Certifier la presse contre les fake news ? Le défi qui attend RSF

publié le 9 janvier 2018

image Certifier la presse contre les fake news ? Le défi qui attend (...)

Lors de ses voeux à la presse, le Président français Emmanuel Macron a cité en exemple RSF, qui développe un projet de certification des médias, pour sa lutte contre les fake news. L’Express a interrogé son président, Pierre Haski.
Chez Reporters sans frontières, on ne s’attendait pas à être mentionné lors des voeux d’Emmanuel Macron à la presse, mercredi 3 janvier. "C’est encore un projet interne", souffle-t-on. Le président français, décidé à se débarrasser une bonne fois pour toutes des fake news qui ont pollué la campagne présidentielle française, a effectivement déclaré qu’il revenait désormais à la profession d’organiser ses règles, évoquant la "piste d’une certification des organes de presse respectant la déontologie du métier", étudiée par RSF.
"Ce sont des travaux de plusieurs mois, qui ont commencé dès l’élection américaine" confie à L’Express le président de l’organisation, Pierre Haski, nommé en juin dernier. "L’idée est une certification, comme on a des normes pour la construction de bâtiments ou la plomberie. On cherche à faire quelque chose du même ordre."
Une certification "industrielle, neutre"
Certifier les sites internet, ce ne serait pas déjà ce que propose le Décodex, lancé en janvier 2017 par les Décodeurs du Monde ? Le moteur de recherche permet en effet à tout lecteur sceptique de vérifier que ce qu’il est en train de lire provient d’une source fiable. "La faiblesse du Décodex, c’est que cela a été fait par un média qui juge les autres médias. Ces derniers ne lui reconnaissent pas la légitimité de dire ce qu’il en est. Là, l’idée est que la certification soit comme industrielle, neutre, et c’est pour ça que c’est Reporter sans frontières qui s’occupe de ça. On n’est pas partisans. On n’a aucune rivalité."
Pour mener à bien ce projet, Reporter sans frontières a rencontré ces derniers mois "tous les acteurs du système" : "Les syndicats de journalistes, les éditeurs de journaux, les chercheurs en université", affirme son président. Comme le mentionne le communiqué de presse de l’organisation non gouvernementale paru mercredi, une réunion a eu lieu à Bruxelles le 29 septembre dernier pour s’interroger sur les "questions d’indépendance, de transparence de déontologie et de qualité." "On ne va pas dire sous chaque information qu’elle est vraie ou fausse, mais déterminer le processus idéal pour arriver à une information de qualité, poursuit le cofondateur du site Rue89. Ce ne serait pas une liste noire, mais une liste blanche, une façon de déterminer les personnes les plus vertueuses dans le journalisme."

Une démarche encore expérimentale
Mais comment RSF va bien pouvoir procéder, de façon concrète, pour certifier la presse ? Les sites vont-ils être recensés via une extension sur les navigateurs (ce que fait aussi le Décodex), ou la liste sera-t-elle publiée sur le site même de l’organisation ? Pour le moment, le principe de certification est encore un peu flou, et le président de RSF n’exclut pas que le projet n’aboutisse pas du tout.
Cela reste, pour le moment, "une démarche expérimentale." "On entre dans une phase qui n’est pas déterminée. On est sur la question du principe, et tout le monde est d’accord pour explorer cette piste, explique Pierre Haski. On ne va pas laisser les plateformes faire la police, ou le gouvernement tout décider non plus."
Justement, parmi ses autres annonces, Emmanuel Macron a promis une loi "anti-fake news". "Il faut être très vigilant, juge Pierre Haski. Si c’est pour veiller aux influences étrangères pendant les périodes électorales, comme il l’a dit, pourquoi pas. Mais il ne faudrait pas qu’il y ait d’ingérence et que cette loi devienne un instrument de contrôle."

Source : L’Express

Même rubrique