ALGERIE - "Se battre pour notre journal c’est se battre pour l’avenir de la presse"

publié le 6 septembre 2017

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Un peu plus d’une cinquantaine de personnes ont répondu mardi 22 août à l’appel du collectif du journal La Tribune à Alger. Un appel lancé il y a quelques jours pour marquer le refus des travailleurs du journal d’accepter une décision administrative "injuste" d’actionnaires minoritaires pour liquider l’entreprise.
Émus jusqu’aux larmes, journalistes et travailleurs mais aussi amis et anciens travailleurs de l’entreprise ont pris la parole à la maison de la presse Tahar Djaout et ont souligné la nécessité de préserver l’outil de travail et un support d’expressions libres.
La voie enrouée, une des plus anciennes journalistes de La Tribune Hasna Yacoub a relu le communiqué envoyé il y a quelques jours aux médias et remercié l’assistance d’avoir répondu à l’appel. "Ce journal c’est ma vie et celles de ceux qui le faisaient", affirme-t-elle avant d’expliquer pourquoi il fallait se battre pour préserver le quotidien la Tribune.
"La Tribune a payé un lourd tribut, pour défendre la libre expression, principe de ses fondateurs pour qui, "le droit à l’information, vu autrement" était sacralisé dans les colonnes du journal durant vingt-trois ans. Ce qui n’a pas été sans conséquences au vu des difficultés de parcours traversées avec courage et détermination. Aujourd’hui, et au nom de considérations commerciales et mercantiles, notre journal est condamné à disparaître, comme ont disparu ses deux principaux membres fondateurs : Khireddine Ameyar et Hacène Bachir Cherif. Cette mise a mort est une décision unilatérale prise par deux associés ne représentant que 18% des parts de la société. Est-ce juste ? Est-ce légal ?", a asséné la journaliste.
Sans proposer de solutions ni de suite à ce sit-in, elle a soutenu "que les journalistes se devaient de réfléchir sur le devenir de la Tribune car c’est le devenir de la corporation qui se joue encore une fois avec cette mise à mort".
Abdelkrim Ghezali, journaliste et ancien directeur de la rédaction de la Tribune, affirmera pour sa part que le combat de la presse se joue avec le combat du collectif de La tribune. "Si la tribune ferme aujourd’hui, d’autres suivront sans que personne ne lève le petit doigt. Nous ne nous mêlons pas des querelles judiciaires des actionnaires. La justice suivra son cours mais nous disons que des solutions existent pour que le journal continue de paraître. Un journal c’est un outil de travail et une tribune de la liberté d’expression. Ne le laissons pas disparaître", a-t-il affirmé.

Abondant dans le même sens Mohamed Bouhamidi a souligné la particularité de La Tribune, "un journal qui avait un son différent et qui laissait des gens exprimer leurs opinions quand bien même elles étaient différentes de sa ligne éditoriale. J’en suis le témoin. On m’a ouvert les colonnes de la Tribune sachant que je ne partage pas leurs appréciations de la situation".
Suivront sur cette tribune de nombreux journalistes dont la majorité sont déjà passés par cette école de la presse avant que Taous Ameyar, principale actionnaire du journal ne prenne la parole pour affirmer qu’elle était actionnaire majoritaire, qu’elle était également l’épouse du grand journaliste qu’était feu Kheireddine Ameyar et qu’elle comprenait très bien la situation des travailleurs du journal, notamment celle des journalistes.
Disposant d’une décision de justice qui lui reconnait, avec ses enfants, le droit d’être actionnaire majoritaire à hauteur de 46%, Mme Ameyar précisera qu’elle rouvrira le journal et n’attendait pour cela que le feu vert de la justice algérienne.
Le sit in se termine sur cette note : le journal pourrait ouvrir rapidement. Il suffirait qu’une décision d’un magistrat l’y autorise.
Cependant, les travailleurs sont restés sceptiques. Discutant entre eux ils disent combien ils restent choqués de la manière dont on les a traités. "On travaillait comme à notre habitude ce 9 août quand on nous a appelés pour une réunion générale et on nous a annoncé la fermeture du journal". Ce mépris affiché ne pouvait que renforcer la conviction des travailleurs de se battre pour leur droit. "On a fini par comprendre que les intérêts des actionnaires et ceux des employés ne sont pas les mêmes".
"Taisez-vous la Tribune ferme". "Rentrez chez-vous il n y a plus rien à faire". Plus rien à faire ? Pas si sûr. Les entreprises de presse doivent s’organiser en société de rédacteurs et se doter de syndicats forts comme partout ailleurs dans le monde pour que plus jamais un drame pareil ne se reproduise.

Source : Le Huffington Post

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