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Chronique - Valeurs actuelles, n° 3669, 23-29 mars 2007

L'ESPRIT DES MOTS
par Philippe Barthelet

Empathie. Un lecteur de la Roche-sur-Yon, un autre de Paris s’interrogent sur la mode récente du mot “empathie”, dont on fait désormais le sésame de la vie politique, sinon de la vie tout court. C’est tout simplement, sous des dehors grecs censés garantir le sérieux, la faculté de faire croire aux gens qu’on se met à leur place. Comme diraient les proverbes, « ça ne mange pas de pain » et même, comme ajouterait la publicité, « ça peut rapporter gros » : c’est ainsi que, sans remonter au déluge, l’empathie politico-médiatique nous a valu le « Nous sommes tous des juifs allemands » de Mai 68, ou le « Nous sommes tous des New-Yorkais » au lendemain du 11-Septembre. Les candidats à l’élection présidentielle ont fait de l’empathie leur mot d’ordre, et une candidate, son signe distinctif, laquelle commence toutes ses répliques par : « Vous avez raison. » La plus grande leçon d’empathie de notre récente histoire nous a pourtant été donnée par le général de Gaulle, avec son fameux « Je vous ai compris » inaugural. Quand ceux qu’il avait compris comprirent finalement qu’eux-mêmes n’avaient rien compris à la parole politique, à ses soubassements et à ses méandres, il ne leur restait plus qu’à se reprocher d’avoir oublié la leçon du renard : qu’un flatteur vit toujours aux dépens de celui qui l’écoute.
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