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N°
132- juin-juillet 2007
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FRANCOPHONIE
MADAGASCAR
LA FRANCOPHONIE EN CHANTANT
par Alain
GARNIER
L'association Musique France Plus entraîne
artistes et élus à la rencontre des musiques du
monde. Dans leurs valises, des dossiers et des partitions : un
spectacle, la promotion du droit d'auteur et une réflexion
sur la culture et le développement. Escale à "Madagascur",
en chansons et en français.
Antananarivo, avril. - Cur sur la main
à la bouche une chanson. Voyager avec les artistes, c'est
voyager avec la langue française. Mots, images et émotions
voltigent et retombent en immédiats couplets. A chaque
instant, mélodie et paroles expriment la découverte
du pays et de ses gens, si proches et si différents. Un
art de voir et d'aimer le monde. De respecter droit du sol et
droit du son.
Le cabaret d'auteurs
Fin avril à Antananarivo - on dit toujours
" Tana " -, le cabaret d'auteurs, emmené par
Musiques France Plus (MFP), s'est posé, pour sa première
sortie à l'étranger, à Madagascar. Au CCAC,
le centre culturel Albert-Camus, un immeuble sur l'avenue de l'Indépendance,
qui possède galerie d'exposition, vaste médiathèque
à l'étage et la meilleure salle de spectacle du
pays. Ce soir-là, on écoute une sélection
de grands auteurs-compositeurs français et des plus fameux
artistes malgaches. Cette soirée exceptionnelle est un
prolongement des premières Rencontres internationales des
créateurs musicaux de l'océan Indien organisées
en septembre dernier par MFP sur la Grande Ile. Paroliers et pianiste
à succès, les artistes français présents
forment à eux six une anthologie de la chanson française
de la fin du XXe siècle. François Bernheim, Sylvain
Lebel, Claude Lemesle, Jean-Marie Moreau, Jean-Max Rivière,
au piano Christian Gaubert. Sortis de leurs bureaux et des studios,
ils se font ainsi parfois le plaisir, avec une guitare, un piano
et un peu de trac, d'interpréter eux-mêmes les chansons
qu'ils ont écrites pour le succès des autres. Et
quels autres : de Juliette Gréco à Brigitte Bardot,
Dalida, Françoise Hardy ou Patricia Kaas, de Joe Dassin
à Reggiani, Halliday, Balavoine ou Sardou. L'idée
du " cabaret d'auteurs " est venue à la mort
en 2003 de Jean Dréjac le père du " Petit vin
blanc " (musique de Charles Borel-Clerc), raconte Sylvain
Lebel. Le refrain sans âge a tellement coulé à
travers le monde depuis 1943 qu'on ne pense même plus qu'un
homme est à sa source ; au mieux, " on le croyait
mort depuis longtemps ". Alors cette poignée d'auteurs
s'est réunie pour faire partager de leur vivant, en direct
et sans complexe, la joie d'un public enchanté de redécouvrir
les airs aimés dans la voix de ceux qui les ont composés.
C'est ça le " cabaret d'auteurs " et quand il
voyage, il fait des rencontres. Sur la scène du CCAC, se
trouvent d'autres musiques, d'autres auteurs, tous monuments de
la chanson et de la musique malgaches. Bessa, Max Exception, Henri
Ratsimbazafy et Fanja Andriamanantena, ou encore la nouvelle vague,
comme Mika et Davis, et les amis proches, comme le Réunionnais
Fred Espel, venu de l'île voisine. De ces rencontres naîtront
peut-être d'autres paroles, d'autres musiques, d'autres
concerts ici ou ailleurs.
La culture en avant-garde du développement
Tous artistes reconnus, ils sont aussi d'actifs
défenseurs de la conception latine du droit d'auteur. Lemesle
est président du conseil d'administration de la Société
des auteurs et compositeurs de musique (SACEM), Gaubert et Rivière
administrateurs, Moreau, vice-président et nouveau président
du Syndicat national des auteurs compositeurs (SNAC), Fred Espel,
président de la commission de la SACEM à la Réunion.
La délégation de MFP emmène avec eux six
élus politiques proches de la musique, entendez par là,
des sénateurs et des députés français
des groupes d'études des questions de musique au parlement
et bien sûrs des représentants des amitiés
France-Madagascar, pour une rencontre avec les institutions malgaches.
Au programme, des rendez-vous avec le Premier ministre Charles
Rabemananjara, le président de l'Assemblée nationale,
Samuel Mahafaritsy Razakanirina, le secrétaire d'Etat à
la culture Herman Razafindravelo. A l'adresse de chacun, le même
message est lancé par Jacques Blache, directeur des relations
institutionnelles de la SACEM et président délégué
de MFP qui conduit la délégation : " Mettez
la culture devant et non pas derrière le développement
". La culture, " levier du développement "
et non plus à la traîne de l'économie, le
message est bien reçu. Mais à Madagascar, un des
pays les plus défavorisés du monde (143e sur 177
à l'indice de développement humain des Nations Unies),
le message est particulièrement fort et le pari plus risqué.
Les artistes ont ici plus qu'ailleurs un double rôle à
jouer. La responsabilité de forger l'image du pays qui
stimulera le développement économique. Mais aussi
celle de conserver leur indépendance artistique et de concilier
création et développement.
