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Chronique - Valeurs actuelles, n° 3617, 24 - 30 mars 2006

L'ESPRIT DES MOTS
par Philippe Barthelet

Baraka. Les mots sont d’implacables révélateurs : à travers les variations que leur impose l’usage on peut juger de ce qui préoccupe les esprits à un moment donné. Il suffit de voir quelle dégringolade ont subi depuis le Moyen Âge des adjectifs comme débonnaire, gentil, vaillant, courtois, vilain, un verbe comme vexer, des substantifs comme courage, vertu, honte ou valeur (qui n’a pas toujours eu le sens boursier qu’on lui connaît maintenant) ; sans parler du prud’homme, qui désignait autrefois un idéal de sagesse (avec son féminin preudefemme, de même que gentilhomme donnait naturellement gentilfemme, nos féminisateurs n’ont rien inventé). Outre le passage des siècles, l’acclimatation de mots étrangers est aussi un aveu, quand on voit par exemple, empruntés à l’arabe, ce que maboul est devenu et, pire, baraka : la folie du maboul peut être une folie divine, analogue à la folie de la croix à laquelle l’apôtre nous encourage ; et la baraka, le signe que ce maboul a les faveurs du Ciel. Les Messieurs de Port-Royal eussent peut-être traduit baraka par prédestination ; ou par miséricorde, selon que l’on s’attache à la cause ou à ses effets ; mais essayez donc d’expliquer cela à un journaliste sportif, qui vous assène que telle équipe de balle au pied a la baraka, même s’il reconnaît que ses partisans sont mabouls…
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