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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3663, 9-15 février 2007
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Mafia.
Un candidat à lélection présidentielle,
qui passe pourtant pour un homme pondéré, frotté
de lettres et connaissant sa langue (ce qui, à lheure
quil est, devient une qualité rare), sest laissé
aller à parler de mafia, à propos des
méthodes de lun de ses rivaux. Laccusation est
grave, mais plus grave encore, de notre point de vue, la légèreté
avec laquelle on emploie des mots si hors de proportion. Que si
notre candidat avait affaire à la vraie mafia, on se demande
bien quel vocabulaire lui resterait pour sindigner
Cest
un travers assez répandu chez les politiques, surtout chez
les grandes consciences de profession, que de ne parler quen
termes absolus. Cest ainsi, par exemple, quun massacre
ne saurait être quun crime contre lhumanité,
voire un génocide, au risque que lon nait
plus de mots pour qualifier les crimes contre lhumanité
ou les génocides, et quainsi on les banalise. «
Tout ce qui est exagéré est insignifiant » :
le grand mot du prince de Talleyrand a des implications redoutables
; il enseigne que la meilleure façon de frapper quelque chose
dinsignifiant est dexagérer la façon dont
on en parle. Ce nest peut-être pas ce quon attend
dun futur président, lequel devrait toujours méditer
le précepte chinois quon ajoute au désordre
du monde quand on ne sait pas gouverner son langage.
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