Union de la Presse Francophone
 
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N° 133-134 - novembre-décembre 2007

PRESSE

Union de la Presse Francophone
par Philippe BILGER
chef de la Délégation juridique de l'UPF

Il n'y a pas de quoi rire

Parce que l'histoire se déroule au Mali, il faudrait en plaisanter. Parce que le scandale est loin de nous, il faudrait s'en laver l'esprit.

Heureusement, par une action commune, Reporters sans frontières et l'UPF, Robert Ménard et Georges Gros, ont manifesté leur émoi devant l'intolérable.

Le mot est trop fort ? Jugez-en. Bassirou Kassim Minta, un enseignant de Bamako, donne à ses élèves un exercice littéraire intitulé « La maîtresse du président » qui évoque les frasques extraconjugales d'un président imaginaire. Le journal Info-Matin publie le premier un article sur le sujet sous la plume de Seydina Oumar Diarra. Trois autres journaux reprennent l'information. L'enseignant et le journaliste sont interpellés par la gendarmerie et écroués le 14 juin, sans doute à cause du zèle d'un procureur qui a voulu se faire « bien voir » du pouvoir. Cela arrive aussi chez nous. A la suite de ces incarcérations, grève générale des journalistes. le 26 juin, procès à huis clos des accusés en l'absence des avocats qui dénoncent une « mascarade ». Bassirou Kassim Minta est condamné à deux mois d'emprisonnement et à une interdiction d'exercer son métier. Seydina Oumar Diarra, à 13 jours d'emprisonnement. Le directeur de publication d'Info-Matin, à huit mois d'emprisonnement avec sursis et les trois autres directeurs de publication, à trois d'emprisonnement avec sursis.

Vous avez compris, maintenant. L'enseignant, si mes comptes sont bons, se trouve encore emprisonné. Certes, l'exercice qu'il a proposé n'était pas d'une grande délicatesse. Il a eu un comportement presque suicidaire dans un pays où la démocratie est fragile et où, trop vite, ce qui relève de l'exercice ordinaire de la liberté est qualifié, comme en l'occurrence, d'offense au chef de l'Etal.

Devant une telle aberration, deux démarches doivent être évitées. Le ricanement supérieur ou la tolérance amusée. « Ce sont des sauvages » ou bien « On n'a pas à s'en mêler ».

Ce qu'il convient de faire, c'est ce qui a été accompli. En respectant le Mali et son Président, alerter ce dernier et lui signifier que ceux qui aiment son pays ne peuvent supporter de le voir ainsi s'abandonner au pire.

On perçoit à quel point il est fondamental d'engager, avec le désir de comprendre et d'être compris, des actions qui visent à montrer que la démocratie est avant tout une solidarité qui unit diverses institutions inspirées par le même esprit. Justice, médias, pouvoir politique, société civile : tous doivent aller dans le même sens et accepter de travailler ensemble au service d'une cause qui donnera une meilleure image du Mali.

Ni s'abstenir, donc, ni prodiguer des leçons. Seulement partager pour prévenir.

Philippe BILGER
chef de la Délégation juridique de l'UPF