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Chronique
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Valeurs actuelles, n° 3692, 31 août - 6 septembre
2007
L'ESPRIT
DES MOTS
par Philippe Barthelet
Crase & Tmèse.
Il arrive il arrive même assez souvent que des
lecteurs veuillent bien nous écrire pour autre chose que
la parlure contemporaine pour sen plaindre ou sen
moquer, selon. Certains nous interrogent sur des chevilles à
peu près oubliées, si oubliées quon a
presque scrupule den avoir entendu parler. Ainsi, à
quelques semaines, de la crase dont sinquiète un lecteur
de la Côte-Saint-André, et de la tmèse à
quoi sintéresse un autre lecteur de Lantilly. Ce sont
à peu près des contraires. La crase (mélange,
en grec) réduit deux mots en un seul : de le
devient du, à le au, etc., tandis que la tmèse
(coupure, en grec toujours) est linterposition
entre deux mots généralement joints dune incise
quelconque (cest ainsi que Racine, dans les Plaideurs,
sest amusé à helléniser en français
: « Puis donc quon nous permet
»). La tmèse,
dont abusa la poésie latine, est en français une fantaisie
dérudition ; la crase, en revanche, est lesprit
même de la langue, qui allait droit au but mamie,
mamour et ne sattardait pas aux syllabes superflues.
À lheure du train de Avignon et du château
de Le Plessis-les-Tours, on se demandera cependant si lesprit
de la langue na pas ses intermittences.
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