Madiambal Diagne : « Il est inacceptable que la presse soit baillonnée »

publié le 6 décembre 2017

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Madiambal Diagne, président de l’Union de la presse francophone (UPF), appelle dans son discours de clôture des 46e assises de la presse francophone, tenues à Conakry du 20 au 25 novembre 2017, à une amélioration de l’environnement pour les médias en Guinée.

« Pour moi, il est inacceptable que la presse soit bâillonnée, que la presse soit menacée, que la presse soit confinée dans un rôle. Ceci étant, le président de la République peut avoir son sentiment que je peux ne pas partager mais je lui reconnais le droit d’exprimer son sentiment », précise Madiambal Diagne qui s’exprimait en présence du président de la République, Alpha Condé.

Cette mise en garde intervient suite à l’arrestation d’un patron de presse pour diffusion de fausses nouvelles, aux violences physiques contre des journalistes et à la suspension d’une radio privée pour diffusion de propos portant atteinte à la sureté de l’Etat.

Ci-après l’intégralité du discours :

Discours de Madiambal DIAGNE, Président de l’UPF Internationale, à l’occasion de la cérémonie de clôture des 46ème Assises de l’Union Internationale de la Presse Francophone à Conakry, République de Guinée

Excellence, Monsieur le Président de la République de Guinée
Monsieur le Représentant de Madame la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie
Mesdames, Messieurs les ministres
Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs
Honorables et distingués invités
Chers amis membres de l’UPF

Mesdames, messieurs

Excellence, Monsieur le Président de la République,

Nous avons eu l’opportunité, ces derniers jours, d’échanger sur une problématique qui constitue une grande actualité dans le monde. L’UPF avait choisi de mettre au menu de ses 46èmes Assises de Conakry, le thème « Journalisme, investigation et transparence ». Des opinions diverses et variées ont été confrontées et les débats ont permis à nos participants de partager des expériences et surtout de conforter l’idée, qu’une politique de transparence ne saurait prospérer sans l’acceptation d’une large possibilité pour les journalistes de mener des investigations les plus rigoureuses. La responsabilité des médias de produire des investigations de qualité a également été interpelée.
Les résultats des investigations journalistiques provoquent des levées de boucliers dans de nombreux pays. Des réactions hostiles ou un certain ostracisme frappent les médias du fait des gouvernements ou des puissances économiques, financières ou sociales.
Monsieur le Président de la République, en votre qualité de Président en exercice de l’Union africaine, l’UPF vous invite à faire un plaidoyer auprès de vos pairs,, pour plus de liberté pour les médias et la mise en oeuvre de politiques propices à améliorer l’environnement Ö combien difficile dans lequel évoluent certains de nos médias.

Pr. Alpha Condé, Président de la République de Guinée intervenant à la cérémonie de clôture des 46 assises de la presse francophone

Monsieur le Président de la République,
Je me souviens. En novembre 2010, presque jour pour jour, je vous avez rencontré. C’était à l’occasion de votre première visite officielle au Sénégal, en votre qualité de président de la République de Guinée. Vous aviez eu un geste très symbolique. Votre conseiller en communication de l’époque, notre ami Rachid Ndiaye, aujourd’hui ministre de la communication, avez contacté certains responsables de médias sénégalais pour leur indiquer, que le Président Condé voudrait les rencontrer pour remercier les médias et le peuple sénégalais du soutien qui lui avait été apporté durant sa grande odyssée d’opposant politique à des régimes autocratiques en Guinée.
Vous nous aviez chaleureusement reçus et nous aviez assuré de votre volonté de changer le cours de l’histoire dans votre pays. Je dirigeais l’organisation patronale des médias au Sénégal et j’étais aussi un des principaux responsables du Forum de éditeurs africains. Ces deux casquettes ou qualités m’autorisaient à faire un plaidoyer en faveur des médias guinéens qui, de mon point de vue, restaient fragiles et demandaient vivement à être soutenus en termes, non seulement de formation en vue d’une plus grande professionnalisation mais aussi de moyens et surtout de cadre juridique pour son développement.
Je dois dire, à la vérité, que notre discussion avait pu être un peu heurtée car le contexte était encore lourd et que certaines stigmates provoquées par le processus électoral de l’époque n’étaient pas encore cicatrisées.
Nous nous étions quittés avec le constat de la nécessité de sauver les médias guinéens de tous les fléaux qui pouvaient constituer un handicap à leur épanouissement. Votre gouvernement a effectivement fait adopter des réformes très positives en matière de législation dans le secteur des médias.

Monsieur le président de la République,

Vous avez sans doute fait beaucoup d’efforts dans ce sens. Mais la situation des médias en Guinée, comme sans doute dans de nombreux autres pays de la sous-région, semble épouser le sort de Sisyphe. A chaque fois qu’on arrive à penser que le plus difficile est passé, un enchaînement de situations provoque un recul déplorable. L’UPF estime que cela ne devrait pas être une fatalité. Vous avez la légitimité et l’autorité morale pour changer davantage les choses.

