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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3649, 3-9 novembre 2006
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Suspecter.
Un lecteur de La Garenne-Colombes sétonne de la vogue
suspecte de ce verbe, qui semble avoir définitivement pris
la place de soupçonner ; et de citer un exemple
emprunté à un hebdomadaire : « La justice suspecte
des manipulations en cours ». La justice peut trouver des
suspects, elle ne peut guère que soupçonner des manipulations
Et encore est-ce mal dire, présumer irait mieux, ou
subodorer, ou craindre, tous verbes qui traduisent
approximativement langlais to suspect, puisque cest
bien de ce faux ami déguisé et de ses ravages que
nous voulons parler ici. M. Guizot, qui fut le politique que lon
sait mais aussi lauteur, que lon sait moins, dun
Dictionnaire des synonymes et lon a tort, car
il y fait montre dune grande finesse de discernement
oppose soupçon à suspicion.
« Soupçon est le terme vulgaire ; suspicion est un
terme de palais. Le soupçon peut (
) être
sans fondement ; la suspicion doit (
) avoir une raison
apparente. Justifiée par des indices, la suspicion sera donc
un soupçon légitime, grave, raisonnable. Le soupçon
fait que lon est soupçonné ; la suspicion suppose
que lon est suspect ». Quand René Char écrit
lÉloge dune soupçonnée,
son éloge peut avoir raison des soupçons ; mais quand
on proclame la loi des suspects, cest comme si lon dressait
déjà les bois de la guillotine.
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