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Chronique - Valeurs actuelles, n° 3648, 27 octobre - 2 novembre 2006

L'ESPRIT DES MOTS
par Philippe Barthelet

Salle de bain. Une lectrice de Neuilly s’interroge sur la mode qui fait proliférer les s aux compléments de nom : « On n’écrit plus que salles de classes, salles de sports, chefs d’établissements. En a-t-on le droit ? » Sans doute pas, chère Madame, si le droit de la grammaire se fonde sur la logique et l’utilité. Nous sommes ici en présence d’un cas d’hypercorrection, par quoi, dans le doute, on multiplie les marques du pluriel. Ce n’est pas la moindre façon d’être fautif.
Le nom complément a le plus souvent une valeur générique et en tant que tel, réclame le singulier : projets de loi, prises de sang, chefs d’orchestre, verres à vin… Ce n’est guère que lorsque le complément peut se détailler, lorsqu’il est, en un mot, plus collectif que générique, qu’on l’accordera au pluriel : boîte aux lettres, pot de fleurs, parc à huîtres, cave à cigares… Il reste évidemment les cas disputés, par exemple les noms de fruits quand ils deviennent matière première : on dira pâte d’amandes mais sirop de groseille, compote de pommes mais ratafia de coing…
Quant aux sentences arbitrales, que l’on songerait à demander à l’Académie française, on en sera pour ses scrupules : son Dictionnaire donne “salle de bain” au mot “bain”, et “salle de bains” au mot “salle”. On consultera donc son humeur et, si l’on doit l’écrire, ce qui chante le plus à l’œil…
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