L’histoire a déjà retenu que vous êtes la personnalité politique qui a tenu tête à tous les despotes qui ont eu à marquer au fer rouge l’évolution politique de la Guinée. Vous avez été condamné à mort, vous avez été emprisonné, vous avez été violenté, vous avez été confiné à l’exil, vous avez subi toutes sortes de brimades et de tracasseries. Vous avez donné, de votre personne, à l’avènement d’un système démocratique en Guinée. Les médias guinéens vous ont accompagné. Je ne suis pas dupe, d’aucuns ont pu vous avoir combattu avec férocité mais c’est aussi ça le jeu de la démocratie.
Je vous exhorte donc à travailler à laisser à la postérité, l’image d’un homme politique qui aura parachevé son action par la promotion de médias pluriels et libres.

Monsieur le Président de la République,

Nous avons des amis en commun. Ce pays qui est aussi le mien car mon épouse est de Fouta Touba, Et je peux vous dire que nous sommes assez embarrassés que des organismes, prétendant agir au nom de la protection de la haute institution que vous êtes, arrivent à prendre des mesures à l’encontre des médias au risque de mettre votre pays et votre gouvernance au ban des accusés de prédateurs de la liberté de presse. L’opinion publique ne retiendra pas le nom de Monsieur X ou de Madame Y. C’est le nom du Pr Alpha Condé qui sera mis en cause.

L’UPF et Reporters sans frontières ont entrepris une démarche commune pour vous rencontrer et appeler les autorités publiques guinéennes à améliorer l’environnement des rapports entre les médias et les autorités publiques de la Guinée. Nous osons espérer que notre appel sera entendu. Pour ce qui concerne les médias, je peux vous die que nous n’avons pas hésité à les renvoyer aux rigueurs et exigences de leur noble profession. Les organisations professionnelles de médias ne feront pas la politique de l’autruche pour ne pas stigmatiser les carences et les fautes des hommes et femmes des médias.

Le président Alpha Condé à son arrivée, accueilli par le secrétaire général, Jean Kouchner et le Président, Madiambal Diagne ( à droite) et le président de l’UPF-Guinée, Ibrahima Coné (à gauche de la photo)

Cers amis de l’UPF,

Nos Assises s’achèvent. Vous rentrerez dans vos pays respectifs, en gardant un excellent souvenir de la Guinée. Le Gouvernement guinéen nous a apporté l’aide nécessaire pour la bonne organisation de nos Assises. Le pari de l’organisation été parfaitement réussi. Nous remercions, au nom des plus de 300 participants provenant de 48 pays, le gouvernement de la Guinée et tous les sponsors qui nous ont accompagnés. Je tiens aussi à féliciter les membres de la Section guinéenne de l’UPF qui se sont investis, sans compter, pour rendre notre séjour agréable, dans une ambiance et un esprit d’ouverture et de confraternité. Bravo au président Ibrahima Koné et à tous les membres de la Section. Nous fondons beaucoup d’espoir sur cette section qui s’est engagée à travailler à tirer la presse guinéenne vers le haut. L’UPF sera à vos côtés pour vous fournir toute l’aide attendue en matière de formation et même dans le domaine de la fourniture de moyens logistiques. Déjà, l’UPF a entendu l’appel des autorités politiques de la Guinée et des professionnels des médias eux mêmes, de mettre en oeuvre des stratégies pour renforcer les compétences des journalistes guinéens. Un programme de formation sous l’égide de l’UPF, dans le cadre d’un partenariat avec Actions Médias francophones, une structure de formation, sera mis en oeuvre les semaines à venir.
C’est le lieu de saluer Sylvie Larrière et Cédric Kalondji qui ont encadré les étudiants en Journalisme de l’ISIG qui ont réalisé le journal des Assises. Cette expérience a permis à de jeunes étudiants en journalisme de bénéficier d’un encadrement de haut niveau.
Je salue également toutes les personnes qui ont, chacune, apporté leur contribution à l’organisation. Je voudrais faire une mention bien spéciale pour Khadija Ridouane, notre Directrice exécutive, qui mérite d’être encouragée et soutenue. Le Comité international de l’UPF a déjà délivré un satisfecit à l’action du Secrétaire général Jean Kouchner et de l’ensemble du Bureau international.

Je voudrais saluer la présence de mon ami Babacar Touré. Son déplacement à Conakry pour venir prendre part à notre manifestation me va droit au coeur. BT, c’est comme cela que nous l’appelons, est un monument de la presse africaine. C’est un précurseur de la création d’entreprises de médias libres et indépendants en Afrique. C’est un grand professionnel qui nous inspire par sa sagesse, sa rigueur professionnelle et morale mais aussi par sa générosité, son sens du partage. De toutes les personnes que je pratique, il m’est le plus proche par l’identité de vues et par l’empathie qu’il me manifeste. Je vous demande de le saluer chaleureusement. (Merci)

Chers amis membres de l’UPF,
Il ne me reste plus qu’à vous donner de nombreux rendez-vous, pour les mois à venir. Rendez vous à Ouagadougou en mars 2018, au Symposium sur la Sécurité. Rendez vous à Tours, Aux Assises de la Presse française. Rendez vous à Kigali au Symposium en partenariat avec l’Onu Sida. Zara Nazarian vous a déjà lancé une invitation aux Assises de l’UPF en 2018 à Erevan.

Je vous remercie.

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