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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3655, 15-21 décembre 2006
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Paradoxe.
Un lecteur helléniste de Nogent-sur-Marne revient sur le
paradoxe apparent, si cher aux gazettes, dont nous parlions
ici naguère (20.10).
Il y voit moins un pléonasme quune simple absurdité,
« tant quon laisse à paradoxe son sens
classique ». Souffrez donc, cher monsieur, que pour lamour
du grec on vous réponde. Un paradoxe est en effet, comme
vous le rappelez, « un énoncé contraire (para)
à la doxa, cest-à-dire à lopinion
» ; Furetière lappelle « une proposition
inouïe, surprenante et difficile à croire, à
cause quelle choque les opinions communes et reçues,
quoiquelle ne laisse pas quelquefois dêtre véritable
». Richelet est encore plus bref : « Sentiment contraire
à lopinion commune. » Comme, poursuit notre lecteur,
« lopinion commune se fonde en général
sur les apparences », alors comment le paradoxe, « sil
énonce une vérité contraire à lapparence,
serait-il apparent ? ».
Vous avez raison, à moins quil ne sagisse que
dune apparence de paradoxe, chose toute moderne et dont nous
sommes particulièrement friands. Quand Valéry disait
que le paradoxe est le nom que les imbéciles donnent à
la vérité, il ne songeait pas que sa boutade autoriserait
lesdits imbéciles à simaginer quil suffit
de choquer les opinions communes et reçues pour
être dans le vrai. Proust notait de son côté
que « les paradoxes daujourdhui sont les préjugés
de demain ». Nous lavons pris de vitesse en télescopant
les deux et en donnant à nos préjugés la forme
de paradoxes, ce qui permet par exemple à lécrivain
le plus assis de se faire passer pour un maître en rébellion.
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