Médias numériques et traditionnels : la guerre des contenus

publié le 7 février 2017

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Avec l’augmentation du nombre d’écrans vient aussi la prolifération de contenus en tous genres. Le rapport parle même d’une offre de contenus sans précédent dans l’histoire de l’audiovisuel. Les séries originales pour la télévision ont à elles seules plus que doublé en six ans.

La découvrabilité

L’augmentation de la mobilité continue de secouer l’ordre établi dans l’industrie de l’audiovisuel. Le taux de pénétration du téléphone intelligent a atteint 75 % de la population en 2016. C’est beaucoup plus que les tablettes (54 %) ou encore les télévisions connectées (40 %). On remarque que cette adoption généralisée de la mobilité s’accompagne d’un changement d’habitude de consommation de contenu télévisuel. De 2015 à 2016, on est passé de 17 % à 21 % de la population qui regarde des émissions sur son téléphone.
Mais le défi se trouve davantage autour des plateformes fréquentées pour cette consommation de contenu en mobilité. En se tournant plus souvent vers des applications pour regarder leurs émissions, les utilisateurs passent toujours par les mêmes points d’accès très populaires, notamment certains réseaux sociaux comme Facebook ou YouTube ou encore des plateformes comme Netflix. Le rapport parle même d’un « oligopole de la découvrabilité ».
En somme, certaines plateformes ayant commencé à développer, produire et distribuer elles-mêmes du contenu, ces dernières sont en mesure de dicter les règles pour les autres créateurs de contenus. Soulignons aussi que si les dépenses en publicité sur Internet augmentent chaque année au détriment de la télévision, ce sont aussi les mêmes qui récoltent. Le rapport indique que selon toute vraisemblance, Google (propriétaire de YouTube) et Facebook vont récolter 73 % des sommes additionnelles investies dans la publicité sur Internet dans les trois prochaines années.
Et ce déséquilibre des forces se vérifie aussi dans les technologies déployées par ces mêmes entreprises dominantes. Par exemple, les investissements dans le développement de l’intelligence artificielle pour rentabiliser les données de masses des abonnés continueront de leur conférer un net avantage dans le raffinement des plateformes intelligentes et de la découvrabilité des contenus. Bien sûr, la sécurité des données reste un défi de taille, mais elle ne semble pas encore freiner les ardeurs des utilisateurs.

Toujours plus de direct

Et que cherchent tous ces abonnés ? Surtout des séries dramatiques, du contenu jeunesse et du direct. Ce dernier fait l’objet d’une lutte féroce entre médias traditionnels et numériques. Depuis quelques années déjà, les diffuseurs en direct se multiplient. D’abord avec Meerkat puis Periscope, mais aussi maintenant YouTube, Facebook ou encore Instagram, ils misent tous de plus en plus sur le direct. Et comme le souligne le rapport, à juste titre, « ces joueurs se comportent de plus en plus comme des diffuseurs traditionnels. »
Ainsi, pendant que Twitter mise sur la NFL et que Yahoo diffuse des matchs de la LNH, YouTube s’est démarqué par la retransmission en direct des débats présidentiels américains. Dans le cas de Facebook Live, certains médias ont été grassement payés pour faire connaître la plateforme. Facebook a besoin de contenu et les médias traditionnels ont besoin d’argent. C’est un mariage de convenance où les vieux médias perdront quand les plateformes numériques généreront suffisamment de contenus à eux seuls.
Dans un univers où les plateformes commencent à s’imiter et donc à se ressembler, de plus en plus, l’exclusivité de contenu deviendra déterminante pour gagner la course. Quand on combine ça à une capacité financière accrue et un nombre d’abonnés grandissant, on voit assez facilement que les plateformes numériques tiennent le haut du pavé. Hormis la fiabilité de la transmission et la qualité des images, le seul véritable obstacle à leur hégémonie est le prix de la bande passante.

Le modèle d’affaire de la diversité

Qui parle de producteurs et diffuseurs numériques parle aussi de l’abattement des frontières. Quand on veut plaire au plus grand nombre et que ces consommateurs sont aux quatre coins de la planète, la mixité culturelle devient essentielle. D’ailleurs, on apprend dans le rapport que ces fameux millénariaux que tout le monde s’arrache forment la génération, en Amérique du Nord, avec la plus grande mixité culturelle. C’est entre autres là que la diversité devient rentable. « Miser sur une plus grande diversité, sur le plan autant des acteurs que des personnages et scénarios, permet donc d’atteindre davantage de spectateurs », peut-on lire.
Une étude de l’Université de la Californie à Los Angeles corrobore l’affirmation. On y établit un lien direct entre le succès d’une production audiovisuelle et la diversité de la distribution. En somme, plus la société se reconnaît dans un contenu, plus elle a de chance d’adhérer à la proposition. Et le constat se vérifie aussi dans la répartition des genres. Cette adhésion se comptabilise en abonnements, mais aussi avec les rendements d’une entreprise. Les entreprises avec une main d’œuvre diversifiée sur le plan ethnoculturel auraient 35 % plus de chances d’enregistrer des performances financières supérieures. Le gain de performance s’élève à 15 % pour les entreprises diversifiées sur le plan des genres.
Ces données sont intéressantes, surtout quand on vise à exporter ses contenus canadiens ailleurs sur la planète. Bien sûr, les marchés des États-Unis et de l’Europe occidentale sont dominants, mais l’influence de plusieurs autres marchés, négligés jusqu’à présent, commence à se faire sentir. La région de l’Asie-Pacifique, en particulier la Chine, mais aussi l’Afrique, l’Amérique latine et le Moyen-Orient commencent à intéresser investisseurs et producteurs.

Source : Radio Canada

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