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Voici le texte intégral de la lettre sur l'usage du français, adressée aux 87 élus français au Parlement européen par Georges GROS, secrétaire général de l'Union internationale des journalistes et de la presse de langue française (UIJPLF), le 29 novembre 1999. Un nouveau courrier a été envoyé le 9 mars 2000..

Ces lettres avaient reçu la réponse de 25 députés au 24 août 2000
LES REPONSES

La réaction positive de quelques uns, autant que le silence des trois-quarts des élus français à ce jour, confirme l'intensité du malaise, au sein du Parlement européen et de ses instances, à propos de l'utilisation de la langue française comme langue de travail. La lecture de chaque lettre nous interroge gravement sur l'avenir de notre langue dans les institutions internationales et met à vif la responsabilité des élus français dans ce qui ressemble parfois plus à un reniement qu'à un abandon de leur culture.

 

Texte des deux lettres adressées par Georges GROS,
secrétaire général international de l'UIJPLF

Paris, le 29 novembre 1999

Monsieur le Député,

        A titre de secrétaire général de l'Union Internationale des Journalistes et de la Presse de Langue française (UIJPLF), la plus ancienne institution de la Francophonie, je me permets de proposer à votre réflexion certaines observations sur le combat que nous menons quotidiennement au nom de la défense de la langue française.

        Lorsque le compte à rebours affichera " 0 " sur la Tour Eiffel, lorsque le champagne - français sans aucun doute - fera danser, le 31 décembre prochain, les Champs-Elysées, Trafalgar Square ou la Fifth Avenue, le monde aura vécu une irrésistible mondialisation des échanges économiques, culturels et politiques. L'Europe, heureusement, a emboîté le pas et forme aujourd'hui la Communauté longtemps rêvée. Et vous êtes, Monsieur le Député, un digne représentant de la France au Parlement européen.

        Il ne s'agit pas ici de savoir si l'on est pour ou contre l'Europe. Elle a été voulue et elle est maintenant dynamique et incontournable. La force de l'Europe provient de la juxtaposition des richesses des peuples qui la forment et sa réussite sera tributaire de la préservation et du renforcement de la diversité des identités et des cultures. Il ne nous paraît pas inévitable de sacrifier son identité en accédant à la grande famille européenne ... Le seul piège de la mondialisation est l'affadissement des différences et ce risque de nivellement existe dans le monde entier. Alain Finkielkraut a éloquemment développé ce thème dans son ouvrage " L'ingratitude ".

        Par ailleurs, les réalités nouvelles touchant les technologies de l'information et l'internationalisation des échanges posent de nouveaux défis à l'emploi du français. Notre langue doit faire l'objet d'une vigilance constante. Le français est au coeur de notre vie sociale, culturelle, politique et économique ; elle est plus qu'un simple instrument de communication, c'est un véhicule identitaire, c'est un patrimoine. La liberté de communiquer doit se conjuguer avec le droit pour chacun de défendre son histoire, sa culture, sa langue, en un mot sa mémoire. Pour nous, Français et Francophones, la langue française doit être vivante, enseignée et utilisée à toutes les tables. Mais pour qu'elle soit de tous les débats, de toutes les avancées et de toutes les créations, on ne peut plus la mettre sous le boisseau.

        Si ceux dont le français est la langue maternelle continuent à croire que la science et la culture ne peuvent être créées qu'en espéranto moderne, au nom de quoi demanderons-nous encore aux Sénégalais, aux Tunisiens et aux Québécois de le faire en français ? Si au sein des organisations internationales et européennes où le français est langue officielle, les francophones utilisent la nouvelle langue universelle, où et comment défendrons-nous notre âme ?

        Vous aurez compris que nous avons été agacé, pour ne pas dire contrarié, d'apprendre que certains députés français aient préféré s'adresser publiquement et officiellement au Parlement européen dans une langue autre que le français. Il est évident que la maîtrise de plusieurs langues est un atout incontestable et que nous encourageons l'apprentissage des langues à tous les niveaux. Cependant, lorsqu'on représente la France à une table internationale, il y va de notre honneur de le faire en français.

        Certains prétendront que le débat est anachronique ou vétilleux. Nous pensons au contraire qu'il est tout à fait d'actualité et que vous êtes, Monsieur le Député, aux premières loges pour le mener. Nous vous savons élu pour représenter les couleurs et les valeurs de la France au sein de l'Union européenne et nous osons croire que la défense de la langue française est aussi pour vous une priorité.

        Forte de près de 3 000 membres dans plus de 110 pays, nous vous assurons, Monsieur le Député, que l'UIJPLF est prête à être le relais des actions que vous entreprendrez en faveur de notre langue. Notre réseau francophone est riche de cultures multiples mais nous avons une passion en commun : la langue française.

        Veuillez recevoir, Monsieur le Député, l'expression de ma haute considération

Georges GROS
secrétaire général
de l'Union internationale des Journalistes
et de la presse de langue française


 

Paris, le 9 mars 2000

Monsieur le Député,

        Le 29 novembre dernier, je vous envoyais un courrier faisant état de notre inquiétude face à l'inertie, voire à la résignation, de certains députés français à l'Assemblée parlementaire européenne, concernant l'usage de la langue française. Nous osons croire que votre silence ne témoigne pas de votre indifférence.

        Comme vous le savez sans doute, l'Union internationale des journalistes et de la prese de langue français, qui fête cette année son 50ème anniversaire, a pour but premier de veiller à la sauvegarde de la langue française. Force est de constater un réel déclin de notre langue au sein  des institutions internationales et européennes. Cette situation nous désole d'autant plus que nous, Français, ne pouvons blâmer personne d'autre que nous-mêmes et ne pouvons compter que sur notre propre volonté pour infléchir cette regrettable situation. Rien ne pourra justifier notre passivité à cet égard et nos enfants sauront nous le rappeler dans un avenir pas si lointain.

        Nous comptons sur votre soutien dans notre lutte pour sensibiliser nos dirigeants. Certaines déclarations récentes de nos gouvernements nous incitent à multiplier nos interventions en faveur de la langue française et à redoubler de vigilance.

        Comme je le soulignais dans ma précédente lettre, notre but, loin de vouloir isoler la France, vise au contraire l'ouverture en laissant s'exprimer toutes les cultures et toutes les langues dans le plus grand respect de la diversité. Chacun a en effet droit aux égards de sa langue d'origine.

        Il ne nous paraît pas inutile d'insister.

        Veuillez agréer, Monsieur le Député, l'expression de ma haute considération.

Georges GROS
secrétaire général
de l'UIJPLF.