté, Astérix
et Obélix : Mission Cléopâtre ou encore
les célèbres Taxi 1, 2 et 3.
Serge HIREL
L'autre
objectif : développer le professionnalisme au Sud
Audits, conseils, formations,
Canal
France International est aussi un véritable outil de
la coopération française, chargé de développer
l'autonomie audiovisuelle de ses partenaires.
Fournir aux chaînes partenaires des images,
fussent-elles les meilleures, fussent-elles attendues par
leurs téléspectateurs, sans les aider à
accroître leur professionnalisme, à développer
leur autonomie, reviendrait, pour CFI, à prendre le
risque de réduire, voire d'étouffer la diversité
culturelle. Seuls, des médias nationaux, puissants
et matures, peuvent en assurer la pérennité,
face à une mondialisation galopante et volontairement
unificatrice, au nom du profit.
Dès sa naissance, Canal France International s'est
donc impliqué dans le soutien aux professionnels des
pays en voie de développement. Depuis deux ans, à
la demande du ministère des Affaires étrangères,
ce volet de son action s'est considérablement renforcé.
Ainsi, CFI est désormais l'opérateur exclusif
des opérations de coopération de France Télévisions.
Une évolution marquée par l'arrivée en
son sein de Christian Dauriac, l'un des responsables
du groupe public, nommé directeur général
adjoint chargé de la coopération internationale.
Améliorer les savoir-faire
Le même souci du " sur mesure "
et la même volonté de dialogue qui président
au choix des programmes proposés aux partenaires, sont
présents lorsque les équipes de Jean Mino sont
sollicitées pour intervenir auprès d'une chaîne,
publique ou privée, qu'il s'agisse de dresser un audit,
d'apporter des conseils ou d'assurer des prestations de formation.
L'objectif n'est pas d'agir pour agir, mais bien d'améliorer
le savoir-faire des professionnels locaux.
Ce qui exige, en raison d'une demande naturellement multiforme,
une organisation très souple et réactive, le
recours fréquent à des intervenants extérieurs,
recrutés d'abord au sein de France Télévisions,
puis dans le service public, et à TV5, mais aussi une
bonne connaissance du terrain, afin que ces actions débouchent
sur une amélioration de la qualité de l'antenne,
qu'elle soit au plan technique ou dans le domaine de la programmation.
Le bilan de l'an dernier est éloquent. En 2005, CFI
a organisé 115 missions, une quarantaine de plus que
l'année précédente. Une majorité
de celles-ci avaient trait à la formation, un quart
environ à l'expertise, le reste se répartissant
entre l'assistance technique, le soutien à la production
locale, des aides à la programmation et des participations
à l'organisation de manifestations.
L'Afrique a été la principale bénéficiaire
de ces missions, suivie de l'Asie, du monde arabe, de l'Europe
centrale, enfin de l'Amérique latine.
Un travail de fourmi
Ici, CFI a organisé un stage pour apprendre
aux journalistes à rendre compte d'une campagne électorale,
là, pour les initier aux arcanes du sport de haute
compétition. Ailleurs, au Mozambique, en Angola,
au Monténégro, des techniciens ont appris
à sous-titrer ou à doubler les programmes sur
du matériel offert par la coopération française
En Algérie, CFI a aidé la télévision
nationale à se moderniser, tandis qu'une même
action, engagée l'année précédente,
se poursuivait auprès de la TV afghane. Aux
Iles Salomon, c'est une étude de faisabilité
d'une chaîne de service public qui a été
réalisée. Au Cambodge et au Laos,
il s'agissait de consolider les journaux et les magazines
en français de la télévision nationale.
