Union de la Presse Francophone
 
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N° 132- juin-juillet 2007

LANGUE FRANCAISE

Jean-Michel BORDE
président de l'Association des informaticiens de langue française (AILF). Le but de l'AILF est d'oeuvrer « à l'utilisation, au développement et à la promotion, dans les nouvelles technologies de l'information, de la langue française».
Propos recueillis par Christophe GUILLEMIN pour www.zdnet.fr - Business et Technologies

INFORMATIQUE & NTIC
LE FRANCAIS SE DÉFEND ... SURTOUT AU QUÉBEC

E-mails, peer-to-peer, chat ... autant de termes pour lesquels il existe des équivalents français qui ne sont pourtant pas couramment utilisés dans l'Hexagone. Contrairement au Québec où se sont imposés le "courriel" à la place de l'e-mail ou la "baladodiffusion" plutôt que le podcasting.

- ZDNet.fr. Quelle est aujourd'hui la place de la francophonie dans le domaine des technologies de l'information ?

Jean-Michel BORDE. On ne peut pas dire que le français soit dans une situation si difficile que cela. Nous résistons à certains anglicismes. Par exemple, nous sommes les seuls à avoir inventé un nouveau mot pour le "computer" anglais qui est ordinateur. Les espagnols ont traduit ce mot par "computador", une simple adaptation du terme anglo-saxon. De même, en allemand ou en néerlandais, vous trouverez beaucoup plus d'anglicismes qu'en français. Je pense par conséquent que la langue française n'est pas la plus malmenée dans l'univers des technologies de l'information.

- Qui a le dernier mot pour décider qu'un terme doit être utilisé ou non en français?

J.-M. B. La Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), qui dépend du ministère de la Culture. La DGLF possède deux commissions spécialisées dans les questions liées aux technologies de l'information : la commission de terminologie et de néologie de l'informatique et celle des télécommunications. Elles décident au fil de l'eau quels termes doivent être utilisés. Leur décision entre en vigueur par la publication d'arrêtés au Journal officiel. Le dernier date de décembre 2006 et reconnaît en langue française les mots : bibande correspondant à l'anglais "dual band" ou encore messagerie instantanée traduction de "instant messaging".

- Ces termes sont déjà utilisés depuis longtemps dans le langage courant. Avez- vous le sentiment que ces commissions font un travail efficace ?

J.-M. B. Si ces commissions n'étaient pas là, ce serait la catastrophe. Elles font un travail remarquable. Le reproche qui leur est le plus souvent fait est qu'elles ne traitent pas les dossiers assez rapidement. Mais franchement, il faudrait qu'elles soient épaulées par un plus grand nombre d'acteurs du secteur.

- Le Québec est très attaché à la défense de la francophonie, y compris dans le domaine des NTIC où il a su imposer le terme courriel au lieu de e-mail. Pourquoi la France n'arrive-t-elle pas à faire de même?

J.-M. B. Il y a tout d'abord une première raison qui est l'avance que le Québec possède dans l'utilisation des technologies de l'information. Étant sur le continent nord-américain, ils intègrent souvent de nouveaux produits ou services bien avant nous, ce qui leur laisse plus de temps pour travailler sur leur transposition en langue française. Ils travaillent moins dans l'urgence.

Autre raison: le Québec est historiquement un grand défenseur de la langue française, notamment en réaction face à leurs voisins américains anglophones. Il y a donc une réelle volonté "techno-politique" de défendre le français contre les anglicismes. Une volonté qui dépasse de loin le domaine des nouvelles technologies.

Entretien avec Jean-Michel BORDE,
président de l'Association des informaticiens de langue française (AILF)
par Christophe GUILLEMIN pour ZDnet.fr