Le langage des Romands

par Edmond PIDOUX
Dessins de Christine BERTHOIN
Prix TTC: 15 euros

Voici mon pays

Ce petit livre fait partie d'une vaste histoire. La langue française, comme s'achève le XXe siècle, compte ses bleus. L'ennemi ? D'abord, nos propres ignorances, chaque fois que nous disons, que nous écrivons, tare pour barre. Et puis, le semi-bilinguisme. C'est-à-dire le flottenient d'un cerveau contraint de recourir, sans cesse à des termes importés. On n'est pas puriste. Mais on s'inquiète à partir du moment où les fleurs s'achètent au Garden Center, où la détente est fit, où le tour-operator s'excuse d'un charter surbooké. Ce jargon reflète un monde international, informe, interlope, insaisissable. La «réalité» d'aujourd'hui? Soit ! Quelle «réalité»? Pour moi, qui vis en un point précis du globe, j'ai besoin d'une culture précise. Or, si je dis bacon, prononcé békeun, j'évoque un petit déjeuner fade n'importe où; et si je dis bacon, prononcé bacon, voici la rive lémanique et ses marins d'eau douce et voici mon pays, ma famille, mes amours et mon métier. Il faut que nous vivions notre langue. Il faut que nous y trouvions du plaisir et des complicités. Ou bien nous n'aurons plus de souvenirs, et bientôt plus de pensée, sinon bégayante et brumeuse.
On commence à s'en apercevoir. On se lasse des contagions, des snobismes et des empires. On donne leur chance et leur valeur aux petits ensembles. Et la langue française, que parlent moins de 300 millions d'humains, en est un. Mais riche d'une quantité de sous-ensembles.

Quand l'Africain patauge dans le poto-poto, quand le Québecois affronte la poudrerie, le Belge la drache et le Romand la roille, leurs mots naissent de leur climat, de leur expérience et de leur invention. Ces mots ne figurent pas encore, ou peu, dans les dictionnaires de Paris. Ils y prendront une place toujours plus importante. Car ils ne sont pas, comme certains l'ont cru, l'arrière-garde folklorique, mais la Résistance à l'uniformité, à l'abstraction, à l'hexagonal, à l'anglo-ricain, à toutes les salades. Ils ont des racines. Qu'ils vivent !

Jean-Marie Vodoz, président d'honneur de l'UPF, président de la section suisse.