1995. VIe Sommet de la Francophonie. Cotonou

Bénin 2-4 décembre 1995

LES 49 PARTICIPANTS

  • 19 chefs d'État
    Bénin : Nicephore Soglo
    Burkina-Faso : Blaise Compaoré
    Burundi : Sylvestre Ntibantunganya
    Cameroun : Paul Biya
    Congo : Pascal Lissouba
    Côte d'Ivoire : Henri Konan Bédié
    Djibouti : Hassan Gouled Aptidon
    France : Jacques Chirac
    Gabon : Omar Bongo
    Guinée-Bissau : Joao Sernardo Vieira
    Guinée équatoriale : Téodore Obiang Nguéma
    Madagascar : Albert Zafy
    Mali : Alpha Oumar Konaré
    Niger: Mahamane Ousmane
    République Centrafricaine : Ange-Félix Patasse
    Sénégal : Abdou Diouf
    Suisse : Kaspar Villiger
    Tchad : ldriss Deby
    Zaïre : Mobutu Sese Seko
  • 1 vice-Président
    Vietnam : Mme Nguyen Thi Binh
  • 9 Premier-ministres et chefs de gouvernement
    Belgique : Jean-Luc Dehaene
    Canada : Jean Chrétien
    Canada/Nouveau Brunswick: Frank McKenna
    Communauté française de Belgique : Mme Maurette Onkelinx
    Rwanda: Pierre Celestin Rwigema
    Togo : Edom Kodjo
    Tunisie : Hamed Karoui
  • 3 vice-Premiers ministres
    Canada/Québec : Bernard Landry
    Dominique : Julius Timothy
    Bulgarie: Stevoslav Chivarov
  • Pays représentés
    par leurs ministres des Affaires étrangères :
    Comores, Haïti, Maurice, Mauritanie, Seychelles
    par un ministre :
    Cambodge, Guinée, Laos, Liban, Luxembourg, Maroc, Roumanie
    par un ambassadeur :
    Egypte, Cap-Vert, Monaco
  • Autres chefs de délégation :
    Sainte-Lucie, Louisiane, Nouvelle Angleterre
  • Observateurs :
    Louisiane, Moldavie, Sao Tomé Principe, Val d'Aoste
  • Invités spéciaux :
    Boutros Boutros Ghali (ONU)
    Henri Lopez (Unesco)
    Jacques Diouf (FAO).

LA CONFÉRENCE

Le dossier le plus important qui devait être examiné par les chefs d'État francophones réunis à Cotonou devait être celui de la réforme institutionnelle lancée lors du Sommet de Chaillot en 1991 et développée lors du Sommet de Maurice en 1993. Une réforme qui commençait à trainer en longueur et qui devait impérativement aboutir à Cotonou. De grandes décisions de principe ont, de fait, été prises : création d'un secrétariat général de la Francophonie, nomination par le Sommet d'un secrétaire général, porte-parole politique et représentant officiel de la francophonie au niveau international, création d'un poste d'administrateur de l'Agence de coopération culturelle et technique, qui devient l' Agence de la francophonie.

Ces décisions de principe ont, après le Sommet, été réexaminées en détail lors de la Conférence ministérielle de la Francophonie réunie à Marrakech les 17 et 18 décembre 1996, au cours de laquelle a été adopté un projet de Charte de la francophonie, établissant le nouveau dispositif institutionnel. L'ensemble du dossier, non définitivement bouclé est renvoyé au Sommet de Hanoï en novembre 1997, au cours duquel a été effectivement élu le nouveau secrétaire général de la Francophonie Boutros Boutros-Ghali.

L'importance de cette réforme institutionnelle est liée à l'ambition maintes fois répétée de donner à la Francophonie une visibilité et un impact politique beaucoup plus significatif, jugée nécessaire dans le nouveau contexte de l'après-guerre froide. Même si, et on a bien pu le mesurer à Cotonou, cette ambition paraît avoir des limites certaines. Ainsi, sur les dossiers africains, en particulier le Rwanda, le Nigeria ou l'Algérie, les chefs d'état ont eu quelques difficultés, non seulement à mettre en oeuvre des initiatives diplomatiques, mais aussi à prendre des positions communes. Le Canada, le Mali ou le Burkina Faso souhaitaient une - condamnation du régime militaire nigérian, mais le Bénin, le Togo ou le Niger et le Tchad s'y sont opposés n'acceptant qu' - "un appel aux autorités nigérianes pour oeuvrer à l'établissement de l'état de droit et de la démocratie" -.
Plusieurs autres résolutions ont été adoptées sur l'Afrique, le maintien de la paix, le Burundi, le Liban qui sont restées de timides compromis.
Dans le domaine de la coopération juridique et judiciaire, les chefs d'États ont adopté le plan d'action préparé lors de la réunion ministérielle du Caire du 30 octobre au 1er novembre 1995 et axé sur quatre thèmes : l'indépendance de la magistrature, une justice efficace garante de l'Etat de droit, le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales; une justice facteur de développement.

L'APPEL DE COTONOU

"Aujourd'hui 90 % des informations qui transitent par Internet sont émises en langue anglaise, parce que les outils et les serveurs sont dédiés à l'usage exclusif de cette langue. L'enjeu est clair : si dans les nouveaux médias, notre langue, nos programmes, nos créations ne sont pas fortement présents, nos futures générations seront économiquement et culturellement marginalisées. Sachons demain offrir à la jeunesse du monde des rêves francophones, exprimés dans des films, des feuilletons et valorisant la richesse culturelle et la créativité de chacun de nos peuples. Il faut produire et diffuser en français. C'est une question de survie. Il faut unir nos efforts. Les pays du Sud peuvent et doivent participer à ce combat, qui n'est pas seulement celui de la francophonie. Les hispanophones et les arabophones, tous ceux qui s'expriment en hindi ou en russe, en chinois ou en japonais sont confrontés à la même menace que nous. J'appelle la Francophonie à prendre la tête d'une vaste campagne pour le pluralisme linguistique et la diversité culturelle sur les inforoutes de demain. Je souhaite que cet appel de Cotonou marque fortement cette ambition et soit entendu et compris dans le monde entier ."

Cette déclaration du président de la République française, Jacques Chirac, baptisée depuis l' "Appel de Cotonou", aura été l'une des plus marquantes du Sommet. C'est en tout cas à Cotonou pour la première fois que les francophones ont pris la mesure de l'importance pour leur avenir des nouvelles technologies de l'information et de la communication et qu'ils ont décidé d'y accorder dans leurs activités une place prioritaire. Dans la résolution n° 18 du Sommet sur la société de l'information, les chefs d'Etat, "conscients du défi que pose le développement très rapide de la société de l'information et des enjeux économiques, technologiques et culturels qui en découlent", décident d'organiser une mobilisation rapide du dispositif francophone dans ce domaine. Il faudra quand même attendre mai 1997 pour qu'une réunion ministérielle se tienne sur ce sujet à Montréal et produise un plan d'action, proposé aux chefs d'État réunis pour la VIIe conférence à Hanoï et axé sur la création d'un fonds francophone destiné à soutenir la production de contenus francophones multimédia. De fait, il restera à prouver que cette prise de conscience de Cotonou sera suivie enfin d'effets après Hanoï.