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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3626, 26 mai - 1er juin 2006
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Intransigeant.
Voilà bien un mot sorti de lusage ; celui des mots
comme celui des vertus. Il fut pourtant jadis sur toutes les lèvres,
ou quasi ; Rochefort en fit le titre dun journal, que popularisa
son apocope, lIntran. Le mot faisait frémir
tous les puristes, intransigeants ou plutôt intraitables :
il est vrai quon le chercherait en vain dans Bossuet ou dans
La Fontaine ; Littré ne le cite que dans son supplément,
et signale que lintroduction de ce mot est toute récente.
Cest à vrai dire un hispanisme, la transcription française
de los intransigeantes, qualification donnée
aux républicains fédéralistes qui firent la
guerre civile plutôt que de se soumettre à la république
unitaire (il nest pas besoin de préciser quil
sagit là de la guerre civile consécutive à
la première république espagnole, celle de 1873).
La vogue dintransigeant fut rapide ; le journal qui
en fit son enseigne date de 1880. Peut-être que, selon le
principe de Montherlant, principe de physique spirituelle élémentaire,
on avait dautant plus besoin du mot que manquait la chose
quil désigne ; tel quel il fit le bonheur, pendant
le demi-siècle qui suivit, des écrivains pseudo-classiques
ou de leurs disciples endimanchés, comme André Gide,
Georges Duhamel, Émile Henriot ou Charles de Gaulle, dont
le grand Robert égrène les exemples. Tout cela est
bien loin de nous. Nous ne nous embarrassons plus de faux-semblants
rhétoriques ; il ny a guère que notre cynisme
qui soit encore intransigeant.
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