Union de la Presse Francophone
 
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N° 127 - mai-juin 2006

FRANCOPHONIE
par Alain GARNIER

Le Grand Témoin de la Francophonie

Lise Bissonnette en appelle à la "volonté politique"

La suprématie de l'anglais dans le monde des sports n'est pas irréversible. Mais, les francophones ne manifestent pas une ferme volonté de sauver de la mort lente le français langue olympique.

" Le français existe toujours comme langue olympique, mais il n'est plus la langue des Jeux ". C'est le constat du Grand Témoin de la Francophonie aux jeux Olympiques d'hiver en février dernier à Turin (Italie). Second constat, qui va de pair avec le premier : l'absence de volonté politique des francophones eux-mêmes pour rétablir l'usage courant du français, langue des jeux Olympiques depuis plus d'un siècle. Navrant, mais pas irréversible pour la Québécoise Lise Bissonnette, observatrice déléguée par le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie Abdou Diouf. Son rapport intitulé " La place et l'usage de la langue française aux jeux Olympiques d'hiver de Turin 2006 " réclame un cadre réglementaire précis qui vienne compléter la Règle 24 de la charte olympique sur les langues officielles ainsi qu'un cahier des charges et des mesures linguistiques "contraignantes" pour la ville d'accueil des jeux, avec une veille linguistique permanente sur la langue des sports. En outre, des interventions permanentes sont nécessaires auprès des comités nationaux olympiques des Etats de la Francophonie afin qu'ils exigent que les informations leur parviennent en français, ce que tous ne demandent pas, bien au contraire.

Bien sûr, le français, langue officielle, a été présent à Turin, et même un peu plus qu'à Athènes en 2004, mais "comme une langue cérémoniale et protocolaire" tandis que "la prépondérance symbolique était à l'anglais" dénonce Lise Bissonnette. Les slogans, les billets, la communication à chaud, la langue de travail des médias, les produits commerciaux étaient exclusivement en anglais, parfois en italien. Même la devise des Jeux n'était pas traduite.

Très pessimiste pour les olympiades de 2008 à Pékin dont on peut prévoir dès maintenant qu'elles s'exprimeront en anglais et en chinois mandarin, le Grand Témoin à Turin note à l'inverse que l'organisation des jeux d'hiver 2010 à Vancouver garantit le respect total du bilinguisme. Pourtant, cette ville du Canada ne compte que 3 % de francophones, et les principales langues qui y sont parlées aujourd'hui sont l'anglais et le chinois. La primauté olympique de l'anglais n'est en effet pas irréversible pour Lise Bissonnette quand elle se réfère à l'expérience politique québécoise. "Je crois à la contrainte, en même temps que je crois à la charge symbolique" affirme la présidente de l'institution Bibliothèque et archives nationales du Québec. "Nous savons dans notre pays que les choses n'arrivent pas par la seule bonne volonté, il faut une volonté politique", ajoute l'ancienne journaliste québécoise. Les prétextes et alibis de l'anglais unique sont nombreux, mais aucun ne tient devant une politique linguistique déterminée. La traduction immédiate en français de tous les textes, par exemple, est possible, "surtout avec les technologies actuelles". Son coût, même élevé, "est une goutte d'eau dans un océan" par rapport à ce que coûtent les jeux Olympiques.

Lise Bissonnette dont la mission s'est achevée avec la remise de son rapport à Abdou Diouf le 9 mai à Paris avait été nommée Grand Témoin de la francophonie en juillet 2005. Après une mission préparatoire, du 19 au 26 septembre, à Paris, Rome et Turin, elle a séjourné sur le site pendant toute la durée des Jeux, du 10 au 26 février 2006. Son rapport plaide pour une sortie d'urgence de "la négligence bienveillante dont le français fait désormais l'objet" chez les sportifs. Il faut intervenir sans tarder et en permanence auprès des comités nationaux olympiques de la Francophonie. Car, "sans parler de désastre à Turin, la langue française est en voie de disparition lente" face à l'anglais qui est "devenu la langue internationale du sport." Sans volonté politique, c'est partie perdue.

Alain GARNIER