Union de la Presse Francophone
 
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N° 132- juin-juillet 2007

PRESSE

CANADA
par Rachel DESILETS

LES MEDIAS EN ACADIE : UN PEU, BEAUCOUP, ASSEZ ?

On assiste à travers le monde à une prolifération des médias: les chaînes de télévision spécialisées pleuvent, des milliers de stations de radio sont disponibles via le satellite et des journaux et magazines couvrent à peu près tous les sujets possibles. Mais quantité n'est pas toujours synonyme de qualité... Pour ce qui est de l'Acadie, les médias sont-ils aujourd'hui en nombre et en qualité suffisants pour rendre compte de notre réalité ?

L'histoire des médias en Acadie commence véritablement en 1867 avec la création du Moniteur Acadien à Shédiac. Cet hebdomadaire est rejoint en 1885 par le Courrier des provinces maritimes de Bathurst. Un autre journal marquant l'histoire des médias acadiens est l'Évangéline, qui a vu le jour en Nouvelle-Écosse en1887 pour ensuite déménager à Moncton. Ce journal détient d'ailleurs le record de longévité de la presse en Acadie.

L'Acadie Nouvelle, le seul quotidien provincial francophone

Aujourd'hui, L'Acadie Nouvelle est le seul quotidien provincial francophone du Nouveau-Brunswick. Fondé en 1984, il a étendu ses limites territoriales cinq ans plus tard afin de desservir la province tout entière. On peut se poser la question de savoir si un seul quotidien francophone est suffisant pour desservir adéquatement cette population. Contrairement au Québec où les quotidiens sont nombreux, les lecteurs acadiens qui ne se sentent pas rejoints par L'Acadie Nouvelle n'ont d'autre option.

Par exemple, certains lecteurs du Sud se plaignent de sentir un peu trop le vent du nord lorsqu'ils lisent L'Acadie Nouvelle, pour ne pas dire le vent de Caraquet. Souvenons-nous de la couverture concernant la fermeture de l'hôpital l'Enfant-Jésus qui en avait fait sourciller plusieurs. D'autres estiment que ce quotidien est un peu trop teinté de rouge à leur goût.

Toutefois, le fait que les éditoriaux et les chroniques soient écrits par différentes plumes diversifie les discours. Il ne faut pas oublier non plus la présence d'hebdomadaires de langue française en Acadie, comme Le Madawaska, L'Étoile du Sud-Est et l'Hebdo Chaleur, qui permettent, malgré leur humbles moyens, de diversifier le discours.

Les radios ne manquent pas

Par contre, ce ne sont pas les stations de radio qui manquent en Acadie. Tout a commencé en 1924, alors qu'une programmation francophone préparée à Montréal était diffusée à Moncton par la station CNRA du réseau de chemin de fer Canadien national. Ensuite, onze ans plus tard, CHNC de New-Carlisle en Gaspésie a été la seule à diffuser pendant une vingtaine d'années une programmation pour les francophones des Maritimes.

À l'heure actuelle, neuf stations font partie de l'Association des radios communautaires francophones du Nouveau-Brunswick. Ces stations sont de bon moyens de rendre compte de la réalité de l'Acadie, car une partie de leur programmation est assurée par des bénévoles issus de la communauté. C'est la radio des Acadiens faite par les Acadiens.

En plus des radios communautaires, notre province compte quelques radios commerciales telles CHOY de Moncton et CKLE de Bathurst. Contrairement aux stations communautaires, les stations à but lucratif ont moins comme mission première de représenter l'Acadie. CKLE avait tout de même embauché deux animateurs l'été dernier afin de sillonner la région Acadie- Bathurst, de festival en festival. Parce que pour être florissantes, ces radios se doivent de rejoindre les Acadiens.

Télévision : le désert acadien

Les productions télévisuelles acadiennes, par contre, ne pleuvent pas. Mis à part le Téléjournal Atlantique de Radio-Canada et l'émission Brio, les Acadiens ne sont que peu représentés par notre société d'État. On a bien droit à quelques brèves apparitions de journalistes acadiens sur la chaîne d'information continue RDI. Consolons-nous avec la diffusion prochaine du premier téléroman acadien, Planète Belle-Baie de Renée Blanchar, dont cinq des quinze principaux rôles sont tenus par des Acadiens, les autres étant assurés par des Québécois.

Pour les Acadiens du nord du Nouveau-Brunswick, le bulletin régional de CHAU-TVA présente des nouvelles de leur région. La télévision communautaire Rogers a de plus une programmation acadienne qui présente la réalité acadienne dans sa ruralité et son urbanité, de Couleurs de l'Acadie à Acadieman.

Alors que les radios communautaires font état d'une Acadie rurale, vivant au rythme des « soirées d'amateurs » des paroisses et bercée au rythme du folklore, les médias électroniques sont davantage branchés sur l'effervescence « monctonienne ». Le site "acadieurbaine.net" et sa nouvelle branche Télévision Acadie urbaine se veulent un lieu d'expression et de découverte de la culture acadienne actuelle, où le chiac côtoie le français.

Il y a aussi le site "capacadie", qui sert d'hébergement électronique pour L'Acadie Nouvelle et les stations de radio communautaires. Ce site propose aussi des Chroniques du monde, écrites quotidiennement par des Acadiens aux horizons différents. D'autres sites internet servent aussi de forums pour les Acadiens, tels "acadiemania.com", qui se dit « consacré à la critique et à la découverte de nouvelles ».

« Zling-zling » et « boum-boum »

Donc, est-ce que ces médias rendent fidèlement compte de la réalité acadienne ? Il semble que cette réalité tourne autour de deux pôles : l'Acadie du « zling-zling », de la musique folklorique et de la ruralité, et l'Acadie du « boum-boum », de la musique du monde et du monde urbanisé.

Sans tomber outre mesure dans les stéréotypes, les radios communautaires rendent bien compte de cette première réalité, tandis que les médias électroniques servent bien la deuxième. Entre les deux se trouvent les médias d'information, comme L'Acadie Nouvelle et le Téléjoumal Atlantique, qui rapportent l'actualité.

Finalement, est-ce que nous avons suffisamment de médias en Acadie? Probablement, même si nous n'avons qu'un seul quotidien. Et les médias électroniques ouvrent une toute nouvelle voie médiatique en Acadie.

La question serait surtout de, savoir si nous pouvons avoir plus de médias en Acadie, si le marché médiatique est assez solide pour y inclure de nouveaux joueurs.

Rachel DESILETS