Texte
des deux lettres adressées par Georges GROS,
secrétaire général international de l'UIJPLF
Paris, le 29
novembre 1999
Monsieur
le Député,
A titre de secrétaire général de l'Union Internationale
des Journalistes et de la Presse de Langue française (UIJPLF),
la plus ancienne institution de la Francophonie, je me
permets de proposer à votre réflexion certaines observations
sur le combat que nous menons quotidiennement au nom de
la défense de la langue française.
Lorsque le compte à rebours affichera " 0 "
sur la Tour Eiffel, lorsque le champagne - français sans
aucun doute - fera danser, le 31 décembre prochain, les
Champs-Elysées, Trafalgar Square ou la Fifth Avenue, le
monde aura vécu une irrésistible mondialisation des échanges
économiques, culturels et politiques. L'Europe, heureusement,
a emboîté le pas et forme aujourd'hui la Communauté longtemps
rêvée. Et vous êtes, Monsieur le Député, un digne représentant
de la France au Parlement européen.
Il ne s'agit pas ici de savoir si l'on est pour ou contre
l'Europe. Elle a été voulue et elle est maintenant dynamique
et incontournable. La force de l'Europe provient de la
juxtaposition des richesses des peuples qui la forment
et sa réussite sera tributaire de la préservation et du
renforcement de la diversité des identités et des cultures.
Il ne nous paraît pas inévitable de sacrifier son identité
en accédant à la grande famille européenne ... Le seul
piège de la mondialisation est l'affadissement des différences
et ce risque de nivellement existe dans le monde entier.
Alain Finkielkraut a éloquemment développé ce thème dans
son ouvrage " L'ingratitude ".
Par ailleurs, les réalités nouvelles touchant les technologies
de l'information et l'internationalisation des échanges
posent de nouveaux défis à l'emploi du français. Notre
langue doit faire l'objet d'une vigilance constante. Le
français est au coeur de notre vie sociale, culturelle,
politique et économique ; elle est plus qu'un simple instrument
de communication, c'est un véhicule identitaire, c'est
un patrimoine. La liberté de communiquer doit se conjuguer
avec le droit pour chacun de défendre son histoire, sa
culture, sa langue, en un mot sa mémoire. Pour nous, Français
et Francophones, la langue française doit être vivante,
enseignée et utilisée à toutes les tables. Mais pour qu'elle
soit de tous les débats, de toutes les avancées et de
toutes les créations, on ne peut plus la mettre sous le
boisseau.
Si ceux dont le français est la langue maternelle continuent
à croire que la science et la culture ne peuvent être
créées qu'en espéranto moderne, au nom de quoi demanderons-nous
encore aux Sénégalais, aux Tunisiens et aux Québécois
de le faire en français ? Si au sein des organisations
internationales et européennes où le français est langue
officielle, les francophones utilisent la nouvelle langue
universelle, où et comment défendrons-nous notre âme ?
Vous aurez compris que nous avons été agacé, pour ne pas
dire contrarié, d'apprendre que certains députés français
aient préféré s'adresser publiquement et officiellement
au Parlement européen dans une langue autre que le français.
Il est évident que la maîtrise de plusieurs langues est
un atout incontestable et que nous encourageons l'apprentissage
des langues à tous les niveaux. Cependant, lorsqu'on représente
la France à une table internationale, il y va de notre
honneur de le faire en français.
Certains prétendront que le débat est anachronique ou
vétilleux. Nous pensons au contraire qu'il est tout à
fait d'actualité et que vous êtes, Monsieur le Député,
aux premières loges pour le mener. Nous vous savons élu
pour représenter les couleurs et les valeurs de la France
au sein de l'Union européenne et nous osons croire que
la défense de la langue française est aussi pour vous
une priorité.
Forte de près de 3 000 membres dans plus de 110 pays,
nous vous assurons, Monsieur le Député, que l'UIJPLF est
prête à être le relais des actions que vous entreprendrez
en faveur de notre langue. Notre réseau francophone est
riche de cultures multiples mais nous avons une passion
en commun : la langue française.
Veuillez recevoir, Monsieur le Député, l'expression de
ma haute considération
Georges GROS
secrétaire général
de l'Union internationale des Journalistes
et de la presse de langue française
Paris, le 9
mars 2000
Monsieur
le Député,
Le 29 novembre dernier, je vous envoyais un courrier faisant
état de notre inquiétude face à l'inertie, voire à la
résignation, de certains députés français à l'Assemblée
parlementaire européenne, concernant l'usage de la langue
française. Nous osons croire que votre silence ne témoigne
pas de votre indifférence.
Comme vous le savez sans doute, l'Union internationale
des journalistes et de la prese de langue français, qui
fête cette année son 50ème anniversaire, a pour but premier
de veiller à la sauvegarde de la langue française. Force
est de constater un réel déclin de notre langue au sein
des institutions internationales et européennes. Cette
situation nous désole d'autant plus que nous, Français,
ne pouvons blâmer personne d'autre que nous-mêmes et ne
pouvons compter que sur notre propre volonté pour infléchir
cette regrettable situation. Rien ne pourra justifier
notre passivité à cet égard et nos enfants sauront nous
le rappeler dans un avenir pas si lointain.
Nous comptons sur votre soutien dans notre lutte pour
sensibiliser nos dirigeants. Certaines déclarations récentes
de nos gouvernements nous incitent à multiplier nos interventions
en faveur de la langue française et à redoubler de vigilance.
Comme je le soulignais dans ma précédente lettre, notre
but, loin de vouloir isoler la France, vise au contraire
l'ouverture en laissant s'exprimer toutes les cultures
et toutes les langues dans le plus grand respect de la
diversité. Chacun a en effet droit aux égards de sa langue
d'origine.
Il ne nous paraît pas inutile d'insister.
Veuillez agréer, Monsieur le Député, l'expression de ma
haute considération.
Georges GROS
secrétaire général
de l'UIJPLF.
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