Abu Dhabi s'offre une filiale de la Sorbonne
L'émirat d'Abu Dhabi a déboursé
entre 25 et 30 millions d'euros pour le prestige intellectuel
français.
Le président de Paris-IV a conclu, en
présence de Gilles de Robien la création d'une
antenne de la Sorbonne aux Emirats arabes unis (EAU). Le prince
héritier, Cheikh Khalifa bin Zayed, fervent partisan
de la coopération franco-émirienne, souhaite
que cette institution rayonne sur l'ensemble des monarchies
pétrolières du Golfe pour en attirer les élites.
La Sorbonne du Moyen-Orient sortira des sables
à Khalifa, en plein désert, à deux kilomètres
de l'imposante nouvelle mosquée qui accueille les visiteurs
sur l'île d'Abu Dhabi. En attendant ce campus ultramoderne
qui sera inauguré en 2007, les riches étudiants
francophones du plus grand des Emirats arabes unis pourront
suivre dès octobre des cours de la célèbre
université française. En mettant entre 25 et
30 millions d'euros sur la table, les autorités émiriennes
n'ont pas lésiné. Mais à une condition
: "The same, we want exactly the same as Paris"
(" La même chose, nous voulons exactement la même
chose qu'à Paris ").
Les enseignements des humanités seront
donc dispensés à l'identique en français
par des professeurs de la Sorbonne en mission pour un mois
à deux ans. La nouvelle entité, mixte, laïque
et ouverte aux étudiants de toute nationalité,
délivrera la licence de la Sorbonne-Paris-IV, reconnue
dans toute l'Europe. Une sélection sera opérée
sur un critère académique ; pour les non francophones,
un apprentissage de la langue et de la culture françaises
sera organisé. L'opération, inédite,
est entièrement financée par les EAU et les
droits d'inscription s'élèvent à 15.000
dollars, dont une partie ira à la Sorbonne.
Salama al-Qubaisi, 18 ans, est déjà
inscrite. Dissimulée sous son abaya et son hijab, cette
ancienne élève du lycée français
Louis-Massignon d'Abu Dhabi, où elle est aujourd'hui
assistante, vient tous les matins au volant de son 4x4. Reste
à attirer les 199 autres étudiants espérés
pour la première rentrée - 1500 à terme
- dans une contrée qui a rarement entendu parler de
la Sorbonne et préfère envoyer ses enfants étudier
aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Liban.
L'affaire pouvait sembler mal partie. Les Emirats,
ancien protectorat britannique, comptent 3 800 jeunes inscrits
dans les universités aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
"Contre toute attente, ce pays nous demande, se
réjouit Jean-Robert Pitte, président de la
Sorbonne. C'est un ballon d'oxygène à un moment
où les universités françaises ont de
grosses difficultés. Nous ne pouvons pas échouer
car ce serait un désastre pour les autres affaires
françaises." De toutes les monarchies du Golfe,
c'est celle qui entretient les relations les plus étroites
avec la France. Gros producteur de pétrole, cet Etat
du golfe Persique est essentiel aux exportations nationales
dans les domaines militaire, industriel et des travaux publics.
Encouragée par des politiques et des industriels unanimes,
le projet a été lancé en un temps record.
Au point que certains y voient le "fait des deux princes,
l'héritier Cheikh bin Zayed et Jacques Chirac".
Justine DUCHARNE
Le Figaro