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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3620, 14 - 21 avril 2006
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Clavardage.
Du Québec nous vient une assez jolie trouvaille, clavardage
(1) . Non quil ne soit bon bec que du Québec, si
lon nous passe cette facilité : en dautres temps
nous avons dit ce que nous pensions de linjustifiable courriel
qui en provenait aussi. Mais clavardage est autre chose,
ce nest pas un défi aux lois élémentaires
de la morphologie de la langue ; cest à la lettre un
bavardage de clavier, ce que les internautes appellent un chat
(prononcer tchatte) (2), lequel a la double tare dêtre
un franglicisme issu dun acronyme (celui de Conversationnal
Hypertext Access Technology). Le mot français manquait
donc, en effet ; notre commission de terminologie préconise
quant à elle causette, ce qui est, révérence
garder, un contresens par excès. Lesprit des mots,
dans la traduction, consiste à savoir proportionner la beauté
du vocable avec la réalité de la chose ; donner un
trop beau nom à une chose qui ne le mérite pas, ce
nest pas embellir la langue, cest la maquiller
et tromper ceux qui la parlent. Causette a quelque chose de frais,
dimpromptu, de réel, pour tout dire, quelque chose
qui a lieu entre deux ou plusieurs êtres qui existent ; ce
que na pas du tout et ne peut pas avoir le chat
originel, où tout se passe par écrans et claviers
interposés ; clavardage rend bien compte, au contraire, à
la fois de lartifice du procédé (artifice encore
accru par la physionomie même du mot), sa gratuité
toute mécanique et sa facilité toute virtuelle à
disparaître et à recommencer : un exercice de clavier,
rien de plus, entre deux fantômes.
www.valeursactuelles.com
1 - Clavarder, voir aussi Le
Petit Larousse illustré 2006.
2 - Chat, voir aussi Défense
du français (Suisse)
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