Médias et élections en Afrique : Mise en place d’un réseau d’experts

publié le 4 août 2017

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La couverture des élections n’est pas chose aisée pour la presse en Afrique. Pour améliorer la situation, des responsables de médias ont fait des propositions lors d’un atelier organisé à Nairobi par African Media Initiative (Ami) et ses partenaires.
Des responsables de médias et d’organismes de gestion des élections de plusieurs pays d’Afrique ont échangé sur le thème « Couverture des élections en Afrique : enjeux et perspectives », du lundi au mardi, à Nairobi. Cet atelier était organisé par African Media Initiative (Ami), en partenariat avec l’International Institute for Democracy and Electoral Assistance (Idea) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). A l’issue de leurs travaux, les membres African media leaders forum ont retenu plusieurs recommandations dont la mise en place prochaine d’un réseau de journalistes spécialisés en couverture électorale. Sur ce point, ils ont aussi suggéré que ces journalistes soient invités, dans la mesure du possible, aux missions d’observation électorale à travers le continent. Une autre recommandation consiste à favoriser des modules de formation sur les élections au sein même des centres de formation en journalisme. Organiser annuellement le forum a été aussi l’un des points retenus à l’issue de l’atelier, tout comme encourager la présence de journalistes dans les instances décisionnelles des organismes chargés des élections. En sixième lieu, il est convenu de favoriser des relations permanentes entre les média et les organismes de gestion des élections. La sécurité des acteurs de la presse a préoccupé les participants qui trouvent important de l’intégrer dans les résolutions.
Si le forum se préoccupe du travail journalistique en période de scrutin, c’est parce que « les médias ont un rôle à jouer non seulement dans la réussite des élections, mais surtout dans la démocratie », de façon plus large, estime Éric Chinje, directeur d’Ami. Car, ajoute-t-il, on ne peut pas concevoir la démocratie sans les médias. Il s’agissait de cerner, à travers cet atelier, les interactions entre les médias et les autres parties prenantes des élections, notamment les commissions électorales et les citoyens. Des responsables de ces organismes qui gèrent les élections (Ceni) n’ont pas manqué de passer en revue leurs difficultés, notamment leur budget faible et parfois le manque de confiance du pouvoir à leur endroit du fait de leur statut autonome ou indépendant et la méconnaissance de leur rôle par la presse.
Par ailleurs, les média africains, en période de scrutin, effectuent leur mission dans un contexte de tensions. C’est donc aux journalistes de préserver ou de restaurer la culture civique et surtout éviter de franchir la ligne rouge consistant à faire l’apologie de la violence ou de l’ethnicisme. En Afrique, estime Samuel Fonkam Azu’u qui a dirigé le Conseil électoral des élections au Cameroun, il est aujourd’hui « nécessaire de ne plus considérer l’élection comme un événement à haut risque. Il faut travailler pour qu’elle devienne un simple processus ».
Éviter de franchir la ligne rouge
La question du monopole ou de l’utilisation abusive des organes publics, notamment les télévisons nationales, par les partis à préoccupé les participants. Des journalistes ont raconté des expériences qui illustrent ces abus à travers le continent. Les médias privés, eux, sont parfois obligés de se soumettre pour espérer continuer à bénéficier de la manne publicitaire, et sur ce point, le cas du Botswana a édifié l’assistance. Non seulement dans ce pays les médias publics sont l’apanage du parti au pouvoir, mais les organes de presse privés sont comme tenus en laisse par le régime à cause des menaces pesant sur les marchés de publicité étatique en cas d’ouverture à l’opposition, fait savoir, avec regret, Daisy Bathusi, présidente de la Ligue des femmes du Parti du Congrès du Botswana. « Les médias ne jouent pas leur rôle dans le processus électoral », constate-t-elle. D’autant plus que la presse est concentrée dans les zones urbaines. Ce qui fait que les campagnes sont des zones acquises d’avance au parti au pouvoir, contrairement aux villes. Le cas du Kenya, pays d’Afrique centrale qui s’apprête à tenir son élection présidentielle en ce mois d’août, a été aussi diagnostiqué par plusieurs panélistes. Les souvenirs des violences du scrutin de 2013 restent vivaces. On note, dans ce pays, une concentration d’organes de presse entre les mains des hommes politiques, des patrons qui en font leurs propres caisses de résonance souvent fermées aux autres sons de cloche. « Nous avons une radio appartenant à un homme politique qui choisit, lui-même, les politiciens devant participer aux talk-shows », lance un panéliste kényan. Une anecdote parmi d’autres qui illustre l’enjeu réel que constituent les médias en période électorale, en Afrique.
Malick CISS
Le Soleil

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