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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3613, 24 février - 2 mars 2006
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Chocottes.
Ce sont les dents, en argot classique : dans son petit livre sur
la Légion étrangère, Pierre Mac Orlan rapporte
cette apostrophe dun légionnaire à un postulant
: « As-tu toutes tes dents ? Avec deux choquottes en moins
tu seras balancé
» Orthographiées ainsi,
les choquottes sont une métonymie assez remarquable,
où les dents désignent la peur qui les fait sentrechoquer.
Métonymie deffet, aurait-on dit jadis,
qui fait des dents les simples organes de lémotion
majeure quelles expriment. Tout est dit, avec une sûreté
dans limage à faire pâlir les Précieuses,
car, si lon y ajoute la nargue des conventions sociales, largot
classique, celui des malfaiteurs, relève de cette rhétorique
: Jean Genet est un poète précieux. Rien nest
moins abstrait, ni plus parlant ; rien nest plus aux antipodes
de la langue de bois et de ses dissimulations bien-pensantes. Ce
qui ne satisfait guère les spécialistes, prompts à
rechercher une étymologie banalisante, du côté
de chicot et de quelque improbable jargon de chiffonnier.
On nen finit pas de sémerveiller des débauches
dérudition inepte dont font preuve les philologues
quand ils retrouvent, après coup, le sens et lorigine
dun mot selon des rapprochements surtout sensibles à
leur esprit apeuré. Les chocottes, au sens intellectuel,
sont la grande raison de la banalité corrective.
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