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N°
132- juin-juillet 2007
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LANGUE
FRANCAISE
Georges SARRE
Député européen, conseiller de Paris.
Co-fondateur du Parti socialiste (1971), Premier
secrétaire du Mouvement républicain et citoyen (MRC).
La langue française, facteur de cohésion
sociale
Georges Sarre refuse le "pessismisme facile"
à propos de la langue française. Le nombre de francophones
augmente, la demande de cours de français dans le monde
aussi. Plutôt que de pleurer sur la décadence, conforter
les atouts du français : voilà la responsabilité
de tous les francophones.
Il existe un pessimisme facile : notre langue serait
une forteresse assiégée par les barbarismes anglo-saxons.
Certes, la mondialisation économique et culturelle, facteur
d'uniformisation linguistique, ne joue pas en faveur du français.
Néanmoins, celui-ci garde de puissants atouts, comme le
prouvent les augmentations constantes du nombre de francophones
et de la demande de cours de français à travers
le monde. Conforter ces atouts, voilà notre responsabilité.
Les enjeux économiques et politiques sont considérables.
Je me limiterai à trois d'entre eux.
Les langues ne connaissent pas les frontières
territoriales. Cette réalité doit nous conduire
à réaffirmer avec force le droit au français
dans toutes les circonstances de la vie sociale en France. La
primauté de notre langue sur le sol national ne peut être
négociée, et encore moins balayée d'un
revers de la main, au motif qu'elle serait une entrave à
la libre circulation des produits et des personnes au sein du
marché intérieur. L'exercice de la liberté
suppose que les individus se comprennent entre eux et comprennent
les messages, y compris commerciaux, qui leur sont adressés.
Le principe, qui place le français comme la langue de
la République, est donc imprescriptible, il en va de la
protection des salariés, de l'information des consommateurs
mais aussi, et surtout, de l'exercice de la citoyenneté.
Il faut avec fermeté faire respecter l'article 2 de la
Constitution et en sanctionner les contournements. Le français,
est facteur déterminant de la cohésion sociale.
Dans la conception de la nation qui est la nôtre, la langue
française est un élément important de notre
identité collective. Que chacun ait les capacités
de s'exprimer pour trouver sa place dans notre société
doit être une priorité de l'action publique, notamment
de l'Éducation nationale, pour éviter l'écueil
de l'isolement, voire du repli communautaire. Cela vaut pour ceux
qui naissent sur le territoire national comme pour tous ceux que
nous accueillons. L'intégration de tous dans notre société
se fera d'abord par le partage d'une langue commune.
Nous ne pouvons tolérer davantage que plus
de 10 % de la population ne maîtrisent pas ou peu notre
langue et que, chaque année, plus de 60.000 jeunes âgés
de 17 ans soient repérés comme ayant de graves difficultés
de lecture et d'écriture. Il faut sortir des simples déclarations
de bonnes intentions et inscrire parmi les priorités la
politique de prévention et de lutte contre l'illettrisme.
Ce combat pour la maîtrise de la langue doit être
mené dès l'école maternelle et poursuivi
sans faiblesse par la suite.
Par ailleurs, avec les formations linguistiques
assurées dans le cadre du contrat d'accueil et d'intégration,
un premier pas a été franchi en direction des primo-arrivants.
Il faut aller au-delà, en particulier en augmentant le
volume d'heures de cours dispensées, afin que le niveau
en français des stagiaires en fin de formation soit plus
élevé qu'il ne l'est aujourd'hui. Il faut également
s'intéresser aux migrants arrivés avant la mise
en place du contrat d'accueil et d'intégration et qui,
eux, n'ont pas toujours pu bénéficier de cours de
français. Enfin, nous devons engager une vigoureuse action
pour soutenir l'usage du français dans les instances internationales.
Si à l'Onu et dans l'Union européenne la langue
française bénéficie du statut de langue officielle
et de travail, son usage dans le fonctionnement de ces institutions
ne cesse de décroître.
A la Commission européenne, pour ne donner
que cet exemple, la part des documents rédigés en
français est passée de 38 % en 1996 à 16,4
% en 2005. La situation est préoccupante. Chaque Français
doit comprendre que, chaque fois que nous cédons sur le
plan linguistique, nous perdons à terme, et à un
terme souvent proche, des parts de marché et donc des emplois.
Il est plus naturel d'aller acheter et de se fournir chez ceux
dont on comprend la langue, chez ceux qui savent se faire respecter.
La mondialisation libérale est impitoyable pour ceux qui
ne se battent pas sur tous les terrains. Les défis contemporains
de la langue française dépassent largement ces trois
enjeux. La liste est longue. La politique de diffusion du français
à travers le monde a-t-elle les moyens de ses ambitions
? Comment développer le rôle de la langue française
comme outil d'aide au déve- loppement? Quel projet politique
doit porter la France dans l'espace francophone ? Autant de
questions de première importance qui doivent être
posées au cours des débats de la campagne présidentielle
(NDLR. Georges Sarre s'exprimait dans l'hebdomadaire parisien
Valeurs actuelles lors de la campagne française
pour les présidentielles d'avril-mai 2007).