Rumeur et faits divers

publié le 28 novembre 2014

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C’est une des nouvelles plaies de la vie publique : l’emballement politico-médiatique à partir d’un fait divers. Peu de pays y échappent. Le phénomène est nourri par les réseaux sociaux, leur rapidité, par la volonté des politiques d’exister par leur parole, par les calculs de ceux pour lesquels est bon à prendre tout ce qui fait avancer leur cause, par la légèreté aussi parfois des journalistes et des rédactions de la place.

Dans ce tourbillon de passions, les rédactions doivent garder la tête froide. Et d’abord résister à la pression de l’urgence. Ces informations au fort potentiel d’indignation scandalisée et de réactions en cascade ne sont pas forcement vraies. Elles ne sont pas forcément fausses. Elles ne sont pas forcément exagérées. Il faut ni se précipiter de les publier ni les écarter a priori. Elles doivent être vérifiées, recoupées, sourcées comme toutes les autres. Plus que les autres serait-on tenté d’écrire. Et tant pis si on ne les publie que plusieurs heures après les réseaux sociaux et les confrères moins regardants. Car on ne les reprend pas, on les traite. Un journaliste ne peut se couvrir en utilisant le conditionnel, ou en diffusant tel quel ce que dit une source mal connue, ou au contraire bien connue pour sa propension à l’exagération et à la recherche du buzz. Il ne connait pas l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui affirme… Il remonte à la source première. Ce devrait être le premier reflexe car une affaire apparaît sur Twitter : qui a le premier mis en ligne ce qui me parvient par rebonds ?
Ensuite quelques questions éthiques à se poser, à débattre en conférence de rédaction. Car il faut se garder de plaquer un prisme grossissant sur des faits parce qu’ils coïncideraient avec l’air du temps et les peurs du moment. Car il faut s’attacher à leur réalité et non à la perception qu’en ont acteurs et commentateurs. Et comme pour d’autres sujets, il faut accepter de prendre en compte l’incroyable et de penser contre ses convictions.
Vient le moment où l’emballement des réseaux sociaux devient lui-même une information, ce qui dépasse les faits eux-mêmes et peut faire croire qu’ils sont validés. La responsabilité des journalistes est de déterminer si ce bruit sur les réseaux sociaux fait sujet, traduit un débat d’intérêt général ou reste limité à une sphère partisane. Ils doivent se demander si la relation de cet emballement ne contribuera pas à le nourrir, si la recherche systématique de réactions d’acteurs de la vie publique a toujours un sens : tous ne sont pas compétents sur le sujet, certains se contentent de contribuer au bruit de fond passionnel. Bref, on sort vite du journalisme factuel pour nourrir la machine à polémiques, confusions et faux procès. Ce peut-être un choix éditorial : il doit être assumé et clair, pas imposé contre toute déontologie par un suivisme moutonnier.
Enfin quand la vague de l’emballement politico-médiatique se retire, il faut garder un œil sur ce qui l’a provoqué. C’est au minimum informer le public du résultat des investigations de la police et de la justice, quand il y en a. C’est faire à froid des enquêtes approfondies pour dire exactement non seulement ce qui s’est passé, pourquoi et comment, mais aussi comment et pourquoi cela a pu partir en vrille dans les médias et les réseaux sociaux.

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