C'est une honte !
L'hebdomadaire camerounais L'Anecdote
n'a rien trouvé de mieux que la publication en couverture,
le 24 janvier 2006, de "La liste complète des
homosexuels du Cameroun"
A l'intérieur du
numéro, cette scandaleuse promesse est tenue. En effet,
un certain nombre d'homosexuels "présumés"
y voient rapportés des éléments intimes
de leur biographie sous cette seule tonalité. Des hommes
et des femmes sont ainsi livrés à la vindicte
et à la bêtise de leurs concitoyens, à
leur curiosité malsaine en tout cas.
Le premier mouvement, devant cette énormité,
est de stupéfaction tant elle déroge aux règles
les plus élémentaires d'une presse respectueuse
et civilisée. Il me semble même que c'est moins
d'une dérogation aux règles qu'il convient de
parler que d'une rupture radicale par rapport à ce
que les médias ont la mission, la charge ou la liberté
de traiter et qui doit se rapporter à l'information
même très largement entendue.
L'Anecdote, par son comportement qui
ne relève pas d'une provocation consciente puisque,
le plus sérieusement du monde, on nous offre une "enquête"
sur le thème annoncé en première page,
sort du champ médiatique NORMAL.
Certes, la couverture et les pages concernées
pourraient faire l'objet d'une assignation non pas pour diffamation
de la part de chacune des personnes visées - en effet,
il n'est plus offensant de qualifier quelqu'un d'homosexuel
puisqu'il s'agit d'une liberté sexuelle intime qui
n'a pas à être qualifiée judiciairement
- mais pour atteinte à l'intimité de la vie
privée et au droit à l'image puisque les visages
sont reproduits.
Au-delà de cette procédure qui,
paradoxalement, ferait rentrer par force juridique L'Anecdote
dans le champ ordinaire de la presse, c'est le responsable
de cette publication qui pose un grave problème, en
raison de sa personnalité et de sa compétence.
Sa manière de concevoir le rôle et la mission
d'un hebdomadaire appelle les plus vives réserves,
pour ne pas dire plus.
Pour s'appeler L'Anecdote, mille sujets
pouvaient être abordés qui auraient, sérieux
ou divertissants, pu intéresser ou amuser les lecteurs
sans les entraîner sur une pente aussi nauséeuse.
L'Anecdote, ce ne devrait être en aucun cas la
vie intime des gens, leur choix sexuel, ce qu'à l'évidence
ils veulent garder secret.
Non seulement c'est illégal mais c'est indigne.
C'est une honte dont il faudra savoir tirer les conséquences.
Philippe BILGER
chef de la Délégation juridique de l'UPF