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N°
132- juin-juillet 2007
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PRESSE
CLAUDE ROBILLARD
secrétaire général de la Fédération
professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).
LES MEDIAS DE L'EMPIRE DU PIRE EMPIRENT
En 2006, tous les problèmes des médias
d'information aux États-Unis ont empiré. Le journalisme
est maintenant à un moment décisif. Rebondira-t-il
ou périra-t-il?
C'est la question qu'examine le Project for Excellence
in Journalism (PEJ) qui vient de publier son quatrième
rapport annuel sur l'état des médias américains
(www.stateofthemedia.org/2007). Il pourrait se résumer
ainsi : rien ne sera plus jamais comme avant en journalisme.
L'un des constats les plus troublants est la baisse
de fréquentation de tous les types de médias d'information,
à l'exception des médias ethniques. Même les
populaires sites de nouvelles comme Yahoo! News, MSNBC ou CNN
plafonnent. Le pourcentage d'Américains qui consultent
chaque jour un site de nouvelles est retombé en 2006 à
son niveau de 2004.
Le tirage des quotidiens américains a diminué
de 3 % à 4 % l'an dernier. Leurs salles de rédaction
ont perdu environ 4000 journalistes depuis six ans. Le volume
et l'étendue des nouvelles diminuent aussi, ne serait-ce
qu'à cause du plus petit nombre de pages et de la réduction
de taille de plusieurs journaux
Les bulletins télévisés du
soir des réseaux ne font pas mieux. Ils perdent un million
de téléspectateurs par année depuis 25 ans.
Les bulletins du matin sont à leur point le plus bas depuis
10 ans. L'auditoire des nouvelles des stations locales décline
encore plus rapidement. Le nombre de journalistes des grands réseaux
de télévision a baissé de 10 % entre 2002
et 2006. Dans les stations locales par contre, le nombre de journalistes
atteint un sommet.
Du désintérêt pour les nouvelles?
Baisse du nombre d'auditeurs et de lecteurs, baisse
du tirage, baisse du nombre de journalistes, le public américain
se désintéresse-t-il des nouvelles?
Selon le PEJ, le public continue à espérer beaucoup
du journalisme, mais ses attentes sont déçues. Le
nombre de citoyens qui disent croire ce qu'il y a dans les médias
chute sans cesse. Ce qui est en hausse, c'est le sentiment que
les médias ne sont pas objectifs, alors que 68 % des gens
demandent une telle neutralité. Traditionnellement, ce
scepticisme était l'apanage des républicains, mais
il est maintenant partagé par les démocrates.
Le public, soutiennent les auteurs du rapport, a l'impression
de pouvoir trouver sur internet ce que le journalisme lui offrait
traditionnellement. D'ailleurs, 55 % des Américains de
plus de 12 ans considèrent internet comme fiable et précis.
C'est une meilleure cote de confiance que celle attribuée
aux médias!
Devant un modèle d'affaires qui ne tient
plus la route - des grandes salles de rédaction financées
par les revenus publicitaires -, les médias américains
se cherchent. Ils s'engagent plus résolument sur internet,
seul secteur où les quotidiens, tout particulièrement,
connaissent une certaine croissance de leurs revenus.
Mais des médias recherchent aussi leur salut
dans des réorientations comme l'"hyperlocalisme".
C'est le mot de code qui veut dire que les médias restreignent
leurs ambitions et choisissent d'en faire moins qu'ils n'en faisaient.
Le Boston Globe ferme ses bureaux à l'étranger.
D'autres journaux suppriment les postes de leurs correspondants
à Washington. D'autres diminuent le territoire qu'ils couvrent.
Le temps des grands médias généralistes est
peut-être révolu au profit de médias de niches,
plus petits et plus ciblés.
D'autres médias choisissent de s'éloigner
du journalisme factuel et de privilégier l'expression des
opinions, voire de mener des croisades. On ne cherche plus à
poser des questions et à faire réfléchir
les citoyens. On veut leur apporter des solutions toutes faites
qui sont présentées comme la vérité.
Les discussions sont remplacées par des combats de coqs
entre des positions extrêmes qui ne font en rien avancer
la compréhension des enjeux de l'heure.
Difficile de prévoir où cela va mener.
La réponse est entre les mains de la communauté
des affaires, nous dit le PEJ. Tout dépend si elle perçoit
les salles de nouvelles comme une industrie en déclin ou
comme une industrie d'avenir. Les médias d'information
vont-ils être capables de continuer à orchestrer
des rendez-vous incontournables pour le public - et donc pour
les annonceurs - ou pas? S'ils n'en sont pas capables, le financement
s'étiolera et on assistera au déclin de la qualité
du journalisme américain. La réponse ultime est
aussi entre les mains des groupes de presse. Ils doivent définir
leur vision de l'information et prendre des risques pour en garantir
l'avenir.
Claude ROBILLARD
Le Trente, Québec