Tunisie : tour de vis dans les médias

publié le 5 février 2017

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Révolution ou pas, les médias ne cessent de susciter la défiance des gouvernants. Une circulaire, qui interdit aux fonctionnaires de communiquer avec les médias sans autorisation de leur hiérarchie, vient d’être publiée.
« La liberté de presse est un garde-fou pour la démocratie ; le gouvernement s’emploie à consolider et à soutenir ce secteur », déclarait Youssef Chahed, Chef du gouvernement Tunisien, à l’occasion du sixième anniversaire de la révolution le 14 janvier.
Deux jours plus tard, il émettait une circulaire (circulaire n°4 du 16 janvier 2017) rappelant aux agents publics leur devoir de réserve et interdisant aux fonctionnaires de transmettre des informations aux médias sans l’accord préalable de leur hiérarchie. Le document leur demande également de ne s’adresser qu’aux porte-paroles officiels des institutions.
Indignation des médias
Une décision qui a provoqué l’indignation, entre autres, du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) et des médias, qui relèvent que ces mesures prises sont en contradiction avec la liberté d’accès à l’information inscrite à l’article 34 de la Constitution et le décret 41/2011, portant sur l’accès aux documents administratifs au sein des structures publiques.
Gêné aux entournures, Iyedh Dahmani, porte-parole du gouvernement, tente de rectifier le tir et explique que ce document vise à « organiser le travail administratif, délimiter les responsabilités et ne porte pas atteinte à la liberté d’expression ou au droit d’accès à l’information ». Il souligne aussi qu’en préambule, la circulaire garantit le droit des journalistes à l’accès à l’information, pour leur permettre de transmettre cette dernière au public dans les meilleures conditions.
Un tour de vis
Dans les faits, le gouvernement s’agace des fuites émanant régulièrement de ses services, et qui mettent au jour des dysfonctionnements. Et la Kasbah a beau s’en défendre, la circulaire n°4 du 16 janvier 2017 ressemble bel et bien à un tour de vis.
Les premiers à l’avoir ressenti sont les représentants des médias étrangers, astreints désormais à des demandes d’autorisations, notamment pour rencontrer les députés à l’Assemblée. Comme le montre le reportage effectué devant le Ministère de l’Intérieur par un journaliste israélien, Moav Vardi − entré sous une fausse identité en Tunisie en décembre 2016 suite à l’assassinat de l’ingénieur Mohamed Zouari −, le malaise est là et la vigilance est de mise.
Les relations entre les autorités et le quatrième pouvoir ne sont donc pas au beau fixe, mais les uns et les autres ne peuvent faire à moins de s’entendre. Museler les médias serait une sortie de route pour l’instauration d’une démocratie dont se prévaut la Tunisie.

Farida Dahmani
Jeune Afrique

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