Union de la Presse Francophone
 
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N° 132- juin-juillet 2007

PRESSE

SUISSE

Union de la Presse Francophone RINGIER :

UN RAPPORT ANNUEL POSITIF ET PROVOCATEUR

Le premier éditeur suisse reste confiant dans les médias payants,
traditionnels et sur papier

Le président du premier groupe d'édition suisse, Michael Ringier, a affiché sa confiance dans la presse traditionnelle, sur papier et payante, lors de la présentation, le 19 avril dernier à Paris, des résultats 2006 de cette entreprise familiale qui fêtera l'an prochain ses 175 ans. Le groupe Ringier a en effet dégagé des "résultats records" en progression de 6,5%, avec un chiffre d'affaires de 828 millions d'euros et un bénéfice net de 67,8 millions d'euros.

Présent dans tous les secteurs de la presse écrite, Ringier, affirme la place importante du papier face à la montée de l'audiovisuel et d'internet, et la vivacité de la presse payante face au développement accéléré en 2006 des journaux gratuits. En dépit de la baisse des ventes de journaux (-3%) observée aux Etats-Unis, la situation est loin d'être la même partout dans le monde, rassure M. Ringier. La presse traditionnelle a produit l'an dernier un chiffre d'affaires global de 180 milliards de dollars. Aussi, le groupe suisse a-t-il investi 38 millions d'euros et lancé une quinzaine de titres en 2006, notamment en Europe centrale et de l'Est, en Chine et au Vietnam ou s'active Ringier-Pacifique. Pour l'éditeur suisse, les journaux payants ont encore une belle vie devant eux s'ils savent tirer profit de la "valeur ajoutée" du "bon journalisme" et s'ils savent renforcer le lien intime qui lie les lecteurs à leur journal. Un titre est capable d'une très grande "force de mobilisation" constate-t-on chez Ringier, adepte des consultations et des pétitions de lecteurs. Le journal doit s'engager avec audace et fermeté sur certaines questions de société. Une "presse digne et populaire à la fois" où cohabitent "information et divertissement" sait faire entendre sa voix et peser au quotidien. L'entreprise de presse peut donc "encore faire de bonnes affaires avec les anciens médias" affirme M. Ringier. "Dans un environnement que l'on dit maussade, nous faisons ce que nous avons toujours fait : nous investissons" conclut le président du puissant groupe d'édition suisse.

Audace et provocation

Chez Ringier, il n'y a pas que la provocation de cette confiance affichée par ses responsables dans les médias traditionnels et payants, quand tout ne parle déjà plus que de numérique et de gratuit. Il y a aussi l'audace, répétée depuis dix ans, de confier à un artiste la réalisation de son très sérieux rapport annuel. Un choc : pour présenter comptes et activités 2006, le New-Yorkais Richard Phillips, a osé les caractères gothiques qui "nous rappellent l'époque nazie", convient Michael Ringier, et une dizaine d'illustrations où morbidité et sexualité confinent à la pornographie. Une provocation totale qui a imposé au président de justifier dans un prologue un choix qui pouvait être dangereux pour l'image de la vieille entreprise familiale. L'artiste, se référant par la typographie aux années 1930 rapproche sciemment le monde et la communication d'aujourd'hui de ces années de toutes les crises et de tous les dangers. Juxtaposer les "résultats convenables" de l'entreprise Ringier en 2006 au mauvais goût appuyé d'images douteuses dont l'équivalent se retrouve souvent dans les publications maison invite à la réflexion. C'est une question de "probité intellectuelle" insiste Michael Ringier. Soit, on a échappé, par respect, à la svastika (la diffusion de la croix gammée, au moins en France, serait passible de poursuites judiciaires), mais la provocation est là : face à la réussite économique de l'entreprise, le style de son rapport 2006 suffit à poser "la question de savoir ce que l'on peut publier ou pas (et qui) se trouve au centre des préoccupations d'une maison d'édition". C'est cette épreuve qui se présente quotidiennement à la rédaction. L'éditeur Ringier a tenu à le faire savoir et à prolonger avec ses associés le débat ouvert par un artiste provocateur avec ses dirigeants. Audace et provocation tout à l'honneur de la vieille Maison. Dans tous les cas une audace qui paye : le rapport annuel de Ringier 2006 est dores et déjà une pièce de collection pour les amateurs d'histoire de la presse et d'histoire de l'art.

Alain GARNIER

UN LIVRE. Le Bondy blog ... suite : "blog & breakfast"

Le 11 novembre 2005, lors des affrontements dans la banlieue parisienne, les journalistes de L'Hebdo (groupe Ringier) installent une rédaction à Bondy, au coeur du "9-3", le département chaud de Seine-Saint-Denis. Une quinzaine de journalistes se relaient dans cette zone, l'une des plus sensibles d'Ile-de-France. En immersion, ils vont transmettre pendant des mois en temps réel sur leur "bondy blog" ce qu'ils observent au plus près de la vie des cités. Dépêches et commentaires d'internautes sont réunis dans ce livre sorti en avril 2006.
Forte de cette expérience, l'équipe de L'Hebdo a repris l'outil internet pour couvrir en 2007 les élections fédérales suisses prévues le 21 octobre. La formule "blog & breakfast", qui consiste à passer la nuit chez les candidats, doit permettre à tous les citoyens de se poser la question : "C'est quoi faire de la politique en Suisse ?". A.G.

Le Bondy blog Des journalistes suisses dans le 9-3 par les reporters de L'hebdo, avec Serge Michel (prix Albert-Londres 2001, directeur du service international), Sabine Pirolt, Roland Rossier, Blaise Hofmann, Pierre Nebel, Paul Ackermann, Alain Rebetez, Michel Audétat, Michel Beuret, Sonia Arnal, Pierre-André Stauffer, Antoine Menuisier, Titus Plattner et Alain Jeannet. Editions du Seuil, 262 pages, 2006. Prix: 15 euros.