Histoire

En mai 1950, une motion à l'initiative du journaliste canadien Dostaler O'Leary, oeuvrant pour la création d'une association internationale des journalistes de langue française (AIJLF), est adoptée par le congrès du Syndicat national des journalistes de France (SNJ) réuni à Limoges (Haute-Vienne). Le congrès constitutif de l'association se tient au mois de septembre 1952 à Paris, où les membres du premier bureau sont reçus à l'Elysée par le président de la République française Vincent Auriol. L'association se transforme en Union internationale des journalistes et de la presse de langue française (UIJPLF) en 1971, puis en Union internationale de la presse francophone (UPF) en clôture des 33e Assises de la presse francophone à Beyrouth le 24 octobre 2001.

Association amicale à ses débuts, l'organisation se transforme peu à peu en une union professionnelle, reconnue comme organisation internationale non-gouvernementale (OING) par les plus grandes institutions internationales ou multilatérales comme l'ONU, l'UNESCO, le parlement européen de Strasbourg ou l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Roger QUEYROI

ALORS, RACONTE !

par Roger QUEYROI
ancien rédacteur en chef du Populaire du Centre (Limoges)

Samedi 13 mai 1950. 20 H.

Le somptueux Salon des maréchaux de la préfecture de la Haute-Vienne. Une table en fer à cheval, deux cents couverts. Le Congrès du Syndicat national des journalistes commence à l'envers. Par un banquet.
- Tu y étais ? m'a demandé le secrétaire général Georges Gros.
- J'y étais.
- Alors, raconte...

Cinquante ans ! Sous des flashes fatigués, des instantanés sépia passés. Très passés. Souvenirs de jeunesse qui surgissent, flous, puis moins flous, remontent le temps et dégourdissent la mémoire. Le décor s'anime.

La table d'honneur : le ministre de l'information Pierre-Henri Teitgen entouré d'Eugène Morel, président du Syndicat national des journalistes (SNJ) et du préfet de la Haute-Vienne Pierre Rix; le sénateur-maire de Limoges, Léon Betoulle, petit et rond, barbiche rousse, qui fêtait justement ce jour-là le cinquantième anniversaire de sa première élection.
- J'ai été journaliste, lance Léon Betoulle qui, de fait, créa, en 1905, Le Populaire du Centre.
- Moi aussi, enchaîne, au milieu des rires, le préfet Rix.
Atmosphère détendue, confraternelle, bon enfant. Le ton est donné.

Vient le tour de Dostaler O'Leary de "jaser". Poutine et sirop d'érable dans la voix, devant tant d'inattendus confrères, le Québécois des rives du Saint-Laurent, des plaines glacées et des forêts de bouleaux et de mélèzes, emporté par la traditionnelle et communicative chaleur des banquets, est émouvant de lyrisme, emphatique dans son hommage à la France et lors de son évocation du massacre d'Oradour; théâtral lorsqu'il embrasse le ministre après lui avoir offert le drapeau de sa Belle Province; pathétique et convaincant dans une conclusion parodiant Karl Marx : "Journalistes francophones de tous les pays, unissez-vous !"

A l'heure de la vaisselle, quelle désillusion ! Si l'assemblée avait bien reçu le message, la presse -locale et nationale- l'ignora complètement, préférant retenir du discours de Teitgen l'annonce de la création prochaine d'un Conseil supérieur des Journalistes "chargé de codifier les règles de la profession et de sauvegarder sa dignité". Et qui plus est "habilité à prononcer des sanctions" ! Le Conseil supérieur est resté dans les cartons d'un ministère inutile aujourd'hui disparu.

La petite graine

Mais le message de Dostaler O'Leary, petite graine semée à Limoges, soigneusement recueillie et entretenue, a germé, poussé, grandi. L'UIJPLF l'a reçue en héritage. Elle est devenue, à force d'attentions et d'imagination, d'obstination et de dévouement, un arbre solide aux racines profondes, étendant ses ramures sur la planète entière.

Du Canada au Vietnam, du Mali à l'Azerbaïdjan, du Sénégal au Liban, de l'Algérie à la Californie... Un jour peut-être, impossible n'étant pas français, de la Patagonie à la Terre Adélie, rien que pour faire mentir les vilains prophètes de l'abandon et de la perdition.