Tour du monde d’une presse sous pression

publié le 4 janvier 2017

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Le reporter Alain Louyot publie une enquête internationale sur la stratégie des journaux face aux difficultés de la presse.
« The Washington Post », « Der Spiegel », « La Repubblica », « El País »… Ce sont des titres parmi les plus influents de la planète. Ce sont aussi des lieux, des hommes, des histoires, que le journaliste Alain Louyot, dans son dernier ouvrage, décrit en reporter (1). Lauréat du prix Albert-Londres, ancienne plume du « Point », de « L’Express », il est allé dans chacune de ces rédactions, a sondé les équipes sur leurs inquiétudes et leurs stratégies face à un avenir incertain. Son livre propose un tour du monde d’une presse en pleine réinvention.
« Sud Ouest » : Vous parlez, à propos de la presse, d’une « crise de la médiation »…}
Alain Louyot : Le journaliste n’est plus le « médiateur obligé », comme disait Françoise Giroud. Les informations circulent aujourd’hui par de nombreux canaux. Mais il reste celui qui, par sa formation, sa curiosité, son art de la synthèse, peut trier, vérifier et mettre en perspective des infos qui déferlent de toute part.
Tous les journaux doivent faire face aux mêmes difficultés : baisse du nombre de lecteurs et des revenus publicitaires. Les réponses sont-elles semblables d’un titre à l’autre  ?
Partout, j’ai observé beaucoup d’humilité : s’il y avait une recette, ça se saurait  ! Et, oui, il y a des similitudes dans les stratégies. D’abord, on constate, dans le monde entier, que le smartphone est devenu incontournable dans notre accès à l’information. Une partie de l’avenir se trouve dans la poche du lecteur.
Partout, j’ai observé beaucoup d’humilité : s’il y avait une recette, ça se saurait  ! Et, oui, il y a des similitudes dans les stratégies. D’abord, on constate, dans le monde entier, que le smartphone est devenu incontournable dans notre accès à l’information. Une partie de l’avenir se trouve dans la poche du lecteur.
Deuxième point : le rappel de l’importance capitale de la crédibilité et de la rigueur. Le média est un passeur. À partir du moment où un guide n’est plus crédible, on ne le suit plus  ! Troisième tendance : une agilité de plus en plus grande pour transmettre une info sous toutes ses formes. À Madrid, les journalistes d’« El Mundo » se forment à la « gymnastique narrative » : il s’agit d’utiliser tous les moyens d’expression pour diffuser une information (texte, photo, vidéo, son, infographie…). Enfin, je pense que l’avenir passe par le premium : des abonnés qui ne se contentent pas de l’info gratuite, qui circule un peu n’importe comment, et qui sont prêts à payer le prix d’une info de qualité, approfondie.
Les journaux sont désormais très actifs sur Internet. Quelle place accordent-ils au papier  ?
Giuseppe Smorto, patron de la rédaction numérique du journal italien « La Repubblica », m’a dit cette phrase qui résume bien les évolutions, je pense : « Aujourd’hui, la locomotive du train “La Repubblica”, ce n’est plus le papier, mais c’est le Web. Le journal papier est devenu notre plus prestigieux wagon. C’est notre voiture Pullman… »
« La lecture du journal est la prière laïque de l’homme moderne », disait Hegel. Que reste-t-il, dans les pays occidentaux, de cette saine habitude  ?
Certains pays demeurent marqués par une forte tradition de lecture de la presse. Au Japon, les journaux quotidiens ont des moyens hors du commun : 3 000 journalistes et 11 millions de lecteurs pour l’« Asahi Shimbun », 1 800 journalistes et 3,3 millions d’exemplaires vendus quotidiennement pour « Mainichi Shimbun »… En Italie, l’achat des journaux en kiosque reste un réflexe massif. Comme la poste italienne est défectueuse, les abonnements sont peu développés. « La Repubblica » vend environ 400 000 exemplaires, mais compte seulement 6 000 abonnés  !
(1) « Les Grands Patrons de journaux face à l’avenir », éd. Odile Jacob.

Source : Sud Ouest

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