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Chronique - Valeurs actuelles, n° 3621, 21-27 avril 2006

L'ESPRIT DES MOTS
par Philippe Barthelet

Grippe. Nous l’avons échappé belle : la grippe aviaire qui fut notre attraction hivernale a failli s’appeler “peste aviaire”. Avec un tel vocabulaire, Dieu sait à quel degré de psychose nous serions montés – ou descendus. “Grippe” est déjà terrible, les arrêtés préfectoraux de confinement des volatiles ne parlent que de “coryza aviaire”. On songe évidemment à la grippe espagnole de funeste mémoire, dont le nom qui se voulait pourtant euphémique a hanté plusieurs générations. La grippe aviaire que nous connaissons est une épizootie de nature médiatique dont les principales victimes ont été les éleveurs de volailles. On a pu la circonscrire par un remède inédit : la contestation d’une réforme, qui depuis deux mois mobilise les foules, les esprits et les gazettes. On tremble en songeant aux ravages auxquels nous aurait exposés un simple décalage dans le calendrier parlementaire. Le fait est là : depuis que la jeunesse des écoles et que les travailleurs défilent et font grève, les cygnes ne meurent plus au bord des étangs, les canards laissent les pompiers tranquilles et les pigeons de Paris respirent. Comment ne pas voir dans cette contre-attaque médiatique, d’inspiration toute napoléonienne, l’heureuse initiative de notre premier ministre ? En allumant le contre-feu de sa réforme disputée, il nous aura guéris d’une grippe qui menaçait de nous mettre le ciel à dos. Les oiseaux en sauront gré au poète… .
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