La presse libanaise en crise profonde

publié le 1er janvier 2017

image La presse libanaise en crise profonde

Pour la première fois depuis 42 ans, le quotidien As Safir a tiré sa révérance.
"As Safir" ne paraîtra plus, confronté qu’il était, depuis plusieurs années déjà, à de graves difficultés financières. Elles auront finalement eu raison de lui. Le dernier numéro est paru samedi 31 décembre 2016. Et maintenant ?
Maintenant, c’est "la nation sans As Safir", d’après le titre en une du dernier numéro, autrement dit : le Liban sans ce journal qui se voulait la "voix des sans voix", organe de gauche, canal du panarabisme, une voix longtemps soutenue, ouvertement, notamment, par le régime libyen de Mouammar Kadhafi, au nom de la cause du nationalisme arabe.
Les autres quotidiens libanais tentent de résister, confrontés qu’ils sont, tous, à une crise majeure : effondrement du lectorat, et du marché publicitaire, absence de plan de soutien du gouvernement, et baisse généralisée des financements en provenance de pays arabes, largement bouleversés ces dernières années.
Le plus vieux quotidien libanais, par exemple, "An Nahar", ne paye plus les salaires de ses employés depuis plus d’un an, tout comme "Al Moustaqbal", titre appartenant au premier ministre Saad Hariri. Et on ne compte plus les annonces de licenciement, le plus souvent sans indemnités, dans une presse libanaise sinistrée.
Le quotidien francophone "L’ORIENT LE JOUR", semble pour l’instant résister un peu mieux, mais il n’ignore pas la situation : il publie une interview du fondateur, et désormais ex-directeur, d’As Safir : "Plus personne dans ce pays, explique Talal Salman, ne s’intéresse à la presse écrite : on lui préfère les outils de transmission express de l’information, comme Twitter ou Facebook. La seule voix que l’on entend désormais, dans un monde arabe noyé dans le sang, continue Salman, c’est la voix des balles et des mortiers".
L’ex patron de presse en a visiblement gros sur le coeur : "La démocratie au sens d’un débat d’idées ne concerne plus les citoyens libanais, et il en va de même pour la presse libre et indépendante, devenue dysfonctionnelle dans ce paysage atrophié, aux contours dessinés par le sang qui coule par delà les frontières".

Source : France culture

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