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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3668, 16-22 mars 2007
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Bonbon.
Une lectrice de Paris nous signale une « singularité
» dont elle samuse : senquérant du patron
dans un restaurant de Belleville, on lui répondit : «
Ce nest pas le gros, cest le gros gros. » À
vrai dire, chère Madame, cest moins là une singularité
quune survivance : le redoublement de ladjectif était
usuel jadis dans la langue dite populaire, celle que
lon parlait, et sans trop de souci de la châtier. On
trouve de même fin fin (que lon peut écrire en
un seul mot), et cest toute létymologie de bonbon
(que Richelet et Furetière écrivent encore avec un
trait dunion). De même Henri Pourrat a publié
ses Contes du vieux vieux temps. Il faut, on laura
compris, que ladjectif redoublé soit bref ; cest
une logique phonétique, quasi musicale, que lon retrouve
dailleurs en anglais : un roman américain sur le grand
Ouest sintitule A Big Big Sky, et il nous souvient
dune conversation avec la traductrice qui proposait «
Un ciel si grand, si grand », faute doser tout simplement
Un grand grand ciel, comme on aurait fait jadis, quand on
savait encore dinstinct ce que parler veut dire. Peut-être
est-ce là aussi lorigine du fameux doudou, soit
la peluche ou le simple chiffon que nimporte quel bambin se
croit désormais tenu dexhiber en public, et qui lui
permet dattendre lâge du téléphone
mobile. Il est dur, voire dur dur, dêtre soumis à
des coutumes niaiseuses.
P.-S. : « niaiseux » est un canadianisme de la meilleure
venue, et son emploi la meilleure réponse à ceux de
nos lecteurs qui nous ont accusé « danti-québecisme
primaire » au motif que nous refusions le regrettable «
courriel » inventé du côté de Montréal.
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