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Chronique - Valeurs actuelles, n° 3610, 3 - 9 février 2006

L'ESPRIT DES MOTS
par Philippe Barthelet

Arsouille. L’idolâtrie posthume dont jouit, dix ans après son trépas, tel ancien président de la République, est une indication très décourageante de l’avilissement intellectuel et moral où nous sommes tombés. Faire un grand homme de ce pauvre homme, le présenter partout comme un nouveau Titus, un nouveau César ou un nouveau Constantin – quand il n’est tout au plus qu’un mélange assez vulgaire de Catilina et de Verrès – sans que nous ayons même l’excuse de vivre sous un régime totalitaire, où la flatterie funèbre est un genre imposé… Le général de Gaulle l’avait pourtant qualifié d’un mot, qui suffit : “l’arsouille”. Le mot, dont l’étymologie est disputée, ne figure dans le Littré qu’au supplément : « Terme bas. Nom à Paris des mauvais sujets du plus bas étage. C’est une arsouille. » Suit arsouiller, « se conduire en arsouille », avec une citation de Babeuf : « Déjà j’en connais quelques-uns qui prétendent avoir arsouillé (vous savez toute la valeur de ce terme) dans la révolution… » “Arsouiller dans la révolution” est une assez jolie définition prophétique de ce que fait la gauche au pouvoir. D’ailleurs, l’arsouille en question s’en cachait à peine : quand il proclamait son intention de “changer la vie”, c’est tout simplement à changer la sienne qu’il pensait.
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