A Madagascar, il fallait étudier le déménagement
de la TV publique, tandis qu'au Sénégal,
l'objectif était de construire une nouvelle image pour
la chaîne nationale. En Syrie, c'était
une remise à niveau des opérateurs de prise
de vue qui était demandée. En avril, les Comores
lanceront leur télévision, dont l'étude
et la mise en place ont été entièrement
assurées par CFI
Au total, c'est un budget de plus 1,3 million d'euros que
CFI, en 2005, a consacré à ce travail de fourmi,
les sommes les plus importantes allant à la formation
(534 000 euros) et à l'expertise (336 000 euros). L'an
dernier, ce dernier poste a nettement augmenté : dans
le cadre du Fonds de Solidarité Prioritaire (FSP) "
Plan Image Afrique ", initié par le Quai d'Orsay,
CFI, qui en gère le volet " Appui aux télévisions
et à la production locale ", a en effet réalisé
des audits dans une dizaine de télévisions africaines,
au Mali, au Burkina Faso, au Bénin,
au Niger, à Djibouti
. Ces études
ont déjà débouché, pour la plupart,
sur un plan triennal prévoyant des formations, d'autres
études et du conseil
Des choix pertinents
C'est dire qu'en matière de coopération
sur le terrain, CFI, qui, en ce domaine, travaille aussi en
collaboration avec les grandes organisations multilatérales
(Unesco, Union européenne, OIF, Cirtef, Banque mondiale,
),
a encore du pain sur la planche. Le nombre d'interventions
devrait, cette année, aller bien au-delà des
115 réalisées l'an dernier...
Un surcroît de travail que Jean Mino et son état-major
accueillent avec satisfaction. D'une part, parce qu'il démontre
que les offres de CFI sont appréciées par ses
partenaires. D'autre part, parce que cela débouchera
sur un plus grand professionnalisme au sein de ceux-ci, ce
qui ne peut que profiter au bon emploi de l'offre de programmes
français.
Preuve est ainsi faite que, dès son origine, en plaçant
la défense de toutes les cultures au cur même
de son action, en jouant la complémentarité
entre son offre de programmes et ses actions de coopération,
CFI avait fait les bons choix. La légitimité
nouvelle que lui a apportée la récente Convention
sur la diversité culturelle, signée dans le
cadre de l'Unesco, ne fait que conforter leur modernité
et leur pertinence.
Serge HIREL
ENTRETIEN
Jean MINO, directeur général
de CFI
Notre logique, c'est le
partenariat. Notre rôle : conseiller, former, coordonner
Le directeur général de Canal
France International, en poste depuis 2002, a expliqué
ses objectifs à La Gazette. Il a insisté sur
la nécessaire pérennité de ses moyens
et l'importance pour l'avenir de ne pas laisser à d'autres
le rôle que CFI tient auprès des télévisions
africaines.
- La France défend la diversité
culturelle. N'y a-t-il pas contradiction lorsque, par ailleurs,
elle charge CFI de fournir aux pays en voie de développement
des programmes très majoritairement représentatifs
de la culture française, alors que leurs chaînes
ont rarement les moyens de mettre à l'écran
des productions locales ?
Nous sommes conscients que notre façon
de procéder pourrait représenter un danger pour
la diversité culturelle si nous nous contentions de
promouvoir les seuls programmes français. Ce risque,
nous y répondons de deux façons. D'abord, nous
assurons la promotion d'émissions et de films africains
en les proposant dans notre banque de programmes. Nous nous
intéressons à tout ce que l'Afrique produit
de bien en télévision et en cinéma. Par
nos achats, nous aidons les producteurs, et nos préachats,
auxquels s'ajoutent d'autres aides de la coopération,
leur permettent de lancer la fabrication de leurs nouveaux
programmes.
D'autre part, nous sommes aussi l'instrument de la coopération
audiovisuelle française et, à ce titre, nous
nous efforçons d'aider au développement des
productions nationales. Nous savons que le public les réclame,
y compris dans le domaine de l'information. Nous apportons
nos savoir-faire. Notre rôle est de conseiller, de former,
de coordonner
Nous sommes tous synchrones
Au sein de CFI, il n'y a pas de bataille entre
ces deux mouvements, entre notre offre des meilleurs programmes
français et notre souci de voir les Africains produire
eux-mêmes des programmes correspondant à leurs
identités nationales
Ces deux actions sont complémentaires.
Les Africains doivent produire plus et mieux parce qu'une
chaîne de télévision, pour fidéliser
ses téléspectateurs, n'a pas de meilleur atout
que la production nationale. Pour compléter son offre,
elle doit diffuser des programmes étrangers. Notre
objectif, à long terme, est que nos images l'emportent
sur celles venues d'ailleurs, que l'arrière-fond culturel
de nos partenaires, lorsque l'Afrique audiovisuelle sera devenue
un marché, reste marqué par les programmes français.
Cela, nous le faisons en parfait accord avec TV-France International
et le ministère des Affaires Etrangères
Nous sommes tous synchrones. Faire de CFI, distributeur de
programmes, l'instrument de la coopération française,
est une idée intelligente de la tutelle. Cela permet
de rassembler tous les efforts
- Comment faire en sorte que les images
du Sud voyagent plus, vers le Nord, mais aussi d'un pays du
Sud à l'autre ? Comment faire en sorte que les professionnels
du Sud en soient les principaux fournisseurs ?
