Union de la Presse Francophone
 
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N° 131- février-mars 2007
Union de la Presse Francophone

MEDECINE
par Gaël de VAUMAS

Les hépatites, un problème de santé publique

Un malade sur deux ignore qu'il est porteur d'une hépatite chronique B ou C.
Se faire dépister est le seul moyen de le savoir

   

Une transmission par voie sanguine ou sexuelle

* Le VHB se transmet par voie sexuelle ou sanguine, ou encore de la mère à l'enfant. Chez la personne adulte, dans 90% des cas, il est éliminé de l'organisme naturellement, ne laissant que des stigmates biologiques de son passage, c'est-à-dire des anti-corps identifiés par la sérologie. Mais, chez un patient sur dix, l'hépatite B évolue vers une forme chronique. Il peut aussi rarement donner un tableau d'hépatite aiguë, parfois sévère.


* Le virus de l'hépatite C se transmet essentiellement par le sang. L'organisme ne parvient à l'éradiquer que dans 20% des cas. Huit patients sur dix évoluent vers une hépatite chronique. Toute la gravité des hépatites B et C tient donc à leur passage à la chronicité : le système immunitaire ne parvient pas à les éliminer et ils poursuivent en silence leur activité néfaste pour le foie.

Alcool et diabète
des facteurs aggravants

L'arrêt de la consommation d'alcool, une perte de poids et la correction des anomalies du métabolisme glucidique sont indispensables, non seulement parce qu'ils aggravent les lésions hépatiques, mais aussi parce qu'ils sont responsables d'une moins bonne réponse au traitement.
Chez certains patients, des mesures hygiéno-diététiques permettent même d'améliorer la maladie et de différer la mise en route d'un traitement antiviral.

 

   

En France, les hépatites virales chroniques toucheraient entre 600 000 et 700 000 personnes mais moins de 400 000 le savent. Transmissibles et silencieuses, les hépatites B et C demeurent un réel problème de santé publique. Non soignées et non prises en charge alors que des traitements efficaces existent, elles sont la cause de plus de 5 000 décès chaque année en France.

Pour la deuxième "Journée nationale hépatites", le samedi 20 janvier, la Fédération nationale des Pôles de référence et Réseaux Hépatites (FPRH), l'Association Française pour l'étude du foie (AFEF), les associations de malades représentées par SOS Hépatites et l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) se sont mobilisés pour sensibiliser le plus grand nombre au dépistage et pour informer sur les avancées de la prise en charge et des traitements.

Encourager le dépistage

Les objectifs de la journée ont été :
- informer le grand public sur la fréquence et le danger des hépatites virales.
- encourager les personnes qui a priori ne présentent pas de risque évident à se faire dépister : antécédent même ancien d'hospitalisations répétées, d'interventions chirurgicales, d'examens invasifs, tatouages, piercing…
- favoriser une meilleure prise en charge des sujets dépistés
- améliorer l'accès des malades aux traitements qui sont d'autant plus efficaces qu'ils sont mis en place de façon précoce et peuvent ainsi éviter l'évolution vers la cirrhose ou le cancer du foie.
- Informer les patients sur les avancées thérapeutiques et cliniques.

Connaître les risques pour mieux se protéger

" Les hépatites chroniques virales sont des maladies transmissibles et souvent silencieuses encore mal connues du grand public " affirme M. Michel Bonjour, président de l'association SOS Hépatites. "Asymptomatiques, elles passent le plus souvent inaperçues jusqu'à l'apparition des complications (cirrhose dans 20 % des cas et cancer du foie). Le dépistage est le seul moyen de le savoir " explique le Pr Jean-Pierre Zarski, président de la FPRH. En France, ces infections sont, malgré d'importants efforts de dépistage, encore largement sous diagnostiquées et insuffisamment traitées. Une situation intolérable alors que des traitements efficaces existent.

On guérit de plus en plus souvent d'une hépatite

" Des progrès spectaculaires ont été réalisés dans la prise en charge des patients atteints d'hépatites chroniques ", explique le Pr Patrick Marcellin (hôpital Beaujon, Clichy). Avec les quatre médicaments disponibles actuellement, l'interféron pégylé et trois antiviraux purs, la lamivudine, l'adéfovir et récemment l'entécavir, les deux tiers des patients infectés par le virus de l'hépatite B (VHB) voient leur maladie stabilisée. " Ces traitements, en arrêtant la réplication virale, améliorent les lésions hépatiques, bien qu'ils ne permettent pas d'obtenir une guérison définitive ", précise-t-il.

Si on ne parvient pas à guérir d'une hépatite B, en revanche, il est aujourd'hui possible d'éliminer définitivement le virus de l'hépatite C (VHC) dans la majorité des cas. L'association interféron pégylé-ribavirine, traitement de référence actuel des hépatites chroniques C, permet de guérir de 50% à 90% des patients, suivant la forme du virus. " C'est un progrès considérable puisque, il y a 10 ou 15 ans, on ne parvenait à guérir que 10 à 30% des malades ", rappelle le Pr Stanislas Pol, ancien président du groupe Essais thérapeutiques sur les hépatites virales de l'ANRS.

Augmenter le nombre de patients stabilisés, offrir une solution à ceux qui sont en échec thérapeutique, réduire la durée des traitements, améliorer leur tolérance sont les enjeux de la recherche dynamique consacrée aujourd'hui à ces infections. C'est notamment le rôle de l'ANRS que de mener des études sur certaines de ces questions. Des progrès sont attendus par ailleurs prochainement car de nouvelles molécules plus spécifiques et/ou plus puissantes et/ou mieux tolérées sont déjà en cours d'évaluation dans de nombreux essais cliniques.

Tous ces progrès thérapeutiques ne devraient pour autant pas faire oublier qu'il existe un vaccin contre l'hépatite B et que l'amélioration de la couverture vaccinale des nourrissons et des sujets à risque reste une priorité.

Autre progrès notable pour la prise en charge des patients, la validation de tests non invasifs, Fibroscan et Fibrotest, pour l'évaluation de la maladie hépatique. Les indications de ces méthodes pour le diagnostic et la surveillance des pathologies hépatiques devraient être prochainement définies par les autorités sanitaires. " Elles constituent un progrès certain pour l'évaluation initiale de l'atteinte hépatique, comme pour la surveillance des patients, à condition d'être prescrites et interprétées par un praticien expérimenté ", note le Pr Jean-Claude Trinchet, hépatologue à l'hôpital Jean-Verdier (Bondy).

Un patient motivé et informé se soigne mieux

Pour que le patient puisse bénéficier pleinement de ces avancées thérapeutiques, il faut qu'il puisse suivre correctement son traitement. L'enjeu n'est pas mince : on sait en effet qu'une bonne observance a une influence directe sur le succès thérapeutique. Or, l'adhésion au traitement est souvent difficile car le malade a peu ou pas de symptôme avant la mise sous traitement, alors que les médicaments peuvent donner des effets indésirables et le traitement est long, de 24 à 48 semaines selon les cas. Informer, motiver, éduquer sont indispensables pour l'aider à mettre toutes les chances de son côté. Les associations de malades jouent un rôle clé de soutien.

De la recherche aux soins de proximité : un maillage autour du malade

" La collaboration de la FPRH, de l'AFEF, de l'ANRS et des associations de malades assure un véritable maillage autour du patient, pour lui offrir des soins de proximité de qualité, tout en poursuivant les actions d'information et de mobilisation de tous les acteurs et une recherche fondamentale et clinique dynamique ", conclut le Pr Christine Silvain.

Gaël de VAUMAS