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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3691, 24-30 août 2007
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Pérenne.
Les élections soulèvent des tempêtes rhétoriques
et il est toujours curieux, une fois quelles sont passées,
daller voir ce quelles ont laissé sur le sable.
Du néologisme absolu (bravitude) aux barbarismes
ordinairement ressassés (en charge de), nous
aurons eu un inventaire à peu près complet du français
public tel quil se parle ou se déparle. La plupart
de ces curiosités sont des formules à la mode auxquelles
on ne saurait échapper, et qui ne valent, comme tous les
accessoires de mode, quen tant que signes de reconnaissance
: ainsi de pérenne, adjectif dont un lecteur
de La Garenne-Colombes observe qu« il nétait
pas utilisé il y a cinquante ans » (et en effet, cher
Monsieur, il y a cinquante ans son emploi était encore cantonné
aux sciences naturelles : des feuilles pérennes,
celles du houx par exemple, sont des feuilles qui tiennent toute
lannée, per annus). Cest aujourdhui
un mot de passe, le superlatif de durable, lequel est
devenu lépithète des épithètes,
le qualificatif obligatoire de nos projets : le développement
durable se double désormais de laménagement
durable. Quand nous entendrons parler de développement
pérenne, nous pourrons nous réjouir dêtre
dans la bonne voie : ce sera lindice le plus sûr que
notre durabilité se pérennise.
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