La francophonie au secours des journaux en difficulté !

publié le 6 juillet 2017

image La francophonie au secours des journaux en difficulté !

Etablir un état des lieux des difficultés et des défis auxquels font face des journaux francophones édités dans le monde arabe a été le sujet principal de cette deuxième rencontre qui s’est tenue, ce jeudi 29 juin 2017, à l’Institut français de Tunis.
Etaient présents Tidiane Dioh, responsable des programmes médias à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Tancrède de la Morinerie, attaché audiovisuel régional auprès de l’ambassade de France en Tunisie, ainsi que plusieurs représentants de médias francophones venus spécialement d’Algérie, du Maroc, de Mauritanie, d’Egypte et du Liban.

Ainsi, ce qui ressort de cette journée de débat est que les problématiques de différents médias francophones dans le monde arable sont similaires : une baisse assez importante du nombre de lecteurs, impliquant une baisse des ventes et donc des contrats et des montants alloués à la publicité, le tout associé à des contraintes politiques. Tous cela a mené certains médias à brader leurs prix pour survivre, mais sans effet réel puisque leur majorité a aujourd’hui des difficultés financières, surtout en ce qui concerne la presse écrite. Autre difficulté évoquée, celle de trouver des journalistes francophones.

Evoluer pour ne pas disparaitre s’impose, ainsi, pour ces médias bien que quelques-uns, récalcitrants, font de la résistance. Certains pensent que le papier est mort, qu’il va disparaitre dans 5 à 10 ans au maximum et qu’il faudra passer à l’électronique. La majorité a, à la fois, une version papier et une version électronique qui publie le contenu de l’édition papier quelques heures à quelques jours après sa parution. D’autres estiment qu’il n’y a aucun intérêt à présenter le même contenu que leur édition papier et pensent qu’il faudra faire une contenu spécial électronique.
Parmi les pistes explorées lors de cette journée figure la mise en place d’un modèle économique, qui permettra in fine de proposer une offre premium avec des produits spécifiques pour la diaspora de ces différents pays mais qui sera payante ou présentera des packages complets avec photos et vidéos. L’idée que l’OIF pourrait aider en contractant des abonnements auprès des journaux écrits et de les proposer gratuitement, via des bibliothèques ou des centres culturels, à la diaspora dans leurs pays de résidence, a été également émise. Autre proposition, les ambassades francophones pourraient encourager les sociétés originaires de leur pays à faire de la pub dans ces journaux.

Autre piste évoquée, se diversifier. Quelques médias présents ont parlé de leurs propres expériences. Par exemple, certains ont tenté de se diversifier dans d’autres secteurs comme l’évènementiel. L’Economiste marocain s’est diversifié en interne, à travers plusieurs supports en français et en arabe. Il s’est aussi essayé à la radio et pense même à ouvrir une télé. Mieux, il a exporté son modèle économique en Afrique Subsaharienne et s’est installé dans plusieurs pays avec des rédactions et un contenu spécifique à chacun de ces pays africains.
L’assistance a émis le souhait que l’OIF participe plus intensément aux formations notamment en ce qui concerne les nouveaux process et métiers du secteur, un passage incontournable pour passer du papier à l’électronique

Le président de la Fédération tunisienne des directeurs de journaux (FTDJ), Taïeb Zahar, a été, pour sa part, très critique envers les pouvoirs publics qui assistent à l’agonie de la presse papier sans réagir. Pour lui, l’absence de politique publique est une manière de mettre à genoux les médias. Il estime que les politiques, même les plus démocrates, n’ont émis aucune volonté de sauver le secteur. Pire, ils essayent de calmer le jeu, pour mieux amadouer les médias avant de les mettre au pas.
M. Zahar s’est dit contre un modèle de presse qui vit grâce au soutien. Il pense, en parallèle, qu’une aide ponctuelle ne peut pas permettre de changer le modèle économique d’un média. Les médias en difficultés réclament plutôt une assistance à long terme qui leur permettra justement la mise en place des changements qui s’imposent selon un business plan préétabli.
Taïeb Zahar a soutenu que les médias francophones se trouvant dans le monde arabe défendent des principes, des idées et un projet de société. « On ne se sent pas soutenu et on ne reçoit que des miettes ! Il y a une sous-évaluation par rapport aux besoins réels. Nous avons besoin en Tunisie de grands projets pour redynamiser la machine, ce qui se répercutera positivement sur les budgets pub des sociétés et donc sur les médias », a-t-il expliqué.

Tidiane Dioh a précisé, quant à lui, que l’OIF peut accompagner les médias sur certains projets ponctuels, idéalement entre les mois de février et d’août, mais elle ne peut payer des frais de fonctionnement, comme par exemple les salaires. Il a précisé que des expériences passés de l’OIF ont démontré qu’injecter des fonds n’est pas une solution et que malgré les gros montants investis, des médias ont disparu ou subissent toujours les mêmes difficultés.
Ceci dit, il a admis que l’OIF doit avoir des fonds pour pouvoir accompagner un business plan, sur le long terme, qui permettra in fine à un média de changer de modèle économique et de devenir viable. Il a, également, partagé l’avis selon lequel aider la presse francophone des pays arabes équivaudrait à participer à la mise en place d’un projet de société démocratique, moderne et libre.

De son côté, Tancrède de la Morinerie a noté qu’il y a 12 écoles de journalisme en France qui peuvent fournir des stagiaires capables d’apporter aux rédactions un certain savoir-faire, notamment en community management, en traitement de vidéos ou autre. Il a émis l’idée que plusieurs journaux pourraient s’unir pour un hors-série, qui captera un lectorat plus large.

Source : Business News

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