Union de la Presse Francophone
 
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N° 127 - mai-juin 2006

MEDIA
par Alain GARNIER

Humour 100 % Noir au Salon de Genève

L'UPF honore le courage des dessinateurs de presse africains.

Palmarès et dessins

La Francophonie - ça finit par se savoir - ne défend pas seulement la langue française mais l'usage de toutes les langues du monde. Au 20e Salon international du livre et de la presse de Genève, l'UPF a rendu hommage à la doyenne des langues vivantes et au plus universel des langages : le dessin.

Quarante dessins de presse, extraits d'une quinzaine de journaux d'Afrique francophone, ont été exposés, du 27 avril au 1er mai, au Salon du livre africain, intégré depuis trois ans à ce qui est devenu la plus grande manifestation culturelle autour du livre en Suisse. Le Salon de Genève, qui avait pour invité d'honneur l'Algérie, est un salon élargi où se côtoient édition et presse francophones, associations et ONG, instituts de formation et même musique, tandis que l'étage et une grande galerie sont ouverts aux beaux-arts. Cette année, gravures et lithographies " Chagall et les femmes " et le traditionnel Salon d'art moderne Europ'Art Genève, grand rendez-vous de galeries internationales, ont garanti le niveau du volet artistique.

Entre art et presse, l'exposition de dessins de presse africains avait toute sa place. Les journalistes francophones voulaient témoigner là du travail de ces dessinateurs et caricaturistes d'Afrique qui par-delà tous les obstacles et toutes les pressions, avec les moyens réduits qui sont ceux de la presse du Sud, poursuivent leur mission à risque avec talent, courage et insolence.
Le conseiller fédéral pour l'Intérieur Pascal Couchepin, également chargé de la culture, a visité le stand de la presse francophone écopant au passage d'un dessin, croqué à chaud par le caricaturiste gabonais Pahé, 1er prix de l'exposition. Le jury du concours, constitué par la section suisse de l'UPF que préside Daniel Favre, a récompensé Patrick Essono, qui signe Pahé, pour sa vigueur et pour son culot. Il a voulu aussi distinguer d'un 2e prix Damien Glez, journaliste dessinateur à l'hebdomadaire satirique burkinabé Le Journal du Jeudi, pour la qualité de son dessin et pour son acuité critique.
Nombreux, les visiteurs européens ou africains ont ri et apprécié l'encre acide et cocasse déversée à Genève par les journaux d'Afrique francophone. Un tir d'autant plus groupé, que l'exposition voisinait avec un choix de planches du populaire Cauphy Gombo, la BD de Zohoré publiée dans le magazine ivoirien Gbich. Willy The Kid, l'un de ses dessinateurs, était également présent au Salon.

Le dessin de presse est sans pitié
Le dessin de presse ne fait pas rire tout le monde. L'esprit et le trait ne sont pas les mêmes partout. L'humour noir fera rire jaune ici et fera monter là-bas une rouge colère. Le parti pris est la loi du genre. La caricature est polémique ou n'est pas. Insolente ou meurtrière, elle ne laisse pas vraiment de droit de réponse dans les règles. Le dessin de presse, sans pitié, cultive l'excès, le ridicule, l'irrévérence. Le trait simplifie, raccourcit, préjuge, trahit, met en avant le détail qui blesse. L'information suggérée ou éclairée est toujours déformée sous le crayon, parfois injuste. Le contraire du respect et de l'équilibre enseignés dans les écoles. C'est pour ça aussi qu'on l'aime. Qu'on en a besoin. Plus le dessin est vrai, plus il chatouille, démange, fait mal. Il peut soulever la tempête, déchaîner les passions. Et même, mondialiser la colère. Rappelez-vous " les" caricatures, c'était il n'y a pas si longtemps.

Faute de journaux pour prendre le risque de la saisie, des poursuites en diffamation, parfois de l'emprisonnement, Pahé explique qu'il n'est pas publié dans son pays.
Adepte du détail qui tue, de résurgences d'ancêtres gaulois, de difformités et de dérives présidentielles, il a dû créer, dit-il, son propre site sur l'Internet (www.lesnin fo.com) hébergé en Asie. Car au Gabon, on lui demande "de dessiner des fleurs et des abeilles" et Pahé n'aime pas dessiner de belles fleurs et de belles abeilles quand il y a tant, autour, à caricaturer.

Alain GARNIER