Alerte : menaces sur la liberté de la presse

publié le 5 mai 2017

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Selon une nouvelle étude, les journalistes sont chaque jour confrontés aux meurtres, aux attaques, à la violence, aux interdictions et à l’intimidation.

Les menaces pesant sur le journalisme indépendant à travers le monde sont exposées dans un nouveau rapport publié par la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) pour marquer la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai.

L’enquête sur la situation de la liberté de la presse dans plus d’une douzaine de pays montre également que les syndicats de journalistes ont mené des manifestations, des actions syndicales, des campagnes, des actions judiciaires et d’autres activités pour défendre la liberté des médias et les droits syndicaux des journalistes.

Pour la deuxième année consécutive, la FIJ a interrogé ses membres sur la situation de la liberté de la presse et les droits syndicaux dans le secteur du journalisme à travers le monde.

De Manille à Lima en passant par Kuala Lumpur, Kiev et Ouagadougou, les résultats de l’enquête présentent une image sombre de l’état de la menace pour le journalisme indépendant.

Le sondage montre que le journalisme reste en proie à la violence et que les menaces sont nombreuses, qu’elles soient physiques ou qu’elles prennent, comme c’est de plus de plus en plus souvent le cas, la forme de trolls en ligne, attaquants invisibles et non identifiables persécutant les journalistes sans relâche et en totale impunité.

Cette forme de violence cible souvent les femmes journalistes – c’est notamment le cas au Pérou - qui voient leur vie privée violée de manière inacceptable. C’est aussi une forme d’intimidation répandue en Turquie où elle est le fait quotidien du parti au pouvoir, de ses partisans et de l’appareil sécuritaire. L’intimidation et le harcèlement peuvent prendre la forme d’avertissements des ministres aux journalistes « pour surveiller leurs démarches », ainsi que de campagnes de lynchage sur internet par les trolls pro-gouvernementaux, selon DİSK Basın-İş, membre de la FIJ.

Les poursuites pénales représentent également un défi majeur pour la liberté de la presse, de nombreux régimes répressifs recourant à l’emprisonnement des journalistes en se basant sur des lois telles que celles portant sur la diffamation et la lutte contre le terrorisme, qui permettent de bâillonner les médias.

Le DİSK Basın-İş affirme par exemple que l’utilisation de ces lois est devenue un fourre-tout juridique dont sont victimes les journalistes en Turquie, où au moins 145 journalistes sont derrière les barreaux, dont au moins 79 ont été arrêtés en 2016 uniquement.

Cependant, la préoccupation la plus grave pour les journalistes reste le niveau de violence physique qui est à l’origine du nombre élevé de meurtres enregistrés au cours des dernières décennies. L’année dernière, la FIJ a compté 93 cas de meurtres de journalistes dans le monde tandis que 13 ont perdu leur vie à la suite de violences depuis le début de 2017.

S’il fallait une démonstration plus claire de la faible considération que de nombreux dirigeants ont pour la liberté des médias, la FIJ rappelle les mots prononcés par le président philippin Rodrigo Duterte en réponse à une question sur les mesures qu’il prendrait pour lutter contre les meurtres de journalistes dans le pays.

"Le simple fait d’être un journaliste ne vous exempt pas d’être assassiné, si vous êtes un fils de pute", a-t-il déclaré.

L’enquête a également souligné les menaces et les risques pris par les dirigeants des syndicats membres de la FIJ lorsqu’ils défendent le journalisme et les droits des journalistes. Alors que certains ont perdu leur emploi et que d’autres ont été privés d’opportunités de carrière en raison de leur travail syndical, les syndicats ont également remporté des victoires importantes, posant des jalons décisifs pour la défense de l’information indépendante et des conditions de travail décentes.

Au Burkina Faso, un fonctionnaire qui était à l’origine d’une attaque contre un journaliste a été renvoyé à la suite d’une campagne menée par l’Association des journalistes du Burkina Faso (AJB). En Malaisie, la mobilisation du syndicat a entraîné l’arrestation de l’auteur d’une attaque contre le bâtiment d’une organisation de médias.

En Ukraine, un dirigeant syndical qui avait été renvoyé du journal Vil’nym shlyakhom en raison de son travail syndical a été réhabilité par un tribunal suite à une forte mobilisation organisée par les deux affiliés de la FIJ, le Syndicat national des journalistes d’Ukraine (NUJU) et le Syndicat des médias indépendants d’Ukraine (IMTUU).

Et du Pérou à la Belgique, de la Mongolie à Saint-Marin, de la Malaisie à Chypre, les syndicats de journalistes ont menés des protestations formelles auprès des organes nationaux et régionaux en charge des droits de l’homme, ont engagé des bras de fer légaux et organisé des actions - des grèves aux manifestations - pour défendre la liberté des médias et les droits des journalistes.

Le Secrétaire général de la FIJ, Anthony Bellanger, a déclaré : « Notre enquête montre que les menaces sur la liberté des médias et les droits des journalistes persistent dans le monde entier. Elle illustre également le travail quotidien, parfois héroïque, des syndicats et des organisations de journalistes à travers le monde pour défendre les droits professionnels et sociaux des journalistes. Il ne peut y avoir de démonstration plus claire de la nécessité de créer une solidarité professionnelle pour protéger et étendre la liberté des médias ".

Pour le Président de la FIJ, Philippe Leruth, « la Journée mondiale de la liberté de la presse permet à la fois de braquer les projecteurs sur ceux qui nuisent à la liberté des médias ou qui attaquent le journalisme indépendant et d’inviter la communauté internationale à faire davantage pour s’attaquer aux différentes menaces pesant sur la presse et mettre un terme à l’impunité ».

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