Aminata Touré : "Les femmes journalistes sont parfois les artisanes des mécanismes de leur dévalorisation"

publié le 22 décembre 2015

44e assises de la presse francophone

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Loin d’être toujours des victimes passives, les femmes journalistes sont parfois aussi les artisanes des mécanismes qui les dévalorisent dans les rédactions en faisant primer leur rôle domestique sur les exigences de leur profession, a affirmé l’ancienne Première ministre sénégalaise Aminata Touré.

Mme Touré a dressé ce constat en animant la Conférence inaugurale des 44èmes Assises de l’Union de Presse Francophone, jeudi, à Lomé (Togo).
"Les rubriques que les femmes journalistes animent sont très souvent le reflet des rôles sociaux qu’on attend encore des femmes avec des contenus sexistes charriés par les femmes elles-mêmes", a-t-elle estimé, en se référant au contexte des pays africains, qu’elle connaît le mieux.
Pour Aminata Touré, "les femmes journalistes ont leurs responsabilités dans cette situation". Néanmoins, a relevé l’ancien Premier ministre sénégalais, "les rédactions devraient mieux les aider à concilier leur rôle de mère et d’épouse que leur assigne la société en attendant que celle-ci évolue vers un meilleur partage des responsabilités domestiques entre les hommes et les femmes".
Pour ce faire, a-t-elle suggéré, "les patrons de presse doivent améliorer leurs politiques internes et leur pratique en matière de recrutement des femmes journalistes en faisant la promotion des articles écrits par des femmes tout en négociant pour celles-ci de meilleures conditions de travail".
"Il ne s’agit pas de mesures purement monétaires, il peut s’agir de l’aménagement du temps de travail, des possibilités de travailler à domicile entre autres conditions facilitant la conciliation entre vie familiale et travail", a-t-elle souligné.

"Discrimination subtile"

Devant les délégations de l’UPF venues de 39 pays de l’espace francophone avec près de 300 participants, elle a souligné que les femmes journalistes sont également affectées par la "ghettoïsation" des questions féminines dans les organes de presse et font objet de "discrimination subtile" quant aux opportunités professionnelles.
La conférencière a rappelé que les Etats, dans leur large majorité, ont déploré, lors d’un débat à l’Assemblée générale des Nations Unies, "la persistance de représentations dégradantes et discriminatoires et ont noté une hyper sexualisation des femmes et des filles dans les médias, souvent représentées comme des objets avec une tendance à la multiplication des images misogynes et violentes, surtout dans les réseaux sociaux".
Pour Aminata Touré, il faut d’abord pour les journalistes de la formation et encore de la formation, de la sensibilisation massive sur les questions de l’égalité de genre et un renforcement périodique de leurs capacités techniques.
L’UPF qui a choisi comme thème pour ses assises "la place et l’image des femmes dans les médias", a "une belle carte à jouer en collaboration avec ses branches et correspondants nationaux", selon Mme Touré.
En plus de la formation, elle a également évoqué la nécessité de renforcer les cadres juridiques et réglementaires contre les images dégradantes, misogynes et violentes à l’égard des femmes et des filles. Cela devrait relever des délits de presse, a-t-elle suggéré.
Les débats ont montré également qu’il y a des opportunités à saisir avec les codes de la presse en cours de discussion dans de nombreux pays africains, en plus "de mesures d’incitation visant à promouvoir une image juste, pluridimensionnelle des femmes et des filles dans les médias".
L’UPF devrait également, de l’avis de la conférencière, lancer un concours mondial pour primer les meilleurs articles de presse qui ont une représentation positive des femmes.

Adama Diouf Ly
APS

Pays

Togo

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