Union de la Presse Francophone
 
Retour pagé précédente

N° 132- juin-juillet 2007

LANGUE FRANCAISE

Maurice DRUON
de l'Académie française
Propos recueillis par Thomas LIARD pour Union de la Presse Francophone

" LE POIDS D'UN PAYS DÉPEND DE LA DIFFUSION DE SA LANGUE "

L'académicien Maurice Druon a confié à Direct soir ses idées pour mieux valoriser la langue française, ce patrimoine ...

Direct Soir. Comment agir pour remédier à l'altération de la langue française ?

Maurice Druon. La langue, c'est tout à la fois. C'est l'orthographe, la grammaire, l'élocution, la prononciation, la mémoire. Or la langue est la clé de toute réussite, y compris scientifique. On est passé d'une civilisation de l'écrit à une civilisation de l'image. Et il y a beaucoup à faire. Des méthodes se sont révélées inutiles. Il y a aussi de mauvais exemples donnés par l'audiovisuel. les animateurs surtout...

- Comment renforcer le français dans le monde?

M. D. Aujourd'hui la demande d'enseignement du français dans le monde est plus grande que ce que nous offrons. Non seulement on ne met pas les moyens financiers à une grande politique de la langue mais en plus on les emploie mal. On envoie des troupes de théâtre dites « d'avant-garde » au Vietnam, ce qui coûte horriblement cher, alors qu'on supprime des postes de professeurs de français. Autre exemple : l'Autriche demande à entrer comme observateur dans le groupe des nations francophones et on supprime les cours de français de notre Institut culturel à Vienne. Et pourtant, l'importance d'un pays, son poids dans le monde, son influence, dépendent de la diffusion de sa culture, et donc de sa langue.

- Faut-il protéger la langue française contre l'entrée de mots étrangers ?

M. D. Toutes les langues s'enrichissent d'apports étrangers. Tous les mots employés dans le domaine de la musique viennent de l'italien. Est-ce que c'est mauvais ? Pas du tout. Quand une réalité est bien exprimée par un mot étranger et que le mot équivalent n'existe pas en français, il faut adopter le mot étranger. Les Anglais ont des centaines de mots et d'expressions empruntés au français. Ce qui est funeste, c'est de prendre des formes syntaxiques étrangères. Et il ne faut pas prendre un mot anglais parce qu'on croit que ça fait vendre.

Thomas LIARD
pour Direct Soir