La conception latine du droit d'auteur
Sur place, l'Office malgache du droit d'auteur (OMDA)
aide les artistes à développer la réputation
culturelle de l'Ile Rouge. Etablissement public à budget
autonome sous tutelle du secrétariat à la culture
et aux loisirs l'OMDA, créé en 1984, perçoit
les droits littéraires et artistiques, nationaux et étrangers,
des musiques jouées sur l'île. Des partenariats avec
la SACEM en France, avec son homologue de l'île Maurice
et celui du Canada en cours de négociation, lui ont permis
d'augmenter ses moyens et de trouver la confiance des créateurs.
La perception des droits a presque doublé ces trois dernières
années, passant d'environ 70 000 euros (900 millions FMG)
en 2003 à 130 000 en 2006 (1,7 milliard FMG). Dans un pays
où l'équivalent du SMIC tourne autour de 30/40 euros
mensuels, ce n'est pas rien. " Aujourd'hui, les artistes
ont mieux compris les mécanismes du droit d'auteur
" se félicite Haja Ranjarivo, le directeur de l'OMDA.
L'office, qui recense 4 700 adhérents à Madagascar,
a réalisé sous sa direction une brochure explicative,
tente de procéder à des versements réguliers
aux auteurs et de maintenir la transparence sur leurs comptes
annuels. Enfin, la création récente de prix a rapproché
les artistes, méfiants par tradition à l'égard
de l'administration. " Les artistes comprennent peu à
peu qu'on est là pour les servir " affirme M.
Ranjarivo. " Les critiques ont baissé d'un ton
" confirme-t-il. Mais l'OMDA veut aller plus loin. Améliorer
encore la perception et la redistribution des droits en installant
des représentations dans les 22 régions du nouveau
découpage administratif et lutter contre le piratage par
la mise en place d'un système d'hologramme et d'un service
spécial de contrôle (police-douane). Et aussi développer
une coopération pour la formation à l'étranger,
avec la France notamment, et aider à la diffusion de la
culture malgache.
Tous les brassages de l'océan Indien
La musique produit d'exportation, quelques uns commencent
à y croire sérieusement. Se faire écouter
en France pour s'ouvrir l'Europe et tenter d'accrocher le vent,
comme reggae et zouk caraïbes ont forcé en leur temps
les portes de la mode occidentale. La production d'un disque avec
la SACEM, outil de promotion des musiques malgaches et les premières
Rencontres des créateurs musicaux de l'an dernier, ont
donné espoir de faire connaître ces musiques diverses
à l'identité forte de tous les brassages de l'océan
Indien venue d'une île continent à la nature profonde
et exceptionnelle. Mélodies nourries au cours des âges
à tous les courants de l'Arabie, de l'Afrique, de l'Indonésie.
Folklore et chant si diversifiés d'une côte à
l'autre de la Grande Ile, depuis les rythmes du salegry au nord
jusqu'au tsapeky au sud, et le valiha, la harpe de bambou de Justin
Vali qui a reçu le grand prix international de la SACEM
en 2006. Une musique des îles où flotte une envoûtante
" nostalgie ", comme se plaît à la caractériser
Charles Morin Poty, président de l'OMDA. Il règne
sur la musique, ancienne et moderne à sa façon.
Fonctionnaire de la culture et néanmoins producteur et
programmateur du " Glacier ", restaurant et salle de
jeux, boîte de nuit et salle de concert, un lieu déjà
historique où se pressent chaque semaine les groupes les
plus chauds et un public mélangé de Malgaches et
d'étrangers emportés dans la nuit de Tana. Ces rencontres
épousent et colportent avec passion les valeurs de la francophonie.
Musique et chanson, langage universel et divers tout à
la fois, qui renforcent la conscience des identités que
chacun veut préserver du triste sort de marchandise unique.
En cet art, les musiciens et poètes qui se sont rencontrés
à Tana n'ont pas leur pareil. C'est eux qui l'ont dit,
ils ne sont pas près d'oublier leur escale à "
Madagascoeur ".
Alain GARNIER
FRANCOPHONIE DÉCLASSÉE. Un
bémol pour la francophonie. Par la nouvelle constitution
de Madagascar, mise en application le 27 avril, l'anglais est
devenu, pour raison économique, la troisième "
langue officielle " de la République, à l'égal
du malagasy et du français. Des autorités commenteront,
un peu gênées, que la mondialisation impose la langue
de Wall Street. Normal, Madagascar, qui doit tout faire pour son
développement, regarde vers le marché d'Afrique
du Sud et les investissements anglo-américains. Et sur
place, on se refuse à tout alarmisme culturel. On vous
dira, non sans ironie, que de toutes façons cette mesure,
qui ne s'imposait pas dans une constitution, " ne changera
rien ". Les Malgaches continueront de vivre d'abord en malagasy
et de pratiquer aussi d'abord le français. Le paragraphe
linguistique de la nouvelle constitution passe pour n'être
qu'un vu du prince, un président-homme d'affaires
" qui ne pense qu'à Las Vegas pour ses vacances
et aux écoles anglophones pour les études de ses
enfants ". Cela ne mérite donc pas d'en faire
une chanson. A.G.