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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3665, 23 février - 1er mars
2007
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Coquilles.
Lordinateur, qui se mêle de tout faire mieux que nous,
même écrire, nous a « frappé dinsignifiant
» dans une récente chronique. Que nos lecteurs sapaisent
: cest évidemment « insignifiance » quil
fallait lire ; nul na compris la raison de ce petit attentat
contre la syntaxe, sinon que la machine entend barbariser à
notre place et, là aussi, nous montrer lexemple. Ce
serait un chapitre nouveau à la graphoconchyliologie,
ou étude des coquilles et prévision de leur survenue,
telle quun éminent universitaire prétendait
naguère la fonder. Il est vrai que la coquille est consubstantielle
à limprimerie : cest la part du hasard qui se
fait compositeur. Il lui arrive davoir la main heureuse, et
tout le monde connaît le vers de Malherbe « Et rose,
elle a vécu
» supposé refait par un prote.
Cest un hapax, ou à peu près, le hasard nayant
guère lhabitude de se montrer si cohérent. Il
lui arrive dêtre aidé ; on soupçonne toujours
une main pernicieuse derrière certains mélanges de
lettres, ou certaines disparitions, comme lorsque le Moniteur
de lEmpire publia (cétait au moment de Tilsit)
que « ces deux souverains, dont lunion ne peut être
quinvincible
» avec une union réduite à
un, ce que le czar prit très mal. Il y a pire en ce genre,
cest la dédicace que fit Érasme de sa Veuve
chrétienne (Vidua christiana), à la reine de
Hongrie, sur de Charles Quint, dont il vante la modestie exemplaire
: « Elle fit toujours usage de lesprit comme il convenait
à une telle femme. » Hélas, son esprit (mente
illa) devint à limpression mentula. Comme
cette chronique doit être lamie de lenfance et
du foyer, on abandonnera cette coquille à nos lecteurs latinistes.
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