Humour 100 % Noir au Salon de Genève
L'UPF honore le courage des dessinateurs de presse
africains.
Palmarès
et dessins
La Francophonie - ça finit par se savoir
- ne défend pas seulement la langue française
mais l'usage de toutes les langues du monde. Au 20e Salon
international du livre et de la presse de Genève, l'UPF
a rendu hommage à la doyenne des langues vivantes et
au plus universel des langages : le dessin.
Quarante dessins de presse, extraits d'une quinzaine
de journaux d'Afrique francophone, ont été exposés,
du 27 avril au 1er mai, au Salon du livre africain, intégré
depuis trois ans à ce qui est devenu la plus grande
manifestation culturelle autour du livre en Suisse. Le Salon
de Genève, qui avait pour invité d'honneur l'Algérie,
est un salon élargi où se côtoient édition
et presse francophones, associations et ONG, instituts de
formation et même musique, tandis que l'étage
et une grande galerie sont ouverts aux beaux-arts. Cette année,
gravures et lithographies " Chagall et les femmes "
et le traditionnel Salon d'art moderne Europ'Art Genève,
grand rendez-vous de galeries internationales, ont garanti
le niveau du volet artistique.
Entre art et presse, l'exposition de dessins
de presse africains avait toute sa place. Les journalistes
francophones voulaient témoigner là du travail
de ces dessinateurs et caricaturistes d'Afrique qui par-delà
tous les obstacles et toutes les pressions, avec les moyens
réduits qui sont ceux de la presse du Sud, poursuivent
leur mission à risque avec talent, courage et insolence.
Le conseiller fédéral pour l'Intérieur
Pascal Couchepin, également chargé de la culture,
a visité le stand de la presse francophone écopant
au passage d'un dessin, croqué à chaud par le
caricaturiste gabonais Pahé, 1er prix de l'exposition.
Le jury du concours, constitué par la section suisse
de l'UPF que préside Daniel Favre, a récompensé
Patrick Essono, qui signe Pahé, pour sa vigueur et
pour son culot. Il a voulu aussi distinguer d'un 2e prix Damien
Glez, journaliste dessinateur à l'hebdomadaire satirique
burkinabé Le Journal du Jeudi, pour la qualité
de son dessin et pour son acuité critique.
Nombreux, les visiteurs européens ou africains ont
ri et apprécié l'encre acide et cocasse déversée
à Genève par les journaux d'Afrique francophone.
Un tir d'autant plus groupé, que l'exposition voisinait
avec un choix de planches du populaire Cauphy Gombo, la BD
de Zohoré publiée dans le magazine ivoirien
Gbich. Willy The Kid, l'un de ses dessinateurs, était
également présent au Salon.
Le dessin de presse est sans pitié
Le dessin de presse ne fait pas rire tout le monde. L'esprit
et le trait ne sont pas les mêmes partout. L'humour
noir fera rire jaune ici et fera monter là-bas une
rouge colère. Le parti pris est la loi du genre. La
caricature est polémique ou n'est pas. Insolente ou
meurtrière, elle ne laisse pas vraiment de droit de
réponse dans les règles. Le dessin de presse,
sans pitié, cultive l'excès, le ridicule, l'irrévérence.
Le trait simplifie, raccourcit, préjuge, trahit, met
en avant le détail qui blesse. L'information suggérée
ou éclairée est toujours déformée
sous le crayon, parfois injuste. Le contraire du respect et
de l'équilibre enseignés dans les écoles.
C'est pour ça aussi qu'on l'aime. Qu'on en a besoin.
Plus le dessin est vrai, plus il chatouille, démange,
fait mal. Il peut soulever la tempête, déchaîner
les passions. Et même, mondialiser la colère.
Rappelez-vous " les" caricatures, c'était
il n'y a pas si longtemps.
Faute de journaux pour prendre le risque de
la saisie, des poursuites en diffamation, parfois de l'emprisonnement,
Pahé explique qu'il n'est pas publié dans son
pays.
Adepte du détail qui tue, de résurgences d'ancêtres
gaulois, de difformités et de dérives présidentielles,
il a dû créer, dit-il, son propre site sur l'Internet
(www.lesnin fo.com) hébergé en Asie. Car au
Gabon, on lui demande "de dessiner des fleurs et des
abeilles" et Pahé n'aime pas dessiner de belles
fleurs et de belles abeilles quand il y a tant, autour, à
caricaturer.
Alain GARNIER