|
N°
132- juin-juillet 2007
|
PRESSE
BOLLORÉ : UN GROUPE MONDIAL
DONT LE PAPIER EST L'UN DES MÉTIERS DEPUIS TOUJOURS
par Serge
HIREL
Le papier est au coeur du groupe Bolloré.
Un fil rouge qui relie lefondateur du groupe familial, créé
en 1822, au PDG actuel, Vincent Bolloré, qui a pris les
rênes de la maison en 1980. Longtemps, l'entreprise bretonne
a forgé sa réputation sur la production de papier
bible et une bonne part de sa réussite est due au papier
à cigarette. Le « B » du célèbre
sigle OCB signifie « Bolloré ».
Aujourd'hui encore, le groupe, avec les Papeteries
du Léman et des Vosges, est le premier mondial du papier
mince, dont il assure à lui seul 20% de la production.
En entrant dans l'édition de presse, Vincent Bolloré,
en quelque sorte, est allé à l'autre bout de la
chaîne ... Mais la fabrication de papier, au sein du conglomérat
actuel, ne représente plus qu'un très faible pourcentage
du chiffre d'affàires, qui, en 2006, a atteint près
de 6 milliards d'euros. Ce sont les transports et la logistique
qui apportent la plus grosse part de celui-ci (84%). Si Vincent
Bolloré a quitté le transport maritime en 2005,
en revendant Delmas-Vieljeux (SDV), il n'en possède pas
moins, via notanment la SDV, un réseau mondial de première
grandeur qui assure toute la palette des prestations : manutention
portuaire, transit, entreposage, transports...
Bolloré l'Africain
La France reste son premier territoire (55% du chiffre
d'affaires). Mais l'Afrique, à elle seule, en assure 19%.
Le groupe Bolloré gère des terminaux portuaires
en Côte d'Ivoire, au Gabon, au Nigeria, au Ghana, ... possède
des plantations, exploite plusieurs lignes de chemin de fer essentielles
à l'économie du continent, au Cameroun, au Burkina
Faso, à Madagascar, ... et n'y compte pas moins de 241
agences dans 41 pays. Vincent Bolloré, qui, l'an dernier,
a rassemblé toutes ses activités africaines dans
une même division, a prévu d'y investir plus de 100
millions d'euros en 2007.
Le groupe, qui emploie 32 000 personnes, est aussi
présent de longue date dans la distribution de produits
pétroliers en Europe, la production de films plastiques
pour l'industrie et l'alimentation et s'est lancé dans
la recherche technologique, notamment sur les batteries et les
voitures électriques. Sans oublier sa percée dans
les médias...
Volontaire, curieux, un peu touche-à-tout,
en tout cas passionné par la nouveauté et l'innovation,
Vincent Bolloré s'est aussi forgé une solide réputation
d'homme d'affaires dans les milieux financiers, grâce à
quelques opérations fracassantes, qui lui ont permis de
se constituer de véritables trésors de guerre. En
2006, il s'est retiré de Vallourec, premier mondial du
tube sans soudure, en empochant 541 millions d'euros. Et ses «
raids » sur Pathé, sur la banque Lazard et surtout
sur Bouygues, propriétaire de TFI, sont restés célèbres
...
Les médias depuis 2000
Ce style « capitaine d'industrie» a
pu faire croire que son intérêt apparemment soudain
pour la publicité, la presse et l'audiovisuel relevait
de cette même démarche. Il n'en est rien. Sa pugnacité
pour obtenir la présidence d'Havas et son combat pour faire
respecter son rang de premier actionnaire au sein de la société
britannique de conseil médias Aegis démontrent que
ce secteur est désormais une branche à part entière
du groupe, même si, pour l'heure, elle constitue plus un
centre de pertes qu'un apport réel au chiffre d'affaires.
En fait, c'est dès le tournant du siècle
que Vincent Bolloré a investi dans les médias au
sens large. Sa première acquisition fut le cinéma
parisien Mac-Mahon. Suivirent l'achat de StreamPower, une
société de diffusion vidéo sur Internet,
puis une participation de 30% dans la SFP (au côté
d'Euromédia dont il est aussi actionnaire), la société
de production « historique » de la télévision
publique française. Aujourd'hui, Bolloré Médias
Investissements, créée en 2004, possède également
en portefeuille 40% de l'institut de sondage CSA, 10% du groupe
cinématographique Gaumont, 30,4% d'Havas, 29% d'Aegis,
70% de Matin Plus (avec pour co-actionnaire Le Monde),
100% de Direct-Soir et 100% de Direct 8, la chaîne
télévisée généraliste diffusée
sur la télévision numérique terrestre. Le
groupe a aussi obtenu en 2006 douze licences régionales
Wimax qui vont lui permettre d'être un acteur majeur dans
l'Internet nomade à très haut débit.
Des investissements à long terrne
Lancé en juin 2006, Direct-Soir est
diffusé gratuitement, du lundi au vendredi, à 600
000 exemplairesà Paris et dans quinze villes de la Petite
Couronne. Matin Plus, dont le premier numéro a paru
en février dernier, vient d'augmenter son tirage à
400 000 exemplaires et sert de tête de pont parisienne à
un réseau de gratuits de la presse quotidienne régionale
comptant déjà sept titres. Quant à Direct
8, dont la diffusion a débuté fin mars 2005, son
audience moyenne se situe aux alentours de 0,7%.
Ces trois médias ont au moins trois points
communs : ils s'adressent à une population jeune et urbaine,
leurs concepts sont originaux, innovants même, et leur développement
exige de gros moyens financiers, le retour sur investissement
n'étant prévu que dans cinq à sept ans...
C'est dire si Vincent Bolloré croit à l'importance
de la communication, y compris écrite, dans le monde de
demain.
Nul ne doute plus aujourd'hui qu'il est installé
pour longtemps dans ce secteur. Certains, qui se souviennent de
l'adage qui veut qu'on ne prête qu'aux riches, pensent même
qu'il pourrait d'ici peu acquérir une grande chaîne
de télévision ou un quotidien parisien. La règle
du groupe est de ne pas entendre ces rumeurs... Pour l'instant,
le breton Vincent Bolloré veille avec soin sur un tout
nouveau titre, Bretagne Plus, un quotidien gratuit diffusé
à 20 000 exemplaires dans les principales villes du Finistère
et du Morbihan. Une «danseuse»... Mais c'est bien
la seule au milieu d'un groupe où le maître mot reste
la rentabilité.
Serge HIREL