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"L'info sans frontières"
par
Pierre-Marie Christin
Chronique
quotidienne "Le monde est un village" sur RTL
mardi 7 mars 2000 à 7 h 15.
Je crois que je n'oublierai jamais
ce vieil écrivain roumain, nommé Geo Serban, rencontré à Bucarest
lors de la chute de la dictature. Je lui demandais d'où lui venait
sa passion de la langue française.
- "Vous savez, répondit-il, sous Ceaucescu, la Roumanie c'était
mon pays, le français c'était ma patrie."
Vous l'avez peut-être expérimenté aussi : peu de Français aiment
la France comme certains étrangers.
Comme Ayaz Godjaiev, par exemple, le
jeune fondateur de AZ Média, premier journal azerbaïdjanais
en français.
Ayaz
n'est pas rancunier : quand il était étudiant à Sciences Po Bordeaux
et qu'il expliquait qu'il venait d'Azerbaïdjan, on lui répondait
souvent : "Ah bon, vous êtes d'Abidjan, en Afrique, mais vous
êtes blanc".
Comment
donc lui est venue cette idée folle et émouvante de publier un magazine
en français, tout là-bas, à 300 kilomètres de Grozny au nord de
l'Iran, à l'est de la Turquie pour 8 millions de Turcophones, d'Arménophones
et de Russophones ? Sa réponse est simple : nous étions quelques
uns à parler français, à l'aimer, nous voulions l'écrire.
Et
je découvrais en bavardant avec lui, par téléphone mobile, car son
journal n'a toujours pas de ligne fixe, que si les Français ignorent
tout des Azeris, à Bakou, la France c'est toujours l'art, la culture,
les droits de l'Homme.
Grâce
à quelques amis bénévoles qui ont tous moins de 30 ans et à un peu
de publicité, AZ Média paraît à peu près tous les mois
depuis mai 99. Diffusé gratuitement à 3.000 exemplaires, on y trouve
de tout, des comptes rendus critiques du budget de l'Etat, des interviewes
politiques mais aussi un hommage à Balzac pour son bicentenaire
et des poèmes de lecteurs comme celui de cette jeune fille, intitulé
"Faire mes études en France" qui finit par "Un peu
de patience, beaucoup de sciences et je serai en France".
Avec
AZ Média, Ayaz aimerait contribuer à ancrer son pays à
l'Europe, c'est à dire pour lui, d'abord à la France.
Et
en l'écoutant, je me suis pris à penser que si la France ressemblait
seulement à la moitié de l'idée que s'en font quelques jeunes Azeris,
elle serait vraiment très belle.
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