Nous y aidons. D'abord, en agissant comme un
transporteur transafricain. Grâce à la partie
de notre réseau qui couvre ce continent, les programmes
qui y sont réalisés vont d'un pays à
l'autre
Ensuite, dans le cadre de nos actions de coopération,
en nous attachant à améliorer la qualité
de ces productions. On peut espérer qu'à un
moment ou à un autre, une chaîne française
s'intéressera à une production africaine
Souvenez-vous, les programmes allemands étaient ignorés
par les chaînes françaises jusqu'au jour où
l'une d'elles a découvert " Derrick "
Un rapport qualité-prix très
intéressant
Mais la solution, c'est la création et
le développement d'un marché africain. Cela
prendra du temps. Les chaînes devront apprendre à
financer ce qu'elles vont acheter à leurs confrères.
Déjà, quelques programmes -" Les Bobodiouf
", " La famille ", " Taxi Brousse "
-
sont diffusés sur toute l'Afrique avec succès.
C'est un premier pas
- Votre " force de frappe "
est-elle suffisante pour que les télévisions
partenaires de CFI parviennent, dans un délai raisonnable,
au professionnalisme nécessaire à leur compétitivité
?
Notre action est nécessaire et indispensable.
Ce serait une erreur d'abandonner à d'autres un travail
aussi important que celui d'aider les télévisions
à se développer, à se moderniser, à
prendre leur production en main. Ce travail de formation aura
des résultats à long terme. Un marché
émergera
Déjà, avec la création,
un peu partout, de chaînes privées, la concurrence
s'installe
Nos actions sont une façon importante et intelligente
d'assurer la présence et l'influence d'une culture
partagée par près de 200 millions de francophones.
En cela, nous participons aussi aux progrès de la Francophonie
Il est dommage qu'elles soient trop souvent méconnues
à Paris. Comparé aux moyens et aux résultats
des efforts déployés par d'autres, le rapport
qualité-prix de CFI est très intéressant.
En outre, notre approche est différente. Notre logique,
c'est le partenariat, l'adaptation, le travail rapproché
Nous apportons du service. Tout cela est exactement le contraire
de la volonté de domination
Il s'agit de développer
la présence culturelle et économique de la France,
sans aucun impérialisme
- Quels sont vos grands objectifs pour
2006 ?
En matière de coopération, nous
allons continuer à nous installer. L'an dernier, nous
avons assuré plus d'une centaine de missions. Cette
année, il y en aura encore plus, en Afrique, mais aussi
en Asie et au Moyen-Orient. Nous allons également voir
comment nous pouvons travailler plus avec l'Europe centrale
et orientale
Comme en 2005, nous proposerons en particulier des stages
dédiés aux journalistes. Celui consacré
à la manière de travailler lors de campagnes
électorales, déjà organisé en
RDC, au Burkina Faso, en Afghanistan, bientôt au Bénin,
devient un modèle reconnu. Tout comme celui qui vise
à former les journalistes sportifs au monde de la haute
compétition
Dans le domaine des programmes aussi, CFI fait de gros efforts
en faveur du sport. Notre forte présence lors de la
toute récente CAN a été plébiscitée
par tous nos amis africains. Ils ont aussi apprécié
que, pour les Jeux d'hiver de Turin, nous ayons pu leur offrir
un résumé quotidien de 26 minutes, grâce
à un accord sur les droits avec le CIO.
Ce partenariat avec l'olympisme est un signe de reconnaissance.
Un autre accord est en préparation pour les Jeux de
Pékin et nous avons obtenu de la Fédération
africaine d'athlétisme la retransmission d'un certain
nombre de rencontres internationales
Enfin, nous préparons déjà, pour l'automne,
un deuxième colloque sur les enjeux de la télévision
en Afrique. Le premier, organisé à Paris, au
Sénat, a obtenu un succès retentissant. Il nous
paraît important de lui donner une suite, tant le sujet
abordé est au cur de nos préoccupations,
au centre des problématiques qu'il faut résoudre
pour que, dans le domaine de l'audiovisuel, ce continent puisse
un jour rivaliser avec les autres
Entretien recueilli par Serge